« La grande explication », voilà le titre du nouvel opus de « Moi, je », président qui déploie, sur 16 pages d’interview dans le magazine Le Point, la vision de son action ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron n’est pas guetté par l’excès d’humilité. Céline Pina revient sur les annonces peu convaincantes de l’Élysée. Concernant les difficultés de l’école, elles semblent insurmontables tant les niveaux de l’immigration non assimilée et des menaces islamistes sont élevés.
Après la « grande confession », livrée déjà au Point en avril 2022, et avant la « grande consternation » qui pourrait conduire au « grand déménagement » de 2027, notre président prend le temps d’expliquer aux peines-à-comprendre que nous sommes, à quel point il enchaîne les succès, prend à bras-le-corps les problèmes et domine la situation. De ce fait, à la sortie de ce très long et peu passionnant exercice d’autosatisfaction, on se demande si on vit bien dans le même pays et à la même époque. Une fois de plus, le président parait confondre exercice du pouvoir et démonstration d’aisance dans un grand oral médiatique.
Amphigouri du verbe, pauvreté des annonces
Le plus amusant est peut-être cet amphigouri du langage où, plus les mots visent haut, plus leur traduction en actes rate sa cible. Ainsi, le cœur de l’interview est de donner un contenu à « l’initiative politique d’ampleur » annoncée par le président le 2 août dans le Figaro magazine. Eh bien, la réponse consiste en un énième comité Théodule. Il s’agit donc de proposer, je cite, « aux forces politiques représentées dans nos assemblées d’essayer d’agir ensemble, c’est pourquoi je veux les réunir sur la situation internationale et ses conséquences sur la France et sur les nuits d’émeutes que nous avons vécues ».
On ne va pas reprocher au président de discuter avec l’ensemble des groupes politiques de l’Assemblée nationale, mais le moins que l’on puisse dire est que cette posture donne l’impression qu’il est dépourvu de toute ligne et de toute capacité d’action sur ces questions et qu’il cherche à diluer ses responsabilités en mettant en scène l’incapacité de faire naitre un processus d’union nationale.
Celui-ci étant voué à l’échec, la mise en scène lui permettra de dénoncer l’égoïsme et la courte vue de ses adversaires, et de faire passer son incapacité à se doter d’une ligne claire pour la rançon du manque d’engagement des partis concurrents. Une ficelle usée mais toujours utile en politique. Le problème c’est que l’on ne crée pas de dynamique politique en l’absence de projet. Et force est de constater qu’au terme des 16 pages, on ne sait toujours pas où le président veut conduire la France et encore moins comment.
