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L’affiche noire

Pour sa journée « antiraciste », LFI a diffusé une affiche représentant Cyril Hanouna sous les traits du Juif Süss. Le président d’Avocats sans frontières remarque qu’en la matière, la formation de Jean-Luc Mélenchon n’en est pas à son coup d’essai.


Semaine noire pour le Parti antisémite rouge. Cette fois-ci Mélenchon est carbonisé. Ce qui me fait plaisir, c’est que c’est quelque part injuste. Ma méchanceté naturelle pour les méchants exulte. Ce n’est pas moi, c’est le Talmud qui dit que celui qui donne sa pitié au méchant fait tort au juste. J’ai beau ne pas être un grand talmudiste, pas de pitié pour Méchanlon !

Le parti des scandales

Je m’explique, lecteur impatient : l’affiche antisémite avec Hanouna représenté en Juif Süss était certes immonde, mais ils avaient fait tellement pire, les Insoumis. Entre Hassan Rima célébrant le Hamas tueur d’enfants et David Guiraud affirmant que « le bébé dans le four ça a été fait par Israël », plus toutes les cochonneries des Soudais, Delogu et autres Portes, l’affiche est une peccadille. Et le Mélenchon, il a bien raison de s’énerver. Il était passé entre toutes les gouttes sans trop dégoûter.

Il avait célébré Corbyn, qui célébrait un chef du Hamas devant sa tombe à Tunis. Et lorsque Corbyn est tombé, il a mis sa chute sur le dos du grand rabbin d’Angleterre. Et encore mieux ou plutôt pire que tout, Mélenchon a repris à son compte le mythe du peuple juif déicide. Personne, même les pires fanatiques, n’avait repris cette thématique assassine depuis 1962 et Vatican II. Eh bien lui, le copain du camarade Chavez – qui, en bon Latin, aimait bien ce refrain – l’a entonné sur BFM TV sans se gêner. Au journaliste qui lui demandait si, en cas de violences urbaines, les policiers devaient rester cois comme le Christ sur la croix, notre homme de foi laïque répondit, sans rapport aucun avec le sujet : « Je ne sais si Jésus est mort sur la Croix mais je sais qui l’y a mis, ce sont ses compatriotes. »

À lire aussi : Affiche “antisémite” de LFI: selon Mélenchon, c’est la faute à l’extrême droite!

L’auteur de ces lignes, à Gournay-en-Bray (Seine-Maritime), se le voyait encore reprocher enfant par les petits catholiques. Et son institutrice, Madame Corube, qui avait fini par confesser à ses parents qu’elle était juive, enfant, était accompagnée devant le calvaire tous les vendredis, dans le village de la France non occupée qu’elle habitait sous Vichy, où on la déshabillait et la fouettait pour la punir de la mort du Christ.

La vie est injuste

Remarquez, je ne veux pas défendre Méchanlon, mais c’est tout de même cohérent : les juifs ont commis un génocide à l’endroit même où il y a deux mille ans ils commettaient la Crucifixion. Tout est rond.

Alors vous pensez, quand on est passé à travers les gouttes pour ces énormités, être voué aux gémonies pour une toute petite affiche, c’est tout de même injustifié. Bien sûr, ça tombait mal dans le cadre d’une manif antiraciste… Mais elle était contre l’extrême droite ! On pouvait compter sur le soutien des socialistes, qui sont obligés de compter les électeurs qui leur restent.

À lire aussi : Quand l’imposture « antiraciste » attise la haine de la France

Et voilà que le lendemain dimanche, un jeune antiraciste qui se croit palestinien s’en prend à un rabbin ! Il ne pouvait pas attendre lundi pour recommencer son turbin ? On ne sait plus à qui se fier.

La vie est injuste. Vive la vie. Lehaïm !

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Coup de maître

À l’approche du Festival de Cannes les sorties en salles connaissent une glaciation aussi habituelle que déraisonnable. Heureusement, « Alfred » est là.


« Aux origines du maître du suspense ». Le sous-titre de cette sortie en salles n’est pas usurpé. Le distributeur Carlotta a eu la belle idée de restaurer dix films réalisés par le futur Sir Alfred Hitchcock entre 1927 et 1932. Soit cinq films muets (Le Masque de cuir, Laquelle des trois ?, À l’américaine, The Manxman et Chantage) et cinq films parlants (Junon et le Paon, Meurtre, À l’est de Shanghai, The Skin Game et Numéro 17). On aurait tort de croire qu’il s’agit là de vagues esquisses imparfaites des chefs-d’œuvre à venir comme La Mort aux trousses ou Les Oiseaux. Inaugurée en 1925 avec un premier long métrage intitulé Le Jardin du plaisir, cette première période anglaise marque tout simplement l’entrée du cinéaste dans la cour des grands. C’est précisément ce qui fait dire au réalisateur Albert Dupontel que Le Masque de cuir est « le film dans lequel Hitchcock pose déjà toute sa grammaire cinématographique ». Le titre français est trompeur, annonçant une énième variation sur l’énigme du masque de fer, alors que le titre original, The Ring, colle exactement avec ce flamboyant mélo autour d’un triangle amoureux dans le monde de la boxe. Le film suivant s’intitule Laquelle des trois ?, mais là aussi le titre original est plus explicite : The Farmer’s Wife. Du Karine Le Marchand, le talent en plus… Dans son fameux livre d’entretiens avec Hitchcock, Truffaut raconte que ce dernier assura lui-même l’éclairage des scènes sur ce film car son chef opérateur était tombé malade !

La même année 1928, le cinéaste réalise À l’américaine (Champagne en VO !), une comédie « morale » qu’aurait pu signer Lubitsch où il est question de père milliardaire et de fille irresponsable qu’il convient de remettre sur le droit chemin. Quant à The Manxman, sorti en 1929, il a été salué par Éric Rohmer et Claude Chabrol en ces termes définitifs : « Avec ce film, Hitchcock pénètre pour la première fois dans un domaine qui lui est devenu cher : le vertige. » De fait, on découvre comment le futur auteur du sublime Vertigo (Sueurs froides) s’empare du thème du trio amoureux avec une première blonde hitchcockienne qui en annonce bien d’autres… Chantage, tourné la même année, permet de faire le lien entre les deux périodes de ce programme puisqu’il est ici présenté dans ses deux versions : la muette et la parlante. Pour la première fois, le cinéaste explore ce qui deviendra l’un de ses thèmes de prédilection, la violence criminelle.

À lire aussi : Maestro !

Sorti en 1930, Junon et le Paon est l’adaptation d’une pièce de théâtre dans laquelle, durant la guerre civile irlandaise, une famille dans la misère hérite d’une somme considérable. Du simple théâtre filmé cette fois, mais son succès assoit la notoriété montante d’Hitchcock. La même année, le cinéaste réalise Meurtre, un film beaucoup plus personnel dans lequel apparaît notamment un personnage de faux coupable, une figure récurrente de l’univers hitchcockien (Jeune et Innocent, Le Faux Coupable ou encore La Mort aux trousses). Ce que Rohmer et Chabrol résumaient ainsi : « Dans Meurtre, le ton passe avec légèreté d’un registre à l’autre, exactement comme si Hitchcock, se sentant en pleine possession de ses moyens, avait voulu mettre sur la pellicule l’ensemble de ses obsessions. » Suivent deux films mineurs, mais rares et qu’il convient de découvrir : The Skin Game et À l’Est de Shanghai, tous deux réalisés en 1931 et dans des registres différents, un drame pour le premier, une comédie pour le second. L’ultime film de ce programme est l’un des plus connus. Avec Numéro 17, sorti en 1932, Hitchcock signe le premier film dans lequel il utilise la technique dite du « MacGuffin » : on croit suivre un objet principal au cœur de l’intrigue alors que l’intrigue véritable se niche ailleurs… Ici, c’est un collier de diamants qui joue ce rôle de leurre !


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Diabolisation 2.0

Frontières est accusé de manipuler les « données » pour les mettre au service de son « idéologie », au point de devenir, pour la fondation Jean-Jaurès, anti-démocratique. C’est désormais vérifiable sur Wikipédia !


Depuis quelques jours, la page Wikipédia consacrée au magazine Frontières relaye une information inquiétante.

Mis en ligne le 17 mars, un nouveau paragraphe indique que le bimensuel créé en 2021 « manipule des données et fait des analogies trompeuses pour promouvoir ses thèses ». Comme source, le contributeur à l’origine de ce rajout gravement accusatoire renvoie à un article du Monde, qui lui-même s’appuie sur une récente « étude basée sur l’examen des sept premiers numéros de la publication ».

Problème : sous une apparence solide, cette étude ne présente aucune garantie de sérieux, puisqu’il ne s’agit ni d’une enquête de presse, ni d’un travail universitaire, ni d’une décision de justice, mais d’une simple « analyse » parue sur le site Web de la très orientée Fondation Jean-Jaurès. Dans ce texte, titré « Frontières : le média contre la République » (défense de rire), l’auteur, un certain Raphaël Llorca, prétend carrément prouver que la ligne éditoriale du journal d’Erik Tegnér est « anti-démocratique ». Pour étayer sa fumeuse démonstration, cet « expert communicant » cite trois extraits censés être accablants : d’abord une interview du juriste Pierre-Marie Sève, dans laquelle celui-ci plaide pour une justice « aux mains des citoyens et pas des juges » ; ensuite une interview de Georges Fenech, où l’ex-député LR dit préférer que la France soit « un seul peuple, une seule nation, une seule culture » ; et enfin une tribune de Garen Shnorhokian, militant du parti Reconquête, qui y traite de « charognards » les reporters chargés de suivre l’extrême droite. La bête immonde dans toute son horreur…

On comprend mieux pourquoi Le Point, lui aussi visé cet hiver par un procédé du même tonneau (avec l’adjonction dans sa notice Wikipédia d’une section fallacieuse sur son prétendu « tournant populiste »), a lancé le 20 février une pétition contre les « campagnes de désinformation et de dénigrement » menées sur l’encyclopédie en ligne. Parmi les premiers signataires : Éric Chol (L’Express), Luc Le Vaillant (Libération), Natacha Polony (Marianne). Au secours, la fachosphère est partout !

Droit de réponse de Teddy Riner

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Le sport a toujours été un espace de neutralité, de dépassement de soi et de partage. Il transcende les différences et unit au-delà des croyances, des origines et des opinions. En tant que sportif de haut niveau, j’ai toujours défendu ces valeurs qui font la beauté et la force du sport.

Contrairement à ce qui est indiqué dans cet article, je partage et respecte le principe de laïcité et ne suis en aucun cas le partisan ou porte-parole d’un mouvement religieux ou politique.

Aujourd’hui, un débat s’ouvre sur l’interdiction du port du voile dans le sport. Je comprends que ce sujet suscite des sensibilités et des opinions divergentes. Mais avant tout, je souhaite rappeler que le sport doit rester un espace où chacun peut s’exprimer, s’épanouir et se rassembler dans le respect des règles et de l’éthique sportive.

Quelle que soit l’issue de cette réflexion, j’appelle à l’apaisement, à la bienveillance et au dialogue. Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. Gardons en tête que le sport est un langage universel, un vecteur de cohésion et un pont entre les individus.

À ce titre, je tiens à préciser que mon message n’a aucune visée politique et ne doit faire l’objet d’aucune récupération. Mon engagement est et restera exclusivement tourné vers le sport et ses valeurs de respect, d’inclusion et de fraternité. J’invite donc chacun à entendre mes propos dans cet esprit et à ne pas les instrumentaliser à des fins partisanes.

Une femme d’honneur

L’éditorial d’avril d’Elisabeth Lévy


La plupart des gens pensent spontanément que lâcher un ami à terre n’est pas très glorieux. On se rêve plus volontiers en d’Artagnan qu’en Iago et même, dans le registre un peu plus sainte-nitouche, en Madame de Tourvel qu’en Merteuil. Et ce n’est pas un hasard si le premier mot du Chant des Partisans est « ami ». Or, par une maléfique inversion, la bonne société criminalise aujourd’hui la fidélité. Si un de vos amis est condamné pour masculinité toxique ou tout autre crime passible de la peine de mort sociale, à l’issue de l’un de ces procès en sorcellerie où l’accusation vaut condamnation, ces bons esprits n’auront qu’un mot d’ordre : aux abris ! Si vous tenez à votre carrière, à votre image, à vos invitations sur France Inter, désolidarisez-vous de l’individu que nous avons décidé de bannir. Pour écarter la foudre, le reniement doit être à la hauteur des attachements passés. Comment ai-je pu, toutes ces années, ne pas voir qu’un monstre se cachait derrière l’homme que je croyais connaître. Moi qui ai toujours lutté pour les femmes, je ne saurais en aucun cas cautionner de tels agissements, peu importe qu’ils soient ou non prouvés. MeToo ne renverse pas la charge de la preuve. Plus besoin de preuve.

Cette réhabilitation de la trahison, relookée en devoir citoyen, n’avait cours jusque-là que dans les régimes totalitaires où la culpabilité est contagieuse. La terreur nazie, stalinienne ou maoïste exigeait de l’enfant qu’il dénonce ses parents, de l’élève qu’il accuse le professeur, de l’ami qu’il sacrifie l’ami. Et souvent, comme Winston qui, à la fin de 1984, cède en hurlant « Faites-le à Julia ! Pas à moi ! », le malheureux s’exécutait pour sauver sa peau. On ne se permettra pas de juger des gens qui encouraient la mort ou le goulag. Mais on a le droit de trouver méprisable tous les prêchi-prêcheurs et prêcheuses qui, pour sauver leur carrière et leur valeur mondaine, acceptent de cracher publiquement sur ceux devant lesquels ils se prosternaient la veille. C’est ainsi désormais qu’on s’achète une vertu.

On se rappelle le scandale déclenché par la tribune intitulée « N’effacez pas Gérard Depardieu », parue en décembre 2023 dans Le Figaro à l’initiative de notre ami Yannis Ezziadi, traîné dans la boue et extrême droitisé pour avoir osé écrire que « lorsqu’on s’en prend ainsi à Gérard Depardieu, c’est l’art que l’on attaque ». Cette phrase, évidemment discutable, a enragé tous ceux qui prétendent juger l’art à l’aune de la moralité réelle ou supposée de l’artiste. Pour eux, que l’on conserve son amitié à un homme soupçonné de comportements disons excessifs est tout simplement intolérable.

Le 25 mars, les néo-tricoteuses, venues assister à l’exécution du monstre, font le pied de grue devant le palais de justice de Paris, où doit se tenir le procès du comédien pour agressions sexuelles. Elles attendent avec gourmandise l’occasion de pouvoir enfin le huer et montrer face caméra qu’elles sont dans le bon camp. Dans la salle d’audience, où le gotha du journalisme MeToo a pris place du côté des parties civiles, la claque des plaignantes s’efforce de repérer les soutiens du comédien, que la presse recense avec minutie. On pense aux croquantes et aux croquants, tous ces gens bien intentionnés qui, dans l’Auvergnat de Brassens, se délectent de voir le paria emmené entre deux gendarmes. Et on a plutôt envie d’être celui qui lui sourit dans son malheur. Pas de compassion pour le prédateur ! J’espère que, si un ami était condamné, même pour un crime qu’il a commis, il resterait mon ami. Mais je dois avoir une moralité défaillante.

On ne peut qu’admirer la fidélité, le courage et la classe de Fanny Ardant qui, malgré la peur qu’elle a dit éprouver, est venue le 26 mars dire à la barre son amour et son admiration pour son ami. Rien de surprenant quand on se rappelle qu’il y a quelques mois, elle défendait en « une » de Causeur Roman Polanski, un autre de ses amis honnis par la meute féministe. Autant dire que l’ardente Fanny se moque du qu’en-dira-t-on.

Devant la Cour, la comédienne ne se contente pas d’affirmer qu’elle n’a jamais vu le prévenu commettre un geste choquant (ce qui ne prouve pas qu’il n’en a jamais commis, Depardieu n’est pas non plus un ange tombé du ciel). Elle ose parler de son art : « Je suis une amie de Gérard, je le connais depuis toujours donc je peux parler pour lui. Je vais agrandir le débat en disant pourquoi Gérard est un si grand acteur. Il a le génie de donner à tous les personnages qu’il a interprétés une richesse, une contradiction, une diversité, avec le bien, le mal, la lumière, l’ombre. Toute forme de génie porte en soi quelque chose d’extravagant, d’insoumis, de dangereux. » Du côté des parties civiles, on grommelle, on s’agite, quelques protestations fusent. Visiblement, Mademoiselle Ardant a frappé dans le mille. En parlant de beauté, de grandeur, d’un homme qui peut être à la fois sombre et lumineux, elle a écrasé les médiocres de sa grandeur et de sa liberté. La preuve, c’est que dans le compte-rendu d’audience publié par Mediapart le 26 mars, il n’y a pas un mot sur son témoignage. On dirait que, pour une fois, Marine Turchi n’a pas su quoi dire.

Inde: qui était Aurangzeb, cette figure moghole source de tensions entre musulmans et hindous?

Nagpur a été secouée par de violents affrontements entre hindous et musulmans, déclenchés par une rumeur de profanation du Coran et des tensions autour du tombeau d’Aurangzeb. Cet épisode illustre une fois de plus l’instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques en Inde.


Le 17 mars 2025, la ville de Nagpur, dans l’État du Maharashtra, a été le théâtre de violents affrontements entre hindous et musulmans. À l’origine de ces émeutes, une rumeur faisant état de la profanation d’un exemplaire du Coran, mais aussi un climat de crispation autour du tombeau de l’empereur moghol Aurangzeb, personnage controversé de l’histoire indienne, comme le rapporte ABP TV1.

Les tensions couvaient depuis plusieurs semaines, alimentées par des organisations extrémistes hindoues comme le Vishwa Hindu Parishad (VHP) et le Bajrang Dal, proches du parti nationaliste au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP). Ces groupes avaient organisé des manifestations, menacé de détruire le tombeau du monarque et brûlé son effigie. « Nous avons déjà planifié et décidé [comment et quand la démolition sera effectuée], et elle aura certainement lieu », aurait même déclaré, en marge de ces manifestations, un ministre du BJP, membre du gouvernement local du Maharashtra, cité par le quotidien The Diplomat, attisant encore davantage les tensions2. Face à cette escalade, la communauté musulmane est descendue dans la rue, prête à en découdre avec ses opposants, forçant les autorités à imposer un couvre-feu.

L’ombre d’Aurangzeb sur le nationalisme hindou

Aurangzeb, qui a dirigé l’empire moghol de 1658 à 1707, est une figure controversée. Considéré comme un tyran par certains et un souverain efficace par d’autres, il a permis à son empire, qui s’étendait sur 4 millions de kilomètres carrés, d’atteindre son apogée et de devenir « la première économie du monde »3. Son règne a toutefois été marqué par de nombreuses rébellions en raison de son rigorisme religieux anti-hindou. Il n’a pas hésité à faire détruire des temples, à discriminer les soufis, une branche de l’islam qu’il considérait comme hérétique, et à instaurer des impôts discriminatoires.

Le souverain a souvent été utilisé comme un symbole par les nationalistes hindous pour justifier leur discours contre la communauté musulmane. Depuis l’accession au pouvoir du BJP en 2014, les partisans du Premier ministre Narendra Modi ont fait d’Aurangzeb une figure centrale de leur rhétorique, l’associant aux « envahisseurs » musulmans et à l’oppression orchestrée contre les hindous. En 2022, le nom d’Aurangzeb est devenu un sujet brûlant sur les réseaux sociaux lorsqu’un litige concernant une mosquée – construite sur les ruines du temple de Vishwanath, un imposant sanctuaire hindou du XVIIe siècle détruit sur ordre de l’empereur – a éclaté.

À lire aussi : Ouzbékistan et France resserrent leurs liens

Un tribunal a ordonné une enquête pour déterminer si la mosquée avait bien été érigée sur un ancien temple hindou. En vain. Narendra Modi, récemment reçu en grande pompe par le président Emmanuel Macron à Paris il y a un mois, a également alimenté cette rhétorique en évoquant les atrocités perpétrées par Aurangzeb. « Il a tenté de changer la civilisation par l’épée et d’écraser la culture par le fanatisme », a-t-il déclaré par le passé à India Today (2021)4, reprenant ainsi à son profit les thèses nationalistes hindoues.

Une instrumentalisation politique de l’histoire à des fins nationalistes

La sortie récente du film Chaava (Lionceau), qui retrace la rivalité entre Aurangzeb et l’empereur marathe Sambhaji Bhonsle – torturé et exécuté en 1689 par son rival –, a une fois de plus ravivé ces tensions. Accusé de déformer l’histoire pour nourrir un discours identitaire, le film illustre parfaitement la volonté de certains courants nationalistes hindous de faire porter à la communauté musulmane actuelle la responsabilité des actes d’un souverain du XVIIe siècle.

Pourtant, l’histoire est loin d’être aussi manichéenne : des rois hindous ont collaboré avec les Moghols, tandis que certains souverains musulmans ont protégé des temples hindous. Les affrontements (et massacres) entre Hindous et musulmans sont en nette recrudescence, avec pour toile de fond la guerre que se livrent l’Inde et le Pakistan sur le Cachemire, les rivalités ethnico-religieuses exacerbées sous la colonisation britannique. La figure d’Aurangzeb, loin d’être une simple référence historique, est aujourd’hui un levier idéologique puissant dans ce contexte où les nationalistes hindous cherchent à réécrire le passé pour mieux façonner le présent… Elle est devenue le symptôme d’une polarisation croissante, l’histoire de l’Inde est instrumentalisée à des fins politiques.


  1. https://news.abplive.com/cities/nagpur-violence-replica-of-aurangzeb-grave-burnt-rumours-spread-about-quran-burning-cm-devendra-fadnavis-1759648 ↩︎
  2. https://thediplomat.com/2025/03/erasing-aurangzeb-to-marginalize-muslims-indias-grave-concern/ ↩︎
  3. https://www.indiatoday.in/india/story/pm-modi-aurangzeb-invader-shivaji-protect-kashi-vishwanath-corridor-inaugurated-1887237-2021-12-13 ↩︎

« Ihsane » ou le premier meurtre

Ce qui se voulait peut-être un manifeste humaniste ne dépasse guère le niveau d’un pittoresque divertissement oriental.


Pour ceux qui prédisent le Grand Remplacement, dénoncent la main mise des Frères musulmans sur les mosquées ou redoutent l’islamisation rampante  de la société, Ihsane, spectacle présenté au Théâtre du Châtelet par le Ballet du Grand-Théâtre de Genève,  pourrait représenter quelque chose de parfaitement éloquent, sinon d’extraordinairement représentatif de l’évolution de la société.   

Qu’une compagnie de danse attachée au principal théâtre de la Cité de Calvin débarque à Paris avec un spectacle où tout s’affiche en langue arabe, où l’un des protagonistes incite le public à répéter des mots arabes, où les décors et les costumes, plutôt réussis par ailleurs, sont d’inspiration arabe, voilà qui est effectivement assez décoiffant. D’aucuns y verront un signe des temps, quitte à passer pour xénophobes, terriblement réactionnaires, sinon carrément fascisants.  

Premier meurtre homophobe avéré

Le propos d’Ihsane, tel qu’il est développé dans le programme, et même si sur scène il n’est pas vraiment lisible, ce propos est des plus respectables.  L’auteur de l’ouvrage, Sidi Larbi Cherkaoui, rappelle et dénonce un acte effroyable : ce qu’il faut bien nommer la mise à mort, à Liège, en 2012, d’un jeune homme de trente-deux ans, Ihsane Jarfi, massacré par un groupe de quatre individus, dont un musulman, avec lesquels, à la sortie d’un bar gay, il avait eu la folie d’embarquer en voiture. Après l’avoir agoni d’injures haineuses, roué de coups avec une violence inouïe et enfin étranglé, ces hommes ont abandonné en rase campagne son corps pantelant et totalement défiguré. Une mise à mort d’une effroyable barbarie, « premier meurtre homophobe avéré en Belgique »,  dont on comprend qu’elle ait révulsé Cherkaoui qui se définit lui même comme « artiste, queer et arabe ».  

Las ! Autant le crime qu’il dénonce est atroce, autant son hommage rendu à la victime apparait gentillet et décoratif.

Un sujet si grave

Décors simples, mais  spectaculaires d’Amine Amharech ; costumes joliment dessinés aux teintes de l’aurore d’Amine Bendriouich ; belles compositions musicales de Jasser Haj Youssef, exécutées en fond de scène par tout un groupe de musiciens et de chanteurs ;  éclairages éloquents de Fabiana Piccioli ; vidéos de Maxime Guislain : rien dans Ihsane n’est indifférent.

A lire aussi: Le violon virtuose de Liya Petrova

Et pourtant, l’ouvrage n’est rien d’autre chose qu’anecdotique, interminable, sans grand caractère. Comme tant de choses chez Cherkaoui, le propos  apparaît superficiel et peu cohérent. Et d’un sujet si grave, il ne reste rien qu’une fantaisie orientale ensanglantée où les dépouilles tragiques d’un mouton font écho au corps du sacrifié et rappellent peut-être les folies meurtrières de l’islam. 

La chorégraphie, puisque chorégraphie il y a, fait songer à un spectacle folklorique tels qu’on en voit lors des festivals d’été à Marrakech. Cela n’arrange rien. Et surtout ne consolide pas un propos parfaitement confus. Seule, au début du spectacle, une très belle séquence montre les nombreux danseurs édifiant avec leurs bras des images superbement architecturées, quand plus tard seules quelques cabrioles évoquent la violence du crime.

Un environnement flatteur

Bref, le travail de Sidi Larbi Cherkaoui est semblable à ce qu’il a toujours été. Gentil, facile, mis en scène dans un environnement plutôt flatteur, mais dépourvu d’intérêt réel, ou, pour mieux dire, parfaitement creux et partant aimablement ennuyeux. 

Mais comment, dira-t-on, ce garçon né à Anvers, mi-Marocain, mi-Flamand, a-t-il échoué à Genève où le public du Grand-Théâtre a eu la primeur de Ihsane qui y a été créé en novembre 2024 ? C’est que le directeur de cette grande salle lyrique, le Suisse Aviel Cahn, qui avait été précédemment à la tête de l’Opéra de Flandres, à Anvers, a fait nommer directeur du Ballet de Genève dès 2022 celui qu’il avait connu à Anvers. Ce désormais vénérable ballet, qui avait été fondé en 1962 avec Janine Charrat au moment de la renaissance du Grand Théâtre de Genève ravagé par un incendie une décennie plus tôt, a vu se succéder un aussi grand nombre de directeurs qu’il a connu de générations de danseurs. On ne sait ce que pense le public genevois du profil actuel de la compagnie dont le niveau technique reste excellent, même s’il est peut-être hasardeux d’en juger avec ce spectacle-ci. Mais on peut se demander, non sans ironie, si la vieille société protestante genevoise apprécie follement de voir l’austère ville de Calvin, qui  jadis avait été aussi le fief d’un prince-évêque du Saint-Empire,  aujourd’hui représentée à Paris par un spectacle de culture arabe. 


« Ihsane », par le Ballet du Grand-Théâtre de Genève, jusqu’au 6 avril 2025.

Autre programme de la même compagnie avec des chorégraphies de Sharon Eyal, Aszure Barton, Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui, du 10 au 13 avril.

Théâtre du Châtelet 

«Nous sommes élus par la volonté du peuple et n’en sortirons certainement pas par la partialité des juges»

Élu du Territoire de Belfort, Guillaume Bigot réagit en exclusivité pour Causeur à la condamnation en première instance de Marine Le Pen à deux ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate dans l’affaire des assistants parlementaires du FN.


« Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie. Ils tueront la République. » Cette mise en garde prononcée par François Mitterrand en 1995 est plus que jamais d’actualité. Après François Fillon et Nicolas Sarkozy, voilà Marine Le Pen victime de la dikastocratie[1] grandissante dans notre société, de ce pouvoir suprême appartenant aux juges et dont les décisions influencent directement nos choix démocratiques.

Car oui, il y aura un avant et un après 31 mars 2025 dans l’histoire politique française.

Dès lors, les juges ont le pouvoir de décider de qui a le droit d’être éligible et de qui doit en être privé, et ce en fonction de l’étiquette politique. Ainsi François Bayrou a été relaxé pour les faits de même nature au nom du « bénéfice du doute », lorsque Marine Le Pen a quant à elle été condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire au seul motif de s’être défendue, les juges considérant que cela représentait un risque de récidive… On marche sur la tête.

Aujourd’hui la volonté du peuple est piétinée, muselée, empêchée, car un juge estime que l’éventuelle élection d’un candidat pourrait constituer une « trouble à l’ordre public ».

Notre démocratie souffrait déjà, elle est dès lors blessée.

Le risque de récidive motivant cette décision des juges n’est, qui plus est, pas fondé, donc pas sérieux, puisque Marine Le Pen n’est plus présidente de son parti, ni députée européenne. La décision revêt donc une apparence arbitraire et injuste, ce que les Français, en majorité, ne supportent pas car attachés au fondement même de la justice et de l’Etat de droit.

Depuis ce 31 mars, l’image de la justice française est plus qu’écornée. L’impartialité de la justice est un droit fondamental, tout comme la liberté démocratique. Par cette décision, ces deux droits sont aujourd’hui bafoués. La conclusion de ce procès en première instance véhicule une image désastreuse et renforce le sentiment qu’une petite caste bien-pensante, se sachant dans le camp du bien et de la vérité, impose sa vision de la démocratie au peuple en le privant d’une candidate qui recueille 37 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle selon les derniers sondages.

On nous dit qu’il serait interdit de discuter politiquement une décision de justice mais notre histoire parlementaire est pleine de débats autour de décisions iniques telles que la scandaleuse condamnation du capitaine Dreyfus.

La libre expression démocratique, l’élection à la présidence de la République au suffrage universel direct voulue par le général de Gaulle est en réalité un arbitrage national. Chaque candidat est soumis au jugement populaire, chaque électeur vote (et donc juge) de la qualité du candidat à accéder au pouvoir suprême de la présidence, en son âme et conscience. La justice n’a donc pas à interférer dans cette sélection populaire. Sans cette libre expression démocratique, les droits fondamentaux sont menacés. Comme le disait le général de Gaulle : « En France, la seule Cour suprême qui existe, c’est le peuple. »

Tout républicain sincère ne peut que s’opposer à cette conception de l’inégibilité lorsqu’il n’y a pas d’enrichissement personnel de l’élu, lorsque la frontière entre le fonctionnement légal et illégal du mandat d’un élu est aussi floue. Le concept même d’inégibilité est à revoir car il pourrait permettre de censurer des opposants politiques dans un Etat malveillant. Avec ce concept, en Afrique du Sud, Nelson Mandela aurait-il pu être élu ? Nous sommes élus par la volonté du peuple et n’en sortirons certainement pas par la partialité des juges.


[1] Gouvernement des juges

Poutine, Trump, Tebboune, islamistes… Qui est notre ennemi?

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Qui est notre ennemi ? Aujourd’hui, les Européens ont du mal à répondre à cette question vitale. Pour avoir cru la fin de l’Histoire advenue avec la chute de l’URSS, ils se sont désarmés et donné pour mission sacrée d’abolir leurs singularités. Tirés brutalement de l’anesthésie générale par les bouleversements du monde, ils cherchent péniblement une réponse. Comme le disent Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, en présentant notre dossier : « Pour les Européens et singulièrement pour les Français, le réveil est d’autant plus rude qu’il est tardif ». Causeur a demandé à deux penseurs de premier plan de réagir à cette interrogation. Pour Marcel Gauchet, nous vivons la fin de la domination occidentale du monde. Derrière la Chine, le philosophe voit se former une « fédération mondiale des autocraties ». Les Américains l’ont compris, pas les Européens qui croient béatement que la planète entière continue de les envier. Selon sa formule mémorable : « L’Europe est l’idiot du village global ». De son côté, Pierre Manent identifie trois pressions extérieures qui s’exercent sur la France : à l’Est, Vladimir Poutine, à l’Ouest, Donald Trump, au Sud, l’islamisme. Face à ces menaces, il plaide pour que Paris s’écarte de la tentation fédéraliste et renoue avec l’idée gaullienne d’une Europe des nations. Et si l’équipe autour de Donald Trump nous choque par la brutalité de ses paroles, il faut y voir un signe de l’affaiblissement relatif des États-Unis : « Est-ce l’empire qui abuse de sa force, ou l’empire que sa faiblesse menaçante affole ? »

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S’il lui faut un sursaut en matière de défense, la France en est-elle capable sur le plan financier ? Pour Stéphane Germain, il y a des raisons de se montrer sceptique, car depuis longtemps nous sacrifions la défense à la protection sociale. Des coupes budgétaires sont réalisables, mais quand les revenus de la majorité des Français dépendent entièrement de l’État, qui oserait demander un effort « citoyen » ? La France, une grande puissance ? « Aujourd’hui, c’est son impuissance spectaculaire qui caractérise notre pays ». Quant à l’Europe, comment peut-elle retrouver une industrie de défense digne de ce nom ? Jules Basset apporte les premiers éléments d’une réponse, en prenant exemple sur la Russie, la Chine et les États-Unis.

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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy fustige la « réhabilitation de la trahison » à l’ère MeToo. Dès qu’un ami est dénoncé pour masculinité toxique ou tout autre crime passible de la peine de mort sociale, à l’issue de l’un de ces procès en sorcellerie où l’accusation vaut condamnation, trop de bons esprits acceptent de cracher publiquement sur celui devant lequel ils se prosternaient la veille. Il y a quelques exceptions. Le 26 mars, Fanny Ardant, malgré la peur qu’elle a dit éprouver, est venue dire à la barre son amour et son admiration pour son ami, Gérard Depardieu, accusé d’agression sexuelle. Ce faisant, « elle a écrasé les médiocres de sa grandeur et de sa liberté ». Le Premier ministre, François Bayrou, a annoncé que des « conventions citoyennes décentralisées » seraient organisées à travers tout le pays pour débattre de la question : « Qu’est-ce qu’être français ? » Sans attendre un premier tour de table officiel, Céline Pina a posé cette question dans un village au cœur de la Bourgogne. Aujourd’hui en France, la baisse du niveau des élèves s’explique aussi par celle de leurs enseignants. Selon l’enseignante et chroniqueuse Lisa Kamen-Hirsig, c’est la faute de l’Éducation nationale qui n’exige plus des futurs professeurs la maîtrise des savoirs enseignés. Elle veut surtout des avocats pour les lubies du moment (écologie, égalité, vivre-ensemble) et de gentils accompagnateurs. Pour Jean-David Jumeau-Lafond, le projet de réaménagement de la place du Trocadéro est une nouvelle démonstration de la méthode Hidalgo : imposer par la force une écologie punitive et une idéologie « festive », au détriment de la beauté de Paris et de la vie quotidienne de ses habitants. La préfecture a retoqué ce nouveau délire, mais pour combien de temps ? Loup Viallet a fait un reportage à Vintimille. Située à la frontière franco-italienne, cette ville vit depuis les années 2010 au rythme des flux migratoires. Malgré les efforts de la nouvelle municipalité, les violences et dégradations inhérentes à la présence continue d’immigrés clandestins bouleversent la vie locale. À l’approche de l’été, ses habitants redoutent de nouvelles vagues d’arrivants.

L’invitation de Jordan Bardella et Marion Maréchal à un colloque contre l’antisémitisme organisé à Jérusalem a scandalisé la gauche. Noémie Halioua explique comment cette visite s’inscrit dans un processus de rapprochement assumé entre le gouvernement israélien et certains partis nationalistes européens. Pour Gil Mihaely, la nouvelle offensive d’Israël à Gaza vise notamment à empêcher le Hamas de reconstituer ses forces militaires et de conserver son pouvoir politique. Mais de nombreuses voix soupçonnent Benyamin Netanyahou de motivations politiciennes, alors que le pays pourrait plonger dans une crise constitutionnelle inédite.

Chez nos chroniqueurs, Emmanuelle Ménard passe en revue l’Algérie et ses OQTF, le retour des retraites dans le débat public ainsi que celui des gens du voyage à Béziers, sans oublier… la sortie de La Belle et la Bête. Ivan Rioufol dénonce la tentative de nos politiques de s’imposer par la menace de partir en guerre et le recours à la peur du « fascisme ». Olivier Dartigolles traque les incohérences, les « Oui, mais… », des extrémistes des deux côtés de l’échiquier politique, mais surtout celles des antiracistes auto-proclamés de la gauche radicale. Jean-Jacques Netter, le vice-président de l’Institut des libertés, décode l’actualité́ économique de la Banque centrale européenne, qui accuse une perte de 8 milliards d’euros pour 2024, à l’échec de la French tech sous la forme de son robot Nao. Enfin, Gilles-William Goldnadel, le président d’Avocats sans frontières, explique pourquoi l’affiche représentant Cyril Hanouna sous les traits du Juif Süss diffusée par LFI est presque une peccadille à côté des autres horreurs antisémites perpétrées par les Insoumis.

Côté culture, Yannis Ezziadi ouvre le bal en se demandant ce qu’enseigne aujourd’hui le Conservatoire national d’art dramatique. Réponse : pas grand-chose, semble-t-il. Les élèves en ressortent vierges de toute culture théâtrale et de toute technique de jeu. Pour mesurer la catastrophe, il faut se rappeler les grands artistes qu’il a su former dans le passé et observer les diplômés d’aujourd’hui. Elisabeth Lévy salue le nouveau livre de Philippe Bilger, MeTooMuch ? (aux éditions Héliopoles), dans lequel l’ancien avocat général dénonce les dérives du mouvement néoféministe qui instrumentalise la justice.

Vouloir croire, comme il le fait, que MeToo va s’assagir et renoncer aux débordements de sa naissance révolutionnaire est peut-être trop optimiste. Françoise Bonardel s’interroge sur les conséquences possibles de l’usage quotidien de l’IA. Ce qui est sûr, c’est qu’en recensant toutes les connaissances, elle propose un savoir prémâché et standardisé qui n’encourage pas à la « gymnastique intellectuelle ». La libre pensée et l’érudition vagabonde seront-elles la chasse gardée des gens « bêtes » ? Georgia Ray nous raconte une des plus belles expositions de ce printemps qui est consacrée aux photographies d’Émile Zola. L’écrivain se découvre cette passion tardive en même temps que le bonheur familial, et ses clichés témoignent de la vie d’un bourgeois heureux et amoureux, loin des bas-fonds sordides dépeints au fil de ses romans.

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Jonathan Siksou a lu Mauvais genre au musée, dans lequel Didier Rykner dévoile comment les plus grands musées du monde sont gangrenés par le wokisme. De la réécriture de l’histoire de l’art à l’effacement pur et simple, tous les coups sont permis. Clairvoyant, Jean Sévillia dénonçait il y a 25 ans Le Terrorisme intellectuel, nous rappelle Frédéric Rouvillois. Avec Les Habits neufs du terrorisme intellectuel, il alerte aujourd’hui sur son développement : une idéologie qui remet en cause la nation, la culture et l’idée même de l’espèce humaine, et recourt à la censure pour s’imposer. Mais qu’on ne désespère pas, la résistance se lève ! Et si on a besoin de fuir l’horreur ou l’ennui du quotidien, Julien San Frax nous invite à parcourir les nombreux palais de France, dont l’histoire, aussi bien politique qu’artistique, est retracée par Thierry Sarmant dans un beau livre illustrée. Tandis qu’Emmanuel Tresmontant nous invite à la Maison Élysée qui, ouverte au public telle une annexe du palais présidentiel, est un lieu hybride qui décline à travers un musée, une boutique et un salon de thé, l’art de vivre à la française. Si cela ne suffit pas, réfugions-nous dans les salles obscures où nous attendent – Jean Chauvet l’affirme – des pépites : un documentaire étonnant sur une famille girondine qui crée des spectacles pyrotechniques et une dizaine des premiers longs-métrages d’Alfred Hitchcock. Le maître du suspense aurait dit : « Le théâtre, c’est la vie, ses moments d’ennui en moins ». A cet égard, Causeur est comme le théâtre !

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Voynet au comité nucléaire: poisson d’avril?

La nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire suscite finalement bien peu de controverses. Pourtant, son engagement anti-nucléaire passé, sa responsabilité dans la fermeture du réacteur Superphénix en 1998 ou son rôle dans l’exclusion du nucléaire des énergies durables dans le mix énergétique de Bruxelles méritent d’être rappelés.


En matière d’énergie électrique, la France avait tous les atouts en main grâce à un parc nucléaire assurant une énergie abondante, propre et peu chère. En 1976, la dernière génération de réacteur à neutrons rapides (RNR – Superphénix), cent fois plus efficace et économe en uranium que les réacteurs dits classiques, est promise à un grand avenir puisqu’elle permettrait à terme l’utilisation de la quasi-totalité de l’uranium nécessaire à la production d’énergie, et donc la réduction à presque rien des déchets nucléaires, et la recherche sur la transmutation des anciens déchets pour leur réutilisation comme combustible sous forme d’uranium appauvri – selon les experts d’EDF, les stocks entreposés en France assureraient ainsi au moins deux millénaires de combustible pour l’ensemble des réacteurs. Malheureusement, la basse politique va rebattre les cartes. En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale est décidée par le président de la République Jacques Chirac. La gauche coalisée, qui comprend les Verts, remporte les législatives qui suivent. Lionel Jospin entre à Matignon et nomme Dominique Voynet ministre de l’Environnement. Celle-ci déclare immédiatement, à propos de Superphénix : « Cette machine n’est vraiment adaptée ni à la production d’électricité en quantité ni à l’élimination des déchets nucléaires. Elle ne justifie donc pas les sommes considérables qu’on y a englouties. » La messe est dite : le 9 février 1998, le gouvernement Jospin signe l’arrêt de mort de Superphénix. Pour être certaine que ce projet ne sera jamais redémarré, la ministre verte, acharnée, fait percer des trous dans la cuve du réacteur. La France, qui dominait la recherche dans ce domaine, prend alors un retard qu’elle ne comblera plus ; elle est désormais devancée par la Chine et la Russie. L’Inde progresse rapidement, profitant d’ailleurs de la compétence d’ingénieurs et de fournisseurs français, lesquels sont toutefois de moins en moins demandés dans les pays ayant décidé de lancer ou relancer le nucléaire civil.

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Vices de fabrication

Une vidéo (voir ci-dessous), dans laquelle Mme Voynet explique comment elle a trahi le gouvernement français lors de négociations à Bruxelles en 2000, circule en ce moment sur les réseaux. Toute guillerette, l’ex-ministre y donne moult détails sur la manière dont elle a roulé Matignon dans la farine. Alors qu’elle avait pour mission de faire reconnaître le nucléaire comme une source d’énergie propre, elle est parvenue, jubile-t-elle, à faire très exactement l’inverse grâce à une entourloupe avec son homologue britannique. Tous les deux, précise-t-elle, étaient « hilares ». « Je suis rentrée à Paris très contente de voir que le nucléaire ne pouvait pas faire partie des technologies retenues au titre des mécanismes du développement propre. […] En même temps je n’ai pas pu m’en vanter en rentrant. Il fallait que j’aie l’air désolée de ce qui s’était passé… » Mme Voynet incarne à elle seule tous les vices de l’écologisme, en particulier le mensonge et la duplicité.

Son obstination anti-nucléaire, augmentée d’un don évident pour la fourberie, n’a pas empêché la nomination de Mme Voynet au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire. La mission de cet énième comité Théodule est principalement d’informer le public sur des sujets en rapport avec la sécurité nucléaire. Au moment où il est soi-disant prévu de relancer le nucléaire français, la nomination de Mme Voynet paraît de prime abord curieuse. Mais est-elle si étrange que ça ? Emmanuel Macron a promis la construction de nouvelles centrales mais, dans le cadre d’une obligation de « mix énergétique » concoctée par l’UE sous la férule de l’Allemagne, l’on entend surtout parler de l’implantation rapide de milliers de nouvelles éoliennes sur terre et en mer. Emmanuel Macron, européiste dans l’âme, capable de dire tout et son contraire pour arriver à ses fins, ne reste-t-il pas en réalité totalement inféodé à la politique énergétique germano-européenne ? Il n’est pas sans savoir qu’Ursula von der Leyen a nommé dernièrement à la Commission européenne des personnalités foncièrement anti-nucléaires : l’ex-ministre danois du Climat et de l’Énergie Dan Jorgensen, promoteur de « fermes éoliennes » en mer du Nord et en mer Baltique conçues en collaboration avec l’Allemagne, est maintenant à la tête de la politique énergétique européenne ; Teresa Ribera, ministre socialiste espagnole et farouche anti-nucléaire, est chargée, en tant que vice-présidente de la Commission, de diriger la politique de transition énergétique ; l’écologiste belge Philippe Lamberts qui, pendant 15 ans, s’est opposé au nucléaire au Parlement européen, a été nommé conseiller spécial de Mme von der Leyen. Emmanuel Macron ne remet aucunement en cause un « Pacte vert » européen qui reste malheureusement d’actualité, la Commission européenne allant même jusqu’à payer (15 millions d’euros en 2024) des ONG écologistes1 – comme l’ONG anti-nucléaire également « engagée contre l’extrême droite et les discriminations de genre et de race » Friends of the Earth Europe et l’ONG anti-nucléaire Climate Action Network, toutes les deux financées à la fois par des fonds européens et des fonds privés, dont ceux de l’Open Society Foundations de George Soros – pour promouvoir ce fameux pacte et faire pression sur les eurodéputés. Notons que ce scandale, car c’en est un, n’a pas beaucoup ému le milieu médiatico-politique centro-gauchiste qui a fait preuve d’une grande discrétion à propos de cette affaire. Pour atteindre une fantasmagorique « neutralité climatique » d’ici à 2050, les États membres de l’UE ont pour obligation d’avoir un mix énergétique comprenant au moins 42,4 % d’énergies renouvelables d’ici à 2030 ! La part de ces énergies représente actuellement 14 % du mix français… pour atteindre l’objectif européen, il faudra faire des choix budgétaires. Pas sûr que le nucléaire en sorte gagnant. Et la question demeure : l’annonce du plan de relance du nucléaire par le président Macron relève-t-elle d’une véritable ambition d’indépendance énergétique ou n’est-elle qu’un nouvel écran de fumée camouflant d’autres objectifs ? 

Objectif Lune

L’essayiste Fabien Bouglé est un infatigable défenseur du nucléaire français, seul moyen d’assurer la souveraineté et l’indépendance de la France dans ce domaine primordial qu’est l’énergie. Auteur de plusieurs livres sur la question[1], il dénonce cet objectif délirant – 42,4 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique français – qui suppose, pour la France, un investissement de plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici à 2040 dans l’éolien et le solaire, ce qui conduira immanquablement à une forte augmentation de la facture électrique des Français et à un investissement moindre dans le nucléaire. Sur le média en ligne Tocsin, Fabien Bouglé a affirmé que Christophe Leininger, le conseiller énergie d’Emmanuel Macron, serait un ancien membre de Réseau Action Climat, une officine financée en partie par des fondations anti-nucléaires allemandes, et que l’Office franco-allemand de la transition écologique (OFATE), véritable lobby éolien et gazier allemand, a ses bureaux à la direction générale de l’Énergie et du Climat, au sein du ministère de l’Écologie français, ministère qui accueille également des représentants de Greenpeace et de WWF. Pour l’auteur de Guerre de l’énergie, la nomination de Dominique Voynet n’est que le révélateur de l’existence d’une « cinquième colonne anti-nucléaire » dans les instances gouvernementales et de « l’ingérence allemande dans la politique énergétique française ».

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Rappelons que c’est en 2019, sous la première présidence Macron, que le programme Astrid a été abandonné. Ce programme prévoyait de relancer la recherche sur le retraitement des déchets nucléaires permettant leur utilisation dans des réacteurs de 4ème génération. L’UE et l’Allemagne ne voyant pas d’un bon œil ce projet innovant, Emmanuel Macron, qui s’avèrera être un grand bazardeur des fleurons technologiques français, ne se fit pas prier pour l’arrêter. En 2020, à la suite d’anciennes manigances électoralistes entre socialistes et écologistes (François Hollande, Martine Aubry, Cécile Duflot & Co) et sous la pression du ministère de l’environnement allemand, le gouvernement d’Édouard Philippe entérine, sur ordre d’Emmanuel Macron, la fermeture de la centrale de Fessenheim. On se souvient de la déclaration de l’ex-socialiste Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique à l’époque : « Avec cette décision nous tenons nos promesses. Nous transformons en profondeur notre modèle énergétique et nous accompagnons les Français et les territoires dans cette transformation. Avec l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim nous engageons à 50% la réduction de la part du nucléaire d’ici 2035 tout en développant massivement les énergies renouvelables. » Les Allemands applaudirent des deux mains : briser la filière nucléaire française, synonyme d’indépendance énergétique et d’avantage industriel, les occupe depuis quarante ans. Avec grand succès. Le démantèlement d’EDF et la création d’un système « concurrentiel » obligeant l’entreprise française à vendre à prix cassé son électricité à des sociétés ne produisant rien mais s’enrichissant sur son dos en démarchant ses clients, la fermeture de Fessenheim2, l’arrêt de certains de nos programmes de recherche, l’imposition d’un mix énergétique privilégiant les énergies dites renouvelables, l’alignement du prix de notre électricité sur celui du gaz allemand – autant de décisions dévastatrices que l’Allemagne a initiées via l’UE dans le seul but de détruire la filière électrique française. Les écologistes français, Corinne Lepage, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, ont prêté la main, sans vergogne, à ces opérations de sabotage qui ont conduit à une perte de compétences dans un domaine où la France a longtemps été pionnière, à des prises de décisions délétères et ruineuses pour notre pays, à une explosion du coût de l’électricité pesant sur les ménages, les commerces et l’industrie, ou ce qu’il en reste.   

Je n’ai pas changé…

Si le pouvoir de nuisance de Mme Voynet au sein du Haut Comité pour l’Information sur la Sécurité Nucléaire est relativement peu élevé, sa présence dans cette instance théodulaire symbolise malgré tout les tergiversations politiques entourant la relance du nucléaire en France. Mme Voynet n’a pas changé d’avis sur le nucléaire, comme le prouve son audition à une commission d’enquête parlementaire sur l’indépendance énergétique de la France en 2023, où elle affirme solennellement que « le choix du nucléaire nous expose à des risques sous-estimés ». L’ex-ministre préconise une diversification des sources d’énergie – sa préférence allant bien sûr aux énergies dites renouvelables – et une « forte réduction des consommations individuelles et collectives, dans l’industrie, les transports, l’agriculture, l’habitat et les ménages » – bref, elle promeut ardemment la décroissance à travers une « sobriété énergétique » passant par « la réduction de la production et de la consommation », le tout en vue de « diminuer l’impact humain sur le changement climatique et environnemental ». Rien de neuf, l’écologie la plus bête dans toute sa triste splendeur. La plus bête et, parfois, la plus involontairement drôle : lors de cette même audition, voulant dénoncer des recherches sur le nucléaire qu’elle juge trop longues et trop coûteuses, Mme Voynet s’est en effet lancée dans des explications alambiquées sur le projet ITER, lequel serait à la source d’expériences qui, décrites par l’ex-ministre, paraissent étonnamment peu scientifiques : « Des relations de fusion entre une ou deux molécules dans un micro-machin » nécessitant « un quart des ressources planétaires d’un métal rare… le nobrium, je crois »3. Les ingénieurs d’EDF seront sûrement heureux d’apprendre que le Nobrium, ce médicament aux vertus anxiolytiques, est un « métal rare » et qu’il peut faire fonctionner un réacteur nucléaire. Quant au laboratoire Roche, profitant de cette publicité involontaire pour son médicament, sans doute pourrait-il proposer à la Commission européenne de l’ajouter à la liste des produits du fameux « kit de survie » soi-disant indispensable en cas de « crise » et dans lequel, entre la lampe torche et la bouteille d’eau, il ne manque plus qu’une chose : un puissant psychotrope permettant de finir d’anesthésier les populations.


[1] Fabien Bouglé : Nucléaire, les vérités cachées : face à l’illusion des énergies renouvelables, 2021, éditions du Rocher – Guerre de l’énergie : au cœur du nouveau conflit mondial, 2023, éditions du Rocher – Éoliennes : la face noire de la transition écologique, 2024, éditions Litos.

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  1. https://www.lejdd.fr/Societe/scandale-du-green-deal-bruxelles-sous-le-feu-des-accusations-de-lobbying-et-dingerences-154247 ↩︎
  2. https://www.radiofrance.fr/franceinter/l-allemagne-demande-la-fermeture-de-fessenheim-2265958 ↩︎
  3. https://x.com/FactuelOff/status/1903024978787811797 ↩︎

L’affiche noire

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© D.R.

Pour sa journée « antiraciste », LFI a diffusé une affiche représentant Cyril Hanouna sous les traits du Juif Süss. Le président d’Avocats sans frontières remarque qu’en la matière, la formation de Jean-Luc Mélenchon n’en est pas à son coup d’essai.


Semaine noire pour le Parti antisémite rouge. Cette fois-ci Mélenchon est carbonisé. Ce qui me fait plaisir, c’est que c’est quelque part injuste. Ma méchanceté naturelle pour les méchants exulte. Ce n’est pas moi, c’est le Talmud qui dit que celui qui donne sa pitié au méchant fait tort au juste. J’ai beau ne pas être un grand talmudiste, pas de pitié pour Méchanlon !

Le parti des scandales

Je m’explique, lecteur impatient : l’affiche antisémite avec Hanouna représenté en Juif Süss était certes immonde, mais ils avaient fait tellement pire, les Insoumis. Entre Hassan Rima célébrant le Hamas tueur d’enfants et David Guiraud affirmant que « le bébé dans le four ça a été fait par Israël », plus toutes les cochonneries des Soudais, Delogu et autres Portes, l’affiche est une peccadille. Et le Mélenchon, il a bien raison de s’énerver. Il était passé entre toutes les gouttes sans trop dégoûter.

Il avait célébré Corbyn, qui célébrait un chef du Hamas devant sa tombe à Tunis. Et lorsque Corbyn est tombé, il a mis sa chute sur le dos du grand rabbin d’Angleterre. Et encore mieux ou plutôt pire que tout, Mélenchon a repris à son compte le mythe du peuple juif déicide. Personne, même les pires fanatiques, n’avait repris cette thématique assassine depuis 1962 et Vatican II. Eh bien lui, le copain du camarade Chavez – qui, en bon Latin, aimait bien ce refrain – l’a entonné sur BFM TV sans se gêner. Au journaliste qui lui demandait si, en cas de violences urbaines, les policiers devaient rester cois comme le Christ sur la croix, notre homme de foi laïque répondit, sans rapport aucun avec le sujet : « Je ne sais si Jésus est mort sur la Croix mais je sais qui l’y a mis, ce sont ses compatriotes. »

À lire aussi : Affiche “antisémite” de LFI: selon Mélenchon, c’est la faute à l’extrême droite!

L’auteur de ces lignes, à Gournay-en-Bray (Seine-Maritime), se le voyait encore reprocher enfant par les petits catholiques. Et son institutrice, Madame Corube, qui avait fini par confesser à ses parents qu’elle était juive, enfant, était accompagnée devant le calvaire tous les vendredis, dans le village de la France non occupée qu’elle habitait sous Vichy, où on la déshabillait et la fouettait pour la punir de la mort du Christ.

La vie est injuste

Remarquez, je ne veux pas défendre Méchanlon, mais c’est tout de même cohérent : les juifs ont commis un génocide à l’endroit même où il y a deux mille ans ils commettaient la Crucifixion. Tout est rond.

Alors vous pensez, quand on est passé à travers les gouttes pour ces énormités, être voué aux gémonies pour une toute petite affiche, c’est tout de même injustifié. Bien sûr, ça tombait mal dans le cadre d’une manif antiraciste… Mais elle était contre l’extrême droite ! On pouvait compter sur le soutien des socialistes, qui sont obligés de compter les électeurs qui leur restent.

À lire aussi : Quand l’imposture « antiraciste » attise la haine de la France

Et voilà que le lendemain dimanche, un jeune antiraciste qui se croit palestinien s’en prend à un rabbin ! Il ne pouvait pas attendre lundi pour recommencer son turbin ? On ne sait plus à qui se fier.

La vie est injuste. Vive la vie. Lehaïm !

Journal d'un prisonnier

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Coup de maître

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© Carlotta Films

À l’approche du Festival de Cannes les sorties en salles connaissent une glaciation aussi habituelle que déraisonnable. Heureusement, « Alfred » est là.


« Aux origines du maître du suspense ». Le sous-titre de cette sortie en salles n’est pas usurpé. Le distributeur Carlotta a eu la belle idée de restaurer dix films réalisés par le futur Sir Alfred Hitchcock entre 1927 et 1932. Soit cinq films muets (Le Masque de cuir, Laquelle des trois ?, À l’américaine, The Manxman et Chantage) et cinq films parlants (Junon et le Paon, Meurtre, À l’est de Shanghai, The Skin Game et Numéro 17). On aurait tort de croire qu’il s’agit là de vagues esquisses imparfaites des chefs-d’œuvre à venir comme La Mort aux trousses ou Les Oiseaux. Inaugurée en 1925 avec un premier long métrage intitulé Le Jardin du plaisir, cette première période anglaise marque tout simplement l’entrée du cinéaste dans la cour des grands. C’est précisément ce qui fait dire au réalisateur Albert Dupontel que Le Masque de cuir est « le film dans lequel Hitchcock pose déjà toute sa grammaire cinématographique ». Le titre français est trompeur, annonçant une énième variation sur l’énigme du masque de fer, alors que le titre original, The Ring, colle exactement avec ce flamboyant mélo autour d’un triangle amoureux dans le monde de la boxe. Le film suivant s’intitule Laquelle des trois ?, mais là aussi le titre original est plus explicite : The Farmer’s Wife. Du Karine Le Marchand, le talent en plus… Dans son fameux livre d’entretiens avec Hitchcock, Truffaut raconte que ce dernier assura lui-même l’éclairage des scènes sur ce film car son chef opérateur était tombé malade !

La même année 1928, le cinéaste réalise À l’américaine (Champagne en VO !), une comédie « morale » qu’aurait pu signer Lubitsch où il est question de père milliardaire et de fille irresponsable qu’il convient de remettre sur le droit chemin. Quant à The Manxman, sorti en 1929, il a été salué par Éric Rohmer et Claude Chabrol en ces termes définitifs : « Avec ce film, Hitchcock pénètre pour la première fois dans un domaine qui lui est devenu cher : le vertige. » De fait, on découvre comment le futur auteur du sublime Vertigo (Sueurs froides) s’empare du thème du trio amoureux avec une première blonde hitchcockienne qui en annonce bien d’autres… Chantage, tourné la même année, permet de faire le lien entre les deux périodes de ce programme puisqu’il est ici présenté dans ses deux versions : la muette et la parlante. Pour la première fois, le cinéaste explore ce qui deviendra l’un de ses thèmes de prédilection, la violence criminelle.

À lire aussi : Maestro !

Sorti en 1930, Junon et le Paon est l’adaptation d’une pièce de théâtre dans laquelle, durant la guerre civile irlandaise, une famille dans la misère hérite d’une somme considérable. Du simple théâtre filmé cette fois, mais son succès assoit la notoriété montante d’Hitchcock. La même année, le cinéaste réalise Meurtre, un film beaucoup plus personnel dans lequel apparaît notamment un personnage de faux coupable, une figure récurrente de l’univers hitchcockien (Jeune et Innocent, Le Faux Coupable ou encore La Mort aux trousses). Ce que Rohmer et Chabrol résumaient ainsi : « Dans Meurtre, le ton passe avec légèreté d’un registre à l’autre, exactement comme si Hitchcock, se sentant en pleine possession de ses moyens, avait voulu mettre sur la pellicule l’ensemble de ses obsessions. » Suivent deux films mineurs, mais rares et qu’il convient de découvrir : The Skin Game et À l’Est de Shanghai, tous deux réalisés en 1931 et dans des registres différents, un drame pour le premier, une comédie pour le second. L’ultime film de ce programme est l’un des plus connus. Avec Numéro 17, sorti en 1932, Hitchcock signe le premier film dans lequel il utilise la technique dite du « MacGuffin » : on croit suivre un objet principal au cœur de l’intrigue alors que l’intrigue véritable se niche ailleurs… Ici, c’est un collier de diamants qui joue ce rôle de leurre !


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© D.R.

Frontières est accusé de manipuler les « données » pour les mettre au service de son « idéologie », au point de devenir, pour la fondation Jean-Jaurès, anti-démocratique. C’est désormais vérifiable sur Wikipédia !


Depuis quelques jours, la page Wikipédia consacrée au magazine Frontières relaye une information inquiétante.

Mis en ligne le 17 mars, un nouveau paragraphe indique que le bimensuel créé en 2021 « manipule des données et fait des analogies trompeuses pour promouvoir ses thèses ». Comme source, le contributeur à l’origine de ce rajout gravement accusatoire renvoie à un article du Monde, qui lui-même s’appuie sur une récente « étude basée sur l’examen des sept premiers numéros de la publication ».

Problème : sous une apparence solide, cette étude ne présente aucune garantie de sérieux, puisqu’il ne s’agit ni d’une enquête de presse, ni d’un travail universitaire, ni d’une décision de justice, mais d’une simple « analyse » parue sur le site Web de la très orientée Fondation Jean-Jaurès. Dans ce texte, titré « Frontières : le média contre la République » (défense de rire), l’auteur, un certain Raphaël Llorca, prétend carrément prouver que la ligne éditoriale du journal d’Erik Tegnér est « anti-démocratique ». Pour étayer sa fumeuse démonstration, cet « expert communicant » cite trois extraits censés être accablants : d’abord une interview du juriste Pierre-Marie Sève, dans laquelle celui-ci plaide pour une justice « aux mains des citoyens et pas des juges » ; ensuite une interview de Georges Fenech, où l’ex-député LR dit préférer que la France soit « un seul peuple, une seule nation, une seule culture » ; et enfin une tribune de Garen Shnorhokian, militant du parti Reconquête, qui y traite de « charognards » les reporters chargés de suivre l’extrême droite. La bête immonde dans toute son horreur…

On comprend mieux pourquoi Le Point, lui aussi visé cet hiver par un procédé du même tonneau (avec l’adjonction dans sa notice Wikipédia d’une section fallacieuse sur son prétendu « tournant populiste »), a lancé le 20 février une pétition contre les « campagnes de désinformation et de dénigrement » menées sur l’encyclopédie en ligne. Parmi les premiers signataires : Éric Chol (L’Express), Luc Le Vaillant (Libération), Natacha Polony (Marianne). Au secours, la fachosphère est partout !

Droit de réponse de Teddy Riner

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Le champion Teddy Riner. Paris, 4 février 2025 © JP PARIENTE/SIPA

Le sport a toujours été un espace de neutralité, de dépassement de soi et de partage. Il transcende les différences et unit au-delà des croyances, des origines et des opinions. En tant que sportif de haut niveau, j’ai toujours défendu ces valeurs qui font la beauté et la force du sport.

Contrairement à ce qui est indiqué dans cet article, je partage et respecte le principe de laïcité et ne suis en aucun cas le partisan ou porte-parole d’un mouvement religieux ou politique.

Aujourd’hui, un débat s’ouvre sur l’interdiction du port du voile dans le sport. Je comprends que ce sujet suscite des sensibilités et des opinions divergentes. Mais avant tout, je souhaite rappeler que le sport doit rester un espace où chacun peut s’exprimer, s’épanouir et se rassembler dans le respect des règles et de l’éthique sportive.

Quelle que soit l’issue de cette réflexion, j’appelle à l’apaisement, à la bienveillance et au dialogue. Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. Gardons en tête que le sport est un langage universel, un vecteur de cohésion et un pont entre les individus.

À ce titre, je tiens à préciser que mon message n’a aucune visée politique et ne doit faire l’objet d’aucune récupération. Mon engagement est et restera exclusivement tourné vers le sport et ses valeurs de respect, d’inclusion et de fraternité. J’invite donc chacun à entendre mes propos dans cet esprit et à ne pas les instrumentaliser à des fins partisanes.

Une femme d’honneur

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Fanny Ardant © SYSPEO/SIPA

L’éditorial d’avril d’Elisabeth Lévy


La plupart des gens pensent spontanément que lâcher un ami à terre n’est pas très glorieux. On se rêve plus volontiers en d’Artagnan qu’en Iago et même, dans le registre un peu plus sainte-nitouche, en Madame de Tourvel qu’en Merteuil. Et ce n’est pas un hasard si le premier mot du Chant des Partisans est « ami ». Or, par une maléfique inversion, la bonne société criminalise aujourd’hui la fidélité. Si un de vos amis est condamné pour masculinité toxique ou tout autre crime passible de la peine de mort sociale, à l’issue de l’un de ces procès en sorcellerie où l’accusation vaut condamnation, ces bons esprits n’auront qu’un mot d’ordre : aux abris ! Si vous tenez à votre carrière, à votre image, à vos invitations sur France Inter, désolidarisez-vous de l’individu que nous avons décidé de bannir. Pour écarter la foudre, le reniement doit être à la hauteur des attachements passés. Comment ai-je pu, toutes ces années, ne pas voir qu’un monstre se cachait derrière l’homme que je croyais connaître. Moi qui ai toujours lutté pour les femmes, je ne saurais en aucun cas cautionner de tels agissements, peu importe qu’ils soient ou non prouvés. MeToo ne renverse pas la charge de la preuve. Plus besoin de preuve.

Cette réhabilitation de la trahison, relookée en devoir citoyen, n’avait cours jusque-là que dans les régimes totalitaires où la culpabilité est contagieuse. La terreur nazie, stalinienne ou maoïste exigeait de l’enfant qu’il dénonce ses parents, de l’élève qu’il accuse le professeur, de l’ami qu’il sacrifie l’ami. Et souvent, comme Winston qui, à la fin de 1984, cède en hurlant « Faites-le à Julia ! Pas à moi ! », le malheureux s’exécutait pour sauver sa peau. On ne se permettra pas de juger des gens qui encouraient la mort ou le goulag. Mais on a le droit de trouver méprisable tous les prêchi-prêcheurs et prêcheuses qui, pour sauver leur carrière et leur valeur mondaine, acceptent de cracher publiquement sur ceux devant lesquels ils se prosternaient la veille. C’est ainsi désormais qu’on s’achète une vertu.

On se rappelle le scandale déclenché par la tribune intitulée « N’effacez pas Gérard Depardieu », parue en décembre 2023 dans Le Figaro à l’initiative de notre ami Yannis Ezziadi, traîné dans la boue et extrême droitisé pour avoir osé écrire que « lorsqu’on s’en prend ainsi à Gérard Depardieu, c’est l’art que l’on attaque ». Cette phrase, évidemment discutable, a enragé tous ceux qui prétendent juger l’art à l’aune de la moralité réelle ou supposée de l’artiste. Pour eux, que l’on conserve son amitié à un homme soupçonné de comportements disons excessifs est tout simplement intolérable.

Le 25 mars, les néo-tricoteuses, venues assister à l’exécution du monstre, font le pied de grue devant le palais de justice de Paris, où doit se tenir le procès du comédien pour agressions sexuelles. Elles attendent avec gourmandise l’occasion de pouvoir enfin le huer et montrer face caméra qu’elles sont dans le bon camp. Dans la salle d’audience, où le gotha du journalisme MeToo a pris place du côté des parties civiles, la claque des plaignantes s’efforce de repérer les soutiens du comédien, que la presse recense avec minutie. On pense aux croquantes et aux croquants, tous ces gens bien intentionnés qui, dans l’Auvergnat de Brassens, se délectent de voir le paria emmené entre deux gendarmes. Et on a plutôt envie d’être celui qui lui sourit dans son malheur. Pas de compassion pour le prédateur ! J’espère que, si un ami était condamné, même pour un crime qu’il a commis, il resterait mon ami. Mais je dois avoir une moralité défaillante.

On ne peut qu’admirer la fidélité, le courage et la classe de Fanny Ardant qui, malgré la peur qu’elle a dit éprouver, est venue le 26 mars dire à la barre son amour et son admiration pour son ami. Rien de surprenant quand on se rappelle qu’il y a quelques mois, elle défendait en « une » de Causeur Roman Polanski, un autre de ses amis honnis par la meute féministe. Autant dire que l’ardente Fanny se moque du qu’en-dira-t-on.

Devant la Cour, la comédienne ne se contente pas d’affirmer qu’elle n’a jamais vu le prévenu commettre un geste choquant (ce qui ne prouve pas qu’il n’en a jamais commis, Depardieu n’est pas non plus un ange tombé du ciel). Elle ose parler de son art : « Je suis une amie de Gérard, je le connais depuis toujours donc je peux parler pour lui. Je vais agrandir le débat en disant pourquoi Gérard est un si grand acteur. Il a le génie de donner à tous les personnages qu’il a interprétés une richesse, une contradiction, une diversité, avec le bien, le mal, la lumière, l’ombre. Toute forme de génie porte en soi quelque chose d’extravagant, d’insoumis, de dangereux. » Du côté des parties civiles, on grommelle, on s’agite, quelques protestations fusent. Visiblement, Mademoiselle Ardant a frappé dans le mille. En parlant de beauté, de grandeur, d’un homme qui peut être à la fois sombre et lumineux, elle a écrasé les médiocres de sa grandeur et de sa liberté. La preuve, c’est que dans le compte-rendu d’audience publié par Mediapart le 26 mars, il n’y a pas un mot sur son témoignage. On dirait que, pour une fois, Marine Turchi n’a pas su quoi dire.

Inde: qui était Aurangzeb, cette figure moghole source de tensions entre musulmans et hindous?

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La police indienne face aux violences urbaines entre hindous et musulmans, Nagpur, 17 mars 2025 © /AP/SIPA

Nagpur a été secouée par de violents affrontements entre hindous et musulmans, déclenchés par une rumeur de profanation du Coran et des tensions autour du tombeau d’Aurangzeb. Cet épisode illustre une fois de plus l’instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques en Inde.


Le 17 mars 2025, la ville de Nagpur, dans l’État du Maharashtra, a été le théâtre de violents affrontements entre hindous et musulmans. À l’origine de ces émeutes, une rumeur faisant état de la profanation d’un exemplaire du Coran, mais aussi un climat de crispation autour du tombeau de l’empereur moghol Aurangzeb, personnage controversé de l’histoire indienne, comme le rapporte ABP TV1.

Les tensions couvaient depuis plusieurs semaines, alimentées par des organisations extrémistes hindoues comme le Vishwa Hindu Parishad (VHP) et le Bajrang Dal, proches du parti nationaliste au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP). Ces groupes avaient organisé des manifestations, menacé de détruire le tombeau du monarque et brûlé son effigie. « Nous avons déjà planifié et décidé [comment et quand la démolition sera effectuée], et elle aura certainement lieu », aurait même déclaré, en marge de ces manifestations, un ministre du BJP, membre du gouvernement local du Maharashtra, cité par le quotidien The Diplomat, attisant encore davantage les tensions2. Face à cette escalade, la communauté musulmane est descendue dans la rue, prête à en découdre avec ses opposants, forçant les autorités à imposer un couvre-feu.

L’ombre d’Aurangzeb sur le nationalisme hindou

Aurangzeb, qui a dirigé l’empire moghol de 1658 à 1707, est une figure controversée. Considéré comme un tyran par certains et un souverain efficace par d’autres, il a permis à son empire, qui s’étendait sur 4 millions de kilomètres carrés, d’atteindre son apogée et de devenir « la première économie du monde »3. Son règne a toutefois été marqué par de nombreuses rébellions en raison de son rigorisme religieux anti-hindou. Il n’a pas hésité à faire détruire des temples, à discriminer les soufis, une branche de l’islam qu’il considérait comme hérétique, et à instaurer des impôts discriminatoires.

Le souverain a souvent été utilisé comme un symbole par les nationalistes hindous pour justifier leur discours contre la communauté musulmane. Depuis l’accession au pouvoir du BJP en 2014, les partisans du Premier ministre Narendra Modi ont fait d’Aurangzeb une figure centrale de leur rhétorique, l’associant aux « envahisseurs » musulmans et à l’oppression orchestrée contre les hindous. En 2022, le nom d’Aurangzeb est devenu un sujet brûlant sur les réseaux sociaux lorsqu’un litige concernant une mosquée – construite sur les ruines du temple de Vishwanath, un imposant sanctuaire hindou du XVIIe siècle détruit sur ordre de l’empereur – a éclaté.

À lire aussi : Ouzbékistan et France resserrent leurs liens

Un tribunal a ordonné une enquête pour déterminer si la mosquée avait bien été érigée sur un ancien temple hindou. En vain. Narendra Modi, récemment reçu en grande pompe par le président Emmanuel Macron à Paris il y a un mois, a également alimenté cette rhétorique en évoquant les atrocités perpétrées par Aurangzeb. « Il a tenté de changer la civilisation par l’épée et d’écraser la culture par le fanatisme », a-t-il déclaré par le passé à India Today (2021)4, reprenant ainsi à son profit les thèses nationalistes hindoues.

Une instrumentalisation politique de l’histoire à des fins nationalistes

La sortie récente du film Chaava (Lionceau), qui retrace la rivalité entre Aurangzeb et l’empereur marathe Sambhaji Bhonsle – torturé et exécuté en 1689 par son rival –, a une fois de plus ravivé ces tensions. Accusé de déformer l’histoire pour nourrir un discours identitaire, le film illustre parfaitement la volonté de certains courants nationalistes hindous de faire porter à la communauté musulmane actuelle la responsabilité des actes d’un souverain du XVIIe siècle.

Pourtant, l’histoire est loin d’être aussi manichéenne : des rois hindous ont collaboré avec les Moghols, tandis que certains souverains musulmans ont protégé des temples hindous. Les affrontements (et massacres) entre Hindous et musulmans sont en nette recrudescence, avec pour toile de fond la guerre que se livrent l’Inde et le Pakistan sur le Cachemire, les rivalités ethnico-religieuses exacerbées sous la colonisation britannique. La figure d’Aurangzeb, loin d’être une simple référence historique, est aujourd’hui un levier idéologique puissant dans ce contexte où les nationalistes hindous cherchent à réécrire le passé pour mieux façonner le présent… Elle est devenue le symptôme d’une polarisation croissante, l’histoire de l’Inde est instrumentalisée à des fins politiques.


  1. https://news.abplive.com/cities/nagpur-violence-replica-of-aurangzeb-grave-burnt-rumours-spread-about-quran-burning-cm-devendra-fadnavis-1759648 ↩︎
  2. https://thediplomat.com/2025/03/erasing-aurangzeb-to-marginalize-muslims-indias-grave-concern/ ↩︎
  3. https://www.indiatoday.in/india/story/pm-modi-aurangzeb-invader-shivaji-protect-kashi-vishwanath-corridor-inaugurated-1887237-2021-12-13 ↩︎

« Ihsane » ou le premier meurtre

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Ihsane © Thomas Amouroux

Ce qui se voulait peut-être un manifeste humaniste ne dépasse guère le niveau d’un pittoresque divertissement oriental.


Pour ceux qui prédisent le Grand Remplacement, dénoncent la main mise des Frères musulmans sur les mosquées ou redoutent l’islamisation rampante  de la société, Ihsane, spectacle présenté au Théâtre du Châtelet par le Ballet du Grand-Théâtre de Genève,  pourrait représenter quelque chose de parfaitement éloquent, sinon d’extraordinairement représentatif de l’évolution de la société.   

Qu’une compagnie de danse attachée au principal théâtre de la Cité de Calvin débarque à Paris avec un spectacle où tout s’affiche en langue arabe, où l’un des protagonistes incite le public à répéter des mots arabes, où les décors et les costumes, plutôt réussis par ailleurs, sont d’inspiration arabe, voilà qui est effectivement assez décoiffant. D’aucuns y verront un signe des temps, quitte à passer pour xénophobes, terriblement réactionnaires, sinon carrément fascisants.  

Premier meurtre homophobe avéré

Le propos d’Ihsane, tel qu’il est développé dans le programme, et même si sur scène il n’est pas vraiment lisible, ce propos est des plus respectables.  L’auteur de l’ouvrage, Sidi Larbi Cherkaoui, rappelle et dénonce un acte effroyable : ce qu’il faut bien nommer la mise à mort, à Liège, en 2012, d’un jeune homme de trente-deux ans, Ihsane Jarfi, massacré par un groupe de quatre individus, dont un musulman, avec lesquels, à la sortie d’un bar gay, il avait eu la folie d’embarquer en voiture. Après l’avoir agoni d’injures haineuses, roué de coups avec une violence inouïe et enfin étranglé, ces hommes ont abandonné en rase campagne son corps pantelant et totalement défiguré. Une mise à mort d’une effroyable barbarie, « premier meurtre homophobe avéré en Belgique »,  dont on comprend qu’elle ait révulsé Cherkaoui qui se définit lui même comme « artiste, queer et arabe ».  

Las ! Autant le crime qu’il dénonce est atroce, autant son hommage rendu à la victime apparait gentillet et décoratif.

Un sujet si grave

Décors simples, mais  spectaculaires d’Amine Amharech ; costumes joliment dessinés aux teintes de l’aurore d’Amine Bendriouich ; belles compositions musicales de Jasser Haj Youssef, exécutées en fond de scène par tout un groupe de musiciens et de chanteurs ;  éclairages éloquents de Fabiana Piccioli ; vidéos de Maxime Guislain : rien dans Ihsane n’est indifférent.

A lire aussi: Le violon virtuose de Liya Petrova

Et pourtant, l’ouvrage n’est rien d’autre chose qu’anecdotique, interminable, sans grand caractère. Comme tant de choses chez Cherkaoui, le propos  apparaît superficiel et peu cohérent. Et d’un sujet si grave, il ne reste rien qu’une fantaisie orientale ensanglantée où les dépouilles tragiques d’un mouton font écho au corps du sacrifié et rappellent peut-être les folies meurtrières de l’islam. 

La chorégraphie, puisque chorégraphie il y a, fait songer à un spectacle folklorique tels qu’on en voit lors des festivals d’été à Marrakech. Cela n’arrange rien. Et surtout ne consolide pas un propos parfaitement confus. Seule, au début du spectacle, une très belle séquence montre les nombreux danseurs édifiant avec leurs bras des images superbement architecturées, quand plus tard seules quelques cabrioles évoquent la violence du crime.

Un environnement flatteur

Bref, le travail de Sidi Larbi Cherkaoui est semblable à ce qu’il a toujours été. Gentil, facile, mis en scène dans un environnement plutôt flatteur, mais dépourvu d’intérêt réel, ou, pour mieux dire, parfaitement creux et partant aimablement ennuyeux. 

Mais comment, dira-t-on, ce garçon né à Anvers, mi-Marocain, mi-Flamand, a-t-il échoué à Genève où le public du Grand-Théâtre a eu la primeur de Ihsane qui y a été créé en novembre 2024 ? C’est que le directeur de cette grande salle lyrique, le Suisse Aviel Cahn, qui avait été précédemment à la tête de l’Opéra de Flandres, à Anvers, a fait nommer directeur du Ballet de Genève dès 2022 celui qu’il avait connu à Anvers. Ce désormais vénérable ballet, qui avait été fondé en 1962 avec Janine Charrat au moment de la renaissance du Grand Théâtre de Genève ravagé par un incendie une décennie plus tôt, a vu se succéder un aussi grand nombre de directeurs qu’il a connu de générations de danseurs. On ne sait ce que pense le public genevois du profil actuel de la compagnie dont le niveau technique reste excellent, même s’il est peut-être hasardeux d’en juger avec ce spectacle-ci. Mais on peut se demander, non sans ironie, si la vieille société protestante genevoise apprécie follement de voir l’austère ville de Calvin, qui  jadis avait été aussi le fief d’un prince-évêque du Saint-Empire,  aujourd’hui représentée à Paris par un spectacle de culture arabe. 


« Ihsane », par le Ballet du Grand-Théâtre de Genève, jusqu’au 6 avril 2025.

Autre programme de la même compagnie avec des chorégraphies de Sharon Eyal, Aszure Barton, Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui, du 10 au 13 avril.

Théâtre du Châtelet 

«Nous sommes élus par la volonté du peuple et n’en sortirons certainement pas par la partialité des juges»

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Le député Guillaume Bigot. DR.

Élu du Territoire de Belfort, Guillaume Bigot réagit en exclusivité pour Causeur à la condamnation en première instance de Marine Le Pen à deux ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate dans l’affaire des assistants parlementaires du FN.


« Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie. Ils tueront la République. » Cette mise en garde prononcée par François Mitterrand en 1995 est plus que jamais d’actualité. Après François Fillon et Nicolas Sarkozy, voilà Marine Le Pen victime de la dikastocratie[1] grandissante dans notre société, de ce pouvoir suprême appartenant aux juges et dont les décisions influencent directement nos choix démocratiques.

Car oui, il y aura un avant et un après 31 mars 2025 dans l’histoire politique française.

Dès lors, les juges ont le pouvoir de décider de qui a le droit d’être éligible et de qui doit en être privé, et ce en fonction de l’étiquette politique. Ainsi François Bayrou a été relaxé pour les faits de même nature au nom du « bénéfice du doute », lorsque Marine Le Pen a quant à elle été condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire au seul motif de s’être défendue, les juges considérant que cela représentait un risque de récidive… On marche sur la tête.

Aujourd’hui la volonté du peuple est piétinée, muselée, empêchée, car un juge estime que l’éventuelle élection d’un candidat pourrait constituer une « trouble à l’ordre public ».

Notre démocratie souffrait déjà, elle est dès lors blessée.

Le risque de récidive motivant cette décision des juges n’est, qui plus est, pas fondé, donc pas sérieux, puisque Marine Le Pen n’est plus présidente de son parti, ni députée européenne. La décision revêt donc une apparence arbitraire et injuste, ce que les Français, en majorité, ne supportent pas car attachés au fondement même de la justice et de l’Etat de droit.

Depuis ce 31 mars, l’image de la justice française est plus qu’écornée. L’impartialité de la justice est un droit fondamental, tout comme la liberté démocratique. Par cette décision, ces deux droits sont aujourd’hui bafoués. La conclusion de ce procès en première instance véhicule une image désastreuse et renforce le sentiment qu’une petite caste bien-pensante, se sachant dans le camp du bien et de la vérité, impose sa vision de la démocratie au peuple en le privant d’une candidate qui recueille 37 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle selon les derniers sondages.

On nous dit qu’il serait interdit de discuter politiquement une décision de justice mais notre histoire parlementaire est pleine de débats autour de décisions iniques telles que la scandaleuse condamnation du capitaine Dreyfus.

La libre expression démocratique, l’élection à la présidence de la République au suffrage universel direct voulue par le général de Gaulle est en réalité un arbitrage national. Chaque candidat est soumis au jugement populaire, chaque électeur vote (et donc juge) de la qualité du candidat à accéder au pouvoir suprême de la présidence, en son âme et conscience. La justice n’a donc pas à interférer dans cette sélection populaire. Sans cette libre expression démocratique, les droits fondamentaux sont menacés. Comme le disait le général de Gaulle : « En France, la seule Cour suprême qui existe, c’est le peuple. »

Tout républicain sincère ne peut que s’opposer à cette conception de l’inégibilité lorsqu’il n’y a pas d’enrichissement personnel de l’élu, lorsque la frontière entre le fonctionnement légal et illégal du mandat d’un élu est aussi floue. Le concept même d’inégibilité est à revoir car il pourrait permettre de censurer des opposants politiques dans un Etat malveillant. Avec ce concept, en Afrique du Sud, Nelson Mandela aurait-il pu être élu ? Nous sommes élus par la volonté du peuple et n’en sortirons certainement pas par la partialité des juges.


[1] Gouvernement des juges

Poutine, Trump, Tebboune, islamistes… Qui est notre ennemi?

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Pékin, 14 mars 2025 : réunion trilatérale entre les ministres des Affaires étrangères de la Chine, de la Russie et de l’Iran pour discuter du programme nucléaire iranien et appeler à la levée des sanctions unilatérales imposées par les États-Unis et l’Occident © Causeur / AP/SIPA

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Qui est notre ennemi ? Aujourd’hui, les Européens ont du mal à répondre à cette question vitale. Pour avoir cru la fin de l’Histoire advenue avec la chute de l’URSS, ils se sont désarmés et donné pour mission sacrée d’abolir leurs singularités. Tirés brutalement de l’anesthésie générale par les bouleversements du monde, ils cherchent péniblement une réponse. Comme le disent Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, en présentant notre dossier : « Pour les Européens et singulièrement pour les Français, le réveil est d’autant plus rude qu’il est tardif ». Causeur a demandé à deux penseurs de premier plan de réagir à cette interrogation. Pour Marcel Gauchet, nous vivons la fin de la domination occidentale du monde. Derrière la Chine, le philosophe voit se former une « fédération mondiale des autocraties ». Les Américains l’ont compris, pas les Européens qui croient béatement que la planète entière continue de les envier. Selon sa formule mémorable : « L’Europe est l’idiot du village global ». De son côté, Pierre Manent identifie trois pressions extérieures qui s’exercent sur la France : à l’Est, Vladimir Poutine, à l’Ouest, Donald Trump, au Sud, l’islamisme. Face à ces menaces, il plaide pour que Paris s’écarte de la tentation fédéraliste et renoue avec l’idée gaullienne d’une Europe des nations. Et si l’équipe autour de Donald Trump nous choque par la brutalité de ses paroles, il faut y voir un signe de l’affaiblissement relatif des États-Unis : « Est-ce l’empire qui abuse de sa force, ou l’empire que sa faiblesse menaçante affole ? »

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S’il lui faut un sursaut en matière de défense, la France en est-elle capable sur le plan financier ? Pour Stéphane Germain, il y a des raisons de se montrer sceptique, car depuis longtemps nous sacrifions la défense à la protection sociale. Des coupes budgétaires sont réalisables, mais quand les revenus de la majorité des Français dépendent entièrement de l’État, qui oserait demander un effort « citoyen » ? La France, une grande puissance ? « Aujourd’hui, c’est son impuissance spectaculaire qui caractérise notre pays ». Quant à l’Europe, comment peut-elle retrouver une industrie de défense digne de ce nom ? Jules Basset apporte les premiers éléments d’une réponse, en prenant exemple sur la Russie, la Chine et les États-Unis.

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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy fustige la « réhabilitation de la trahison » à l’ère MeToo. Dès qu’un ami est dénoncé pour masculinité toxique ou tout autre crime passible de la peine de mort sociale, à l’issue de l’un de ces procès en sorcellerie où l’accusation vaut condamnation, trop de bons esprits acceptent de cracher publiquement sur celui devant lequel ils se prosternaient la veille. Il y a quelques exceptions. Le 26 mars, Fanny Ardant, malgré la peur qu’elle a dit éprouver, est venue dire à la barre son amour et son admiration pour son ami, Gérard Depardieu, accusé d’agression sexuelle. Ce faisant, « elle a écrasé les médiocres de sa grandeur et de sa liberté ». Le Premier ministre, François Bayrou, a annoncé que des « conventions citoyennes décentralisées » seraient organisées à travers tout le pays pour débattre de la question : « Qu’est-ce qu’être français ? » Sans attendre un premier tour de table officiel, Céline Pina a posé cette question dans un village au cœur de la Bourgogne. Aujourd’hui en France, la baisse du niveau des élèves s’explique aussi par celle de leurs enseignants. Selon l’enseignante et chroniqueuse Lisa Kamen-Hirsig, c’est la faute de l’Éducation nationale qui n’exige plus des futurs professeurs la maîtrise des savoirs enseignés. Elle veut surtout des avocats pour les lubies du moment (écologie, égalité, vivre-ensemble) et de gentils accompagnateurs. Pour Jean-David Jumeau-Lafond, le projet de réaménagement de la place du Trocadéro est une nouvelle démonstration de la méthode Hidalgo : imposer par la force une écologie punitive et une idéologie « festive », au détriment de la beauté de Paris et de la vie quotidienne de ses habitants. La préfecture a retoqué ce nouveau délire, mais pour combien de temps ? Loup Viallet a fait un reportage à Vintimille. Située à la frontière franco-italienne, cette ville vit depuis les années 2010 au rythme des flux migratoires. Malgré les efforts de la nouvelle municipalité, les violences et dégradations inhérentes à la présence continue d’immigrés clandestins bouleversent la vie locale. À l’approche de l’été, ses habitants redoutent de nouvelles vagues d’arrivants.

L’invitation de Jordan Bardella et Marion Maréchal à un colloque contre l’antisémitisme organisé à Jérusalem a scandalisé la gauche. Noémie Halioua explique comment cette visite s’inscrit dans un processus de rapprochement assumé entre le gouvernement israélien et certains partis nationalistes européens. Pour Gil Mihaely, la nouvelle offensive d’Israël à Gaza vise notamment à empêcher le Hamas de reconstituer ses forces militaires et de conserver son pouvoir politique. Mais de nombreuses voix soupçonnent Benyamin Netanyahou de motivations politiciennes, alors que le pays pourrait plonger dans une crise constitutionnelle inédite.

Chez nos chroniqueurs, Emmanuelle Ménard passe en revue l’Algérie et ses OQTF, le retour des retraites dans le débat public ainsi que celui des gens du voyage à Béziers, sans oublier… la sortie de La Belle et la Bête. Ivan Rioufol dénonce la tentative de nos politiques de s’imposer par la menace de partir en guerre et le recours à la peur du « fascisme ». Olivier Dartigolles traque les incohérences, les « Oui, mais… », des extrémistes des deux côtés de l’échiquier politique, mais surtout celles des antiracistes auto-proclamés de la gauche radicale. Jean-Jacques Netter, le vice-président de l’Institut des libertés, décode l’actualité́ économique de la Banque centrale européenne, qui accuse une perte de 8 milliards d’euros pour 2024, à l’échec de la French tech sous la forme de son robot Nao. Enfin, Gilles-William Goldnadel, le président d’Avocats sans frontières, explique pourquoi l’affiche représentant Cyril Hanouna sous les traits du Juif Süss diffusée par LFI est presque une peccadille à côté des autres horreurs antisémites perpétrées par les Insoumis.

Côté culture, Yannis Ezziadi ouvre le bal en se demandant ce qu’enseigne aujourd’hui le Conservatoire national d’art dramatique. Réponse : pas grand-chose, semble-t-il. Les élèves en ressortent vierges de toute culture théâtrale et de toute technique de jeu. Pour mesurer la catastrophe, il faut se rappeler les grands artistes qu’il a su former dans le passé et observer les diplômés d’aujourd’hui. Elisabeth Lévy salue le nouveau livre de Philippe Bilger, MeTooMuch ? (aux éditions Héliopoles), dans lequel l’ancien avocat général dénonce les dérives du mouvement néoféministe qui instrumentalise la justice.

Vouloir croire, comme il le fait, que MeToo va s’assagir et renoncer aux débordements de sa naissance révolutionnaire est peut-être trop optimiste. Françoise Bonardel s’interroge sur les conséquences possibles de l’usage quotidien de l’IA. Ce qui est sûr, c’est qu’en recensant toutes les connaissances, elle propose un savoir prémâché et standardisé qui n’encourage pas à la « gymnastique intellectuelle ». La libre pensée et l’érudition vagabonde seront-elles la chasse gardée des gens « bêtes » ? Georgia Ray nous raconte une des plus belles expositions de ce printemps qui est consacrée aux photographies d’Émile Zola. L’écrivain se découvre cette passion tardive en même temps que le bonheur familial, et ses clichés témoignent de la vie d’un bourgeois heureux et amoureux, loin des bas-fonds sordides dépeints au fil de ses romans.

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Jonathan Siksou a lu Mauvais genre au musée, dans lequel Didier Rykner dévoile comment les plus grands musées du monde sont gangrenés par le wokisme. De la réécriture de l’histoire de l’art à l’effacement pur et simple, tous les coups sont permis. Clairvoyant, Jean Sévillia dénonçait il y a 25 ans Le Terrorisme intellectuel, nous rappelle Frédéric Rouvillois. Avec Les Habits neufs du terrorisme intellectuel, il alerte aujourd’hui sur son développement : une idéologie qui remet en cause la nation, la culture et l’idée même de l’espèce humaine, et recourt à la censure pour s’imposer. Mais qu’on ne désespère pas, la résistance se lève ! Et si on a besoin de fuir l’horreur ou l’ennui du quotidien, Julien San Frax nous invite à parcourir les nombreux palais de France, dont l’histoire, aussi bien politique qu’artistique, est retracée par Thierry Sarmant dans un beau livre illustrée. Tandis qu’Emmanuel Tresmontant nous invite à la Maison Élysée qui, ouverte au public telle une annexe du palais présidentiel, est un lieu hybride qui décline à travers un musée, une boutique et un salon de thé, l’art de vivre à la française. Si cela ne suffit pas, réfugions-nous dans les salles obscures où nous attendent – Jean Chauvet l’affirme – des pépites : un documentaire étonnant sur une famille girondine qui crée des spectacles pyrotechniques et une dizaine des premiers longs-métrages d’Alfred Hitchcock. Le maître du suspense aurait dit : « Le théâtre, c’est la vie, ses moments d’ennui en moins ». A cet égard, Causeur est comme le théâtre !

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Voynet au comité nucléaire: poisson d’avril?

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La députée du Doubs Dominique Voynet, 5 mars 2025 © Jacques Witt/SIPA

La nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire suscite finalement bien peu de controverses. Pourtant, son engagement anti-nucléaire passé, sa responsabilité dans la fermeture du réacteur Superphénix en 1998 ou son rôle dans l’exclusion du nucléaire des énergies durables dans le mix énergétique de Bruxelles méritent d’être rappelés.


En matière d’énergie électrique, la France avait tous les atouts en main grâce à un parc nucléaire assurant une énergie abondante, propre et peu chère. En 1976, la dernière génération de réacteur à neutrons rapides (RNR – Superphénix), cent fois plus efficace et économe en uranium que les réacteurs dits classiques, est promise à un grand avenir puisqu’elle permettrait à terme l’utilisation de la quasi-totalité de l’uranium nécessaire à la production d’énergie, et donc la réduction à presque rien des déchets nucléaires, et la recherche sur la transmutation des anciens déchets pour leur réutilisation comme combustible sous forme d’uranium appauvri – selon les experts d’EDF, les stocks entreposés en France assureraient ainsi au moins deux millénaires de combustible pour l’ensemble des réacteurs. Malheureusement, la basse politique va rebattre les cartes. En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale est décidée par le président de la République Jacques Chirac. La gauche coalisée, qui comprend les Verts, remporte les législatives qui suivent. Lionel Jospin entre à Matignon et nomme Dominique Voynet ministre de l’Environnement. Celle-ci déclare immédiatement, à propos de Superphénix : « Cette machine n’est vraiment adaptée ni à la production d’électricité en quantité ni à l’élimination des déchets nucléaires. Elle ne justifie donc pas les sommes considérables qu’on y a englouties. » La messe est dite : le 9 février 1998, le gouvernement Jospin signe l’arrêt de mort de Superphénix. Pour être certaine que ce projet ne sera jamais redémarré, la ministre verte, acharnée, fait percer des trous dans la cuve du réacteur. La France, qui dominait la recherche dans ce domaine, prend alors un retard qu’elle ne comblera plus ; elle est désormais devancée par la Chine et la Russie. L’Inde progresse rapidement, profitant d’ailleurs de la compétence d’ingénieurs et de fournisseurs français, lesquels sont toutefois de moins en moins demandés dans les pays ayant décidé de lancer ou relancer le nucléaire civil.

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Vices de fabrication

Une vidéo (voir ci-dessous), dans laquelle Mme Voynet explique comment elle a trahi le gouvernement français lors de négociations à Bruxelles en 2000, circule en ce moment sur les réseaux. Toute guillerette, l’ex-ministre y donne moult détails sur la manière dont elle a roulé Matignon dans la farine. Alors qu’elle avait pour mission de faire reconnaître le nucléaire comme une source d’énergie propre, elle est parvenue, jubile-t-elle, à faire très exactement l’inverse grâce à une entourloupe avec son homologue britannique. Tous les deux, précise-t-elle, étaient « hilares ». « Je suis rentrée à Paris très contente de voir que le nucléaire ne pouvait pas faire partie des technologies retenues au titre des mécanismes du développement propre. […] En même temps je n’ai pas pu m’en vanter en rentrant. Il fallait que j’aie l’air désolée de ce qui s’était passé… » Mme Voynet incarne à elle seule tous les vices de l’écologisme, en particulier le mensonge et la duplicité.

Son obstination anti-nucléaire, augmentée d’un don évident pour la fourberie, n’a pas empêché la nomination de Mme Voynet au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire. La mission de cet énième comité Théodule est principalement d’informer le public sur des sujets en rapport avec la sécurité nucléaire. Au moment où il est soi-disant prévu de relancer le nucléaire français, la nomination de Mme Voynet paraît de prime abord curieuse. Mais est-elle si étrange que ça ? Emmanuel Macron a promis la construction de nouvelles centrales mais, dans le cadre d’une obligation de « mix énergétique » concoctée par l’UE sous la férule de l’Allemagne, l’on entend surtout parler de l’implantation rapide de milliers de nouvelles éoliennes sur terre et en mer. Emmanuel Macron, européiste dans l’âme, capable de dire tout et son contraire pour arriver à ses fins, ne reste-t-il pas en réalité totalement inféodé à la politique énergétique germano-européenne ? Il n’est pas sans savoir qu’Ursula von der Leyen a nommé dernièrement à la Commission européenne des personnalités foncièrement anti-nucléaires : l’ex-ministre danois du Climat et de l’Énergie Dan Jorgensen, promoteur de « fermes éoliennes » en mer du Nord et en mer Baltique conçues en collaboration avec l’Allemagne, est maintenant à la tête de la politique énergétique européenne ; Teresa Ribera, ministre socialiste espagnole et farouche anti-nucléaire, est chargée, en tant que vice-présidente de la Commission, de diriger la politique de transition énergétique ; l’écologiste belge Philippe Lamberts qui, pendant 15 ans, s’est opposé au nucléaire au Parlement européen, a été nommé conseiller spécial de Mme von der Leyen. Emmanuel Macron ne remet aucunement en cause un « Pacte vert » européen qui reste malheureusement d’actualité, la Commission européenne allant même jusqu’à payer (15 millions d’euros en 2024) des ONG écologistes1 – comme l’ONG anti-nucléaire également « engagée contre l’extrême droite et les discriminations de genre et de race » Friends of the Earth Europe et l’ONG anti-nucléaire Climate Action Network, toutes les deux financées à la fois par des fonds européens et des fonds privés, dont ceux de l’Open Society Foundations de George Soros – pour promouvoir ce fameux pacte et faire pression sur les eurodéputés. Notons que ce scandale, car c’en est un, n’a pas beaucoup ému le milieu médiatico-politique centro-gauchiste qui a fait preuve d’une grande discrétion à propos de cette affaire. Pour atteindre une fantasmagorique « neutralité climatique » d’ici à 2050, les États membres de l’UE ont pour obligation d’avoir un mix énergétique comprenant au moins 42,4 % d’énergies renouvelables d’ici à 2030 ! La part de ces énergies représente actuellement 14 % du mix français… pour atteindre l’objectif européen, il faudra faire des choix budgétaires. Pas sûr que le nucléaire en sorte gagnant. Et la question demeure : l’annonce du plan de relance du nucléaire par le président Macron relève-t-elle d’une véritable ambition d’indépendance énergétique ou n’est-elle qu’un nouvel écran de fumée camouflant d’autres objectifs ? 

Objectif Lune

L’essayiste Fabien Bouglé est un infatigable défenseur du nucléaire français, seul moyen d’assurer la souveraineté et l’indépendance de la France dans ce domaine primordial qu’est l’énergie. Auteur de plusieurs livres sur la question[1], il dénonce cet objectif délirant – 42,4 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique français – qui suppose, pour la France, un investissement de plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici à 2040 dans l’éolien et le solaire, ce qui conduira immanquablement à une forte augmentation de la facture électrique des Français et à un investissement moindre dans le nucléaire. Sur le média en ligne Tocsin, Fabien Bouglé a affirmé que Christophe Leininger, le conseiller énergie d’Emmanuel Macron, serait un ancien membre de Réseau Action Climat, une officine financée en partie par des fondations anti-nucléaires allemandes, et que l’Office franco-allemand de la transition écologique (OFATE), véritable lobby éolien et gazier allemand, a ses bureaux à la direction générale de l’Énergie et du Climat, au sein du ministère de l’Écologie français, ministère qui accueille également des représentants de Greenpeace et de WWF. Pour l’auteur de Guerre de l’énergie, la nomination de Dominique Voynet n’est que le révélateur de l’existence d’une « cinquième colonne anti-nucléaire » dans les instances gouvernementales et de « l’ingérence allemande dans la politique énergétique française ».

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Rappelons que c’est en 2019, sous la première présidence Macron, que le programme Astrid a été abandonné. Ce programme prévoyait de relancer la recherche sur le retraitement des déchets nucléaires permettant leur utilisation dans des réacteurs de 4ème génération. L’UE et l’Allemagne ne voyant pas d’un bon œil ce projet innovant, Emmanuel Macron, qui s’avèrera être un grand bazardeur des fleurons technologiques français, ne se fit pas prier pour l’arrêter. En 2020, à la suite d’anciennes manigances électoralistes entre socialistes et écologistes (François Hollande, Martine Aubry, Cécile Duflot & Co) et sous la pression du ministère de l’environnement allemand, le gouvernement d’Édouard Philippe entérine, sur ordre d’Emmanuel Macron, la fermeture de la centrale de Fessenheim. On se souvient de la déclaration de l’ex-socialiste Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique à l’époque : « Avec cette décision nous tenons nos promesses. Nous transformons en profondeur notre modèle énergétique et nous accompagnons les Français et les territoires dans cette transformation. Avec l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim nous engageons à 50% la réduction de la part du nucléaire d’ici 2035 tout en développant massivement les énergies renouvelables. » Les Allemands applaudirent des deux mains : briser la filière nucléaire française, synonyme d’indépendance énergétique et d’avantage industriel, les occupe depuis quarante ans. Avec grand succès. Le démantèlement d’EDF et la création d’un système « concurrentiel » obligeant l’entreprise française à vendre à prix cassé son électricité à des sociétés ne produisant rien mais s’enrichissant sur son dos en démarchant ses clients, la fermeture de Fessenheim2, l’arrêt de certains de nos programmes de recherche, l’imposition d’un mix énergétique privilégiant les énergies dites renouvelables, l’alignement du prix de notre électricité sur celui du gaz allemand – autant de décisions dévastatrices que l’Allemagne a initiées via l’UE dans le seul but de détruire la filière électrique française. Les écologistes français, Corinne Lepage, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, ont prêté la main, sans vergogne, à ces opérations de sabotage qui ont conduit à une perte de compétences dans un domaine où la France a longtemps été pionnière, à des prises de décisions délétères et ruineuses pour notre pays, à une explosion du coût de l’électricité pesant sur les ménages, les commerces et l’industrie, ou ce qu’il en reste.   

Je n’ai pas changé…

Si le pouvoir de nuisance de Mme Voynet au sein du Haut Comité pour l’Information sur la Sécurité Nucléaire est relativement peu élevé, sa présence dans cette instance théodulaire symbolise malgré tout les tergiversations politiques entourant la relance du nucléaire en France. Mme Voynet n’a pas changé d’avis sur le nucléaire, comme le prouve son audition à une commission d’enquête parlementaire sur l’indépendance énergétique de la France en 2023, où elle affirme solennellement que « le choix du nucléaire nous expose à des risques sous-estimés ». L’ex-ministre préconise une diversification des sources d’énergie – sa préférence allant bien sûr aux énergies dites renouvelables – et une « forte réduction des consommations individuelles et collectives, dans l’industrie, les transports, l’agriculture, l’habitat et les ménages » – bref, elle promeut ardemment la décroissance à travers une « sobriété énergétique » passant par « la réduction de la production et de la consommation », le tout en vue de « diminuer l’impact humain sur le changement climatique et environnemental ». Rien de neuf, l’écologie la plus bête dans toute sa triste splendeur. La plus bête et, parfois, la plus involontairement drôle : lors de cette même audition, voulant dénoncer des recherches sur le nucléaire qu’elle juge trop longues et trop coûteuses, Mme Voynet s’est en effet lancée dans des explications alambiquées sur le projet ITER, lequel serait à la source d’expériences qui, décrites par l’ex-ministre, paraissent étonnamment peu scientifiques : « Des relations de fusion entre une ou deux molécules dans un micro-machin » nécessitant « un quart des ressources planétaires d’un métal rare… le nobrium, je crois »3. Les ingénieurs d’EDF seront sûrement heureux d’apprendre que le Nobrium, ce médicament aux vertus anxiolytiques, est un « métal rare » et qu’il peut faire fonctionner un réacteur nucléaire. Quant au laboratoire Roche, profitant de cette publicité involontaire pour son médicament, sans doute pourrait-il proposer à la Commission européenne de l’ajouter à la liste des produits du fameux « kit de survie » soi-disant indispensable en cas de « crise » et dans lequel, entre la lampe torche et la bouteille d’eau, il ne manque plus qu’une chose : un puissant psychotrope permettant de finir d’anesthésier les populations.


[1] Fabien Bouglé : Nucléaire, les vérités cachées : face à l’illusion des énergies renouvelables, 2021, éditions du Rocher – Guerre de l’énergie : au cœur du nouveau conflit mondial, 2023, éditions du Rocher – Éoliennes : la face noire de la transition écologique, 2024, éditions Litos.

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  1. https://www.lejdd.fr/Societe/scandale-du-green-deal-bruxelles-sous-le-feu-des-accusations-de-lobbying-et-dingerences-154247 ↩︎
  2. https://www.radiofrance.fr/franceinter/l-allemagne-demande-la-fermeture-de-fessenheim-2265958 ↩︎
  3. https://x.com/FactuelOff/status/1903024978787811797 ↩︎