La nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire suscite finalement bien peu de controverses. Pourtant, son engagement anti-nucléaire passé, sa responsabilité dans la fermeture du réacteur Superphénix en 1998 ou son rôle dans l’exclusion du nucléaire des énergies durables dans le mix énergétique de Bruxelles méritent d’être rappelés.
En matière d’énergie électrique, la France avait tous les atouts en main grâce à un parc nucléaire assurant une énergie abondante, propre et peu chère. En 1976, la dernière génération de réacteur à neutrons rapides (RNR – Superphénix), cent fois plus efficace et économe en uranium que les réacteurs dits classiques, est promise à un grand avenir puisqu’elle permettrait à terme l’utilisation de la quasi-totalité de l’uranium nécessaire à la production d’énergie, et donc la réduction à presque rien des déchets nucléaires, et la recherche sur la transmutation des anciens déchets pour leur réutilisation comme combustible sous forme d’uranium appauvri – selon les experts d’EDF, les stocks entreposés en France assureraient ainsi au moins deux millénaires de combustible pour l’ensemble des réacteurs. Malheureusement, la basse politique va rebattre les cartes. En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale est décidée par le président de la République Jacques Chirac. La gauche coalisée, qui comprend les Verts, remporte les législatives qui suivent. Lionel Jospin entre à Matignon et nomme Dominique Voynet ministre de l’Environnement. Celle-ci déclare immédiatement, à propos de Superphénix : « Cette machine n’est vraiment adaptée ni à la production d’électricité en quantité ni à l’élimination des déchets nucléaires. Elle ne justifie donc pas les sommes considérables qu’on y a englouties. » La messe est dite : le 9 février 1998, le gouvernement Jospin signe l’arrêt de mort de Superphénix. Pour être certaine que ce projet ne sera jamais redémarré, la ministre verte, acharnée, fait percer des trous dans la cuve du réacteur. La France, qui dominait la recherche dans ce domaine, prend alors un retard qu’elle ne comblera plus ; elle est désormais devancée par la Chine et la Russie. L’Inde progresse rapidement, profitant d’ailleurs de la compétence d’ingénieurs et de fournisseurs français, lesquels sont toutefois de moins en moins demandés dans les pays ayant décidé de lancer ou relancer le nucléaire civil.
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Vices de fabrication
Une vidéo (voir ci-dessous), dans laquelle Mme Voynet explique comment elle a trahi le gouvernement français lors de négociations à Bruxelles en 2000, circule en ce moment sur les réseaux. Toute guillerette, l’ex-ministre y donne moult détails sur la manière dont elle a roulé Matignon dans la farine. Alors qu’elle avait pour mission de faire reconnaître le nucléaire comme une source d’énergie propre, elle est parvenue, jubile-t-elle, à faire très exactement l’inverse grâce à une entourloupe avec son homologue britannique. Tous les deux, précise-t-elle, étaient « hilares ». « Je suis rentrée à Paris très contente de voir que le nucléaire ne pouvait pas faire partie des technologies retenues au titre des mécanismes du développement propre. […] En même temps je n’ai pas pu m’en vanter en rentrant. Il fallait que j’aie l’air désolée de ce qui s’était passé… » Mme Voynet incarne à elle seule tous les vices de l’écologisme, en particulier le mensonge et la duplicité.
Son obstination anti-nucléaire, augmentée d’un don évident pour la fourberie, n’a pas empêché la nomination de Mme Voynet au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire. La mission de cet énième comité Théodule est principalement d’informer le public sur des sujets en rapport avec la sécurité nucléaire. Au moment où il est soi-disant prévu de relancer le nucléaire français, la nomination de Mme Voynet paraît de prime abord curieuse. Mais est-elle si étrange que ça ? Emmanuel Macron a promis la construction de nouvelles centrales mais, dans le cadre d’une obligation de « mix énergétique » concoctée par l’UE sous la férule de l’Allemagne, l’on entend surtout parler de l’implantation rapide de milliers de nouvelles éoliennes sur terre et en mer. Emmanuel Macron, européiste dans l’âme, capable de dire tout et son contraire pour arriver à ses fins, ne reste-t-il pas en réalité totalement inféodé à la politique énergétique germano-européenne ? Il n’est pas sans savoir qu’Ursula von der Leyen a nommé dernièrement à la Commission européenne des personnalités foncièrement anti-nucléaires : l’ex-ministre danois du Climat et de l’Énergie Dan Jorgensen, promoteur de « fermes éoliennes » en mer du Nord et en mer Baltique conçues en collaboration avec l’Allemagne, est maintenant à la tête de la politique énergétique européenne ; Teresa Ribera, ministre socialiste espagnole et farouche anti-nucléaire, est chargée, en tant que vice-présidente de la Commission, de diriger la politique de transition énergétique ; l’écologiste belge Philippe Lamberts qui, pendant 15 ans, s’est opposé au nucléaire au Parlement européen, a été nommé conseiller spécial de Mme von der Leyen. Emmanuel Macron ne remet aucunement en cause un « Pacte vert » européen qui reste malheureusement d’actualité, la Commission européenne allant même jusqu’à payer (15 millions d’euros en 2024) des ONG écologistes1 – comme l’ONG anti-nucléaire également « engagée contre l’extrême droite et les discriminations de genre et de race » Friends of the Earth Europe et l’ONG anti-nucléaire Climate Action Network, toutes les deux financées à la fois par des fonds européens et des fonds privés, dont ceux de l’Open Society Foundations de George Soros – pour promouvoir ce fameux pacte et faire pression sur les eurodéputés. Notons que ce scandale, car c’en est un, n’a pas beaucoup ému le milieu médiatico-politique centro-gauchiste qui a fait preuve d’une grande discrétion à propos de cette affaire. Pour atteindre une fantasmagorique « neutralité climatique » d’ici à 2050, les États membres de l’UE ont pour obligation d’avoir un mix énergétique comprenant au moins 42,4 % d’énergies renouvelables d’ici à 2030 ! La part de ces énergies représente actuellement 14 % du mix français… pour atteindre l’objectif européen, il faudra faire des choix budgétaires. Pas sûr que le nucléaire en sorte gagnant. Et la question demeure : l’annonce du plan de relance du nucléaire par le président Macron relève-t-elle d’une véritable ambition d’indépendance énergétique ou n’est-elle qu’un nouvel écran de fumée camouflant d’autres objectifs ?
Objectif Lune
L’essayiste Fabien Bouglé est un infatigable défenseur du nucléaire français, seul moyen d’assurer la souveraineté et l’indépendance de la France dans ce domaine primordial qu’est l’énergie. Auteur de plusieurs livres sur la question[1], il dénonce cet objectif délirant – 42,4 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique français – qui suppose, pour la France, un investissement de plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici à 2040 dans l’éolien et le solaire, ce qui conduira immanquablement à une forte augmentation de la facture électrique des Français et à un investissement moindre dans le nucléaire. Sur le média en ligne Tocsin, Fabien Bouglé a affirmé que Christophe Leininger, le conseiller énergie d’Emmanuel Macron, serait un ancien membre de Réseau Action Climat, une officine financée en partie par des fondations anti-nucléaires allemandes, et que l’Office franco-allemand de la transition écologique (OFATE), véritable lobby éolien et gazier allemand, a ses bureaux à la direction générale de l’Énergie et du Climat, au sein du ministère de l’Écologie français, ministère qui accueille également des représentants de Greenpeace et de WWF. Pour l’auteur de Guerre de l’énergie, la nomination de Dominique Voynet n’est que le révélateur de l’existence d’une « cinquième colonne anti-nucléaire » dans les instances gouvernementales et de « l’ingérence allemande dans la politique énergétique française ».
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Rappelons que c’est en 2019, sous la première présidence Macron, que le programme Astrid a été abandonné. Ce programme prévoyait de relancer la recherche sur le retraitement des déchets nucléaires permettant leur utilisation dans des réacteurs de 4ème génération. L’UE et l’Allemagne ne voyant pas d’un bon œil ce projet innovant, Emmanuel Macron, qui s’avèrera être un grand bazardeur des fleurons technologiques français, ne se fit pas prier pour l’arrêter. En 2020, à la suite d’anciennes manigances électoralistes entre socialistes et écologistes (François Hollande, Martine Aubry, Cécile Duflot & Co) et sous la pression du ministère de l’environnement allemand, le gouvernement d’Édouard Philippe entérine, sur ordre d’Emmanuel Macron, la fermeture de la centrale de Fessenheim. On se souvient de la déclaration de l’ex-socialiste Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique à l’époque : « Avec cette décision nous tenons nos promesses. Nous transformons en profondeur notre modèle énergétique et nous accompagnons les Français et les territoires dans cette transformation. Avec l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim nous engageons à 50% la réduction de la part du nucléaire d’ici 2035 tout en développant massivement les énergies renouvelables. » Les Allemands applaudirent des deux mains : briser la filière nucléaire française, synonyme d’indépendance énergétique et d’avantage industriel, les occupe depuis quarante ans. Avec grand succès. Le démantèlement d’EDF et la création d’un système « concurrentiel » obligeant l’entreprise française à vendre à prix cassé son électricité à des sociétés ne produisant rien mais s’enrichissant sur son dos en démarchant ses clients, la fermeture de Fessenheim2, l’arrêt de certains de nos programmes de recherche, l’imposition d’un mix énergétique privilégiant les énergies dites renouvelables, l’alignement du prix de notre électricité sur celui du gaz allemand – autant de décisions dévastatrices que l’Allemagne a initiées via l’UE dans le seul but de détruire la filière électrique française. Les écologistes français, Corinne Lepage, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, ont prêté la main, sans vergogne, à ces opérations de sabotage qui ont conduit à une perte de compétences dans un domaine où la France a longtemps été pionnière, à des prises de décisions délétères et ruineuses pour notre pays, à une explosion du coût de l’électricité pesant sur les ménages, les commerces et l’industrie, ou ce qu’il en reste.
Je n’ai pas changé…
Si le pouvoir de nuisance de Mme Voynet au sein du Haut Comité pour l’Information sur la Sécurité Nucléaire est relativement peu élevé, sa présence dans cette instance théodulaire symbolise malgré tout les tergiversations politiques entourant la relance du nucléaire en France. Mme Voynet n’a pas changé d’avis sur le nucléaire, comme le prouve son audition à une commission d’enquête parlementaire sur l’indépendance énergétique de la France en 2023, où elle affirme solennellement que « le choix du nucléaire nous expose à des risques sous-estimés ». L’ex-ministre préconise une diversification des sources d’énergie – sa préférence allant bien sûr aux énergies dites renouvelables – et une « forte réduction des consommations individuelles et collectives, dans l’industrie, les transports, l’agriculture, l’habitat et les ménages » – bref, elle promeut ardemment la décroissance à travers une « sobriété énergétique » passant par « la réduction de la production et de la consommation », le tout en vue de « diminuer l’impact humain sur le changement climatique et environnemental ». Rien de neuf, l’écologie la plus bête dans toute sa triste splendeur. La plus bête et, parfois, la plus involontairement drôle : lors de cette même audition, voulant dénoncer des recherches sur le nucléaire qu’elle juge trop longues et trop coûteuses, Mme Voynet s’est en effet lancée dans des explications alambiquées sur le projet ITER, lequel serait à la source d’expériences qui, décrites par l’ex-ministre, paraissent étonnamment peu scientifiques : « Des relations de fusion entre une ou deux molécules dans un micro-machin » nécessitant « un quart des ressources planétaires d’un métal rare… le nobrium, je crois »3. Les ingénieurs d’EDF seront sûrement heureux d’apprendre que le Nobrium, ce médicament aux vertus anxiolytiques, est un « métal rare » et qu’il peut faire fonctionner un réacteur nucléaire. Quant au laboratoire Roche, profitant de cette publicité involontaire pour son médicament, sans doute pourrait-il proposer à la Commission européenne de l’ajouter à la liste des produits du fameux « kit de survie » soi-disant indispensable en cas de « crise » et dans lequel, entre la lampe torche et la bouteille d’eau, il ne manque plus qu’une chose : un puissant psychotrope permettant de finir d’anesthésier les populations.
[1] Fabien Bouglé : Nucléaire, les vérités cachées : face à l’illusion des énergies renouvelables, 2021, éditions du Rocher – Guerre de l’énergie : au cœur du nouveau conflit mondial, 2023, éditions du Rocher – Éoliennes : la face noire de la transition écologique, 2024, éditions Litos.
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