Daniel Craig est-il un homosexuel convaincant, dans le nouveau film du réalisateur de Call me by your name? Le film de Luca Guadagnino navigue entre le kitsch outrancier et le trip sensoriel… mais franchement, mieux vaut lire le bouquin de William S. Burroughs
Adapter à l’écran un roman du pontife de l’underground américain William S. Burroughs (1914- 1997) n’est pas une entreprise de tout repos. Politiquement très incorrect, homosexuel et camé jusqu’à la moelle des os, l’auteur des Cités de la nuit écarlate ou de Nova express n’est pas à mettre dans n’importe quelles mains. La forme fragmentée, syntaxiquement rompue, hallucinée, fantasmagorique de la plupart de ses textes (mise en pratique à travers la technique du cut-up) défie la transposition à l’image, en tous cas dans une veine réaliste. En 1997, l’immense David Cronenberg s’était risqué à adapter Le Festin nu (The Naked Lunch) ; il en est résulté un chef d’œuvre absolu du septième art. En 2017, Bertrand Mandico, le réalisateur de Conann s’est, quant à lui, attaqué aux Garçons sauvages, qui n’est certes pas un roman facile d’accès. Le film pas davantage ; mais Mandico s’en est bien sorti.
Des scènes explicites
Voilà qu’à son tour le transalpin Luca Guadagnino (cf. Call Me By Your Name, le long métrage qui a lancé Timothée Chalamet, puis Suspiria, et Challengers) se confronte à Burroughs, cette fois à partir d’un roman de « jeunesse » (enfin, tout est relatif) rédigé en 1952, laissé inachevé, « fond de tiroir » publié finalement en… 1985. Après Junky, c’était le deuxième livre de Burroughs. Il faudra attendre 1995 pour que le regretté Christian Bourgois en propose une traduction en français. La sortie du film Queer est l’occasion de sa réédition, sous les auspices de la maison d’édition éponyme. La facture de ce « roman d’apprentissage » reste encore assez classique : narration linéaire, récit à la troisième personne – sauf dans l’épilogue… Bref, pas de quoi affoler un scénariste (Justin Kuritzkes, en l’espèce).
Le scénario, justement, nous transporte dans le Mexique des années 50, reconstitué dans les studios de Cineccitta de façon volontairement irréaliste, comme un décor urbain et paysager en carton-pâte. William Lee, alter ego de l’écrivain (dans le rôle, un Daniel Craig en alpaga, gun au ceinturon, binoclard, mèche de cheveu plaquée sur le côté, mains baladeuses et faconde enjôleuse) traîne de zinc en zinc, parmi une faune de grosses tantes, un désœuvrement amer, dispendieux, qui plus est nourri de multiples addictions, dont celle, éventuellement rançonnée, qui le porte à lever les jeunes gens du cru, spontanément disponibles aux faveurs de ces oisifs expatriés yankees (par chance, dans le film, tous les latinos savent l’anglais). Mais le micheton héroïnomane sur le retour d’âge a décidément flashé sur Eugene, son compatriote en stage professionnel (activité qui lui laisse apparemment beaucoup de temps libre), un ravissant jeune homme, élégant, de surcroit agréablement galbé (Drew Starkey, cf. Outer Banks, sur Netflix ) – ce qui ne gâte pas sa photogénie. Lequel Eugene, quoiqu’un peu farouche et d’un naturel indépendant, ne tarde pas à céder aux avances de l’aîné. D’où quelques ébats « explicites », comme on dit. De fil en aiguille, Lee invite son charmant (et charmeur) escort à le suivre dans un périple exotique, direction la jungle équatoriale : « Tu n’auras rien à payer, juste être gentil avec moi, disons… deux fois par semaine ? »… L’idée étant (entre deux piquouzes du vieux toxico) de mettre la main sur une drogue, le yagé, sensée développer entre eux un pouvoir télépathique. Quoiqu’il en soit, après fellations généreusement lactées (le drap servant de serviette éponge), le ci-devant 007 tringle vigoureusement son bel Eugene, qui y a pris goût – c’est déjà ça : on n’a pas tous les jours James Bond dans ses fesses.
Ridicule par instants
J’ai l’air de me moquer, mais avouons que, fondu dans le kitsch outré de l’improbable reconstitution se glisse, à un moment, l’étreinte chorégraphiée, ardente, sensuelle, capiteuse, de ces deux anatomies mâles, en transe sous l’effet de l’ayahuasca – et c’est, visuellement, une magnifique séquence. Saluons également la bande-son signée Trent Reznor et Atticus Ross, émaillée de titres de New Order, de Prince ou de Nirvana… Luca Guadagnino ne résiste pas, dans une séquence onirique moins convaincante que celle évoquée plus haut, à transposer sur ses deux héros le célèbre épisode qui, bien réel, causa la mort accidentelle de Joan Vollmer, la femme de William S. Burroughs (la pauvre) : le colt de l’écrivain visait le verre que, par jeu, elle avait posé sur son crâne ; la balle s’est plantée dans le front ; le verre est tombé ; Joan aussi. Fallait-il à tout prix, dans le film, reporter sur les personnages de Lee et Eugene ce trauma, fondateur de l’écriture si particulière de Burroughs ? Un peu téléphoné, comme on dit. Enfin, dans le troisième et ultime « chapitre » du film, celui-ci distendu à l’excès, l’échappée de nos deux amis-amants dans l’antre tropical de la sorcière botaniste (Lesley Manville) dispensatrice de l’hallucinogène convoité, confine au ridicule par instants…
Et dire qu’en 2025, dans notre époque devenue si chatouilleuse pour ce qui tient à l’amour vénal, au fameux « consentement » – maître-mot de l’inquisition woke – à la différence d’âge dans le rapport sexuel, et tout simplement au désir, tout ce petit monde de pervers polymorphes serait mis en examen vite fait ! L’univers Queer – sex and drugs and rock and roll – n’est plus ce qu’il était, vraiment : c’est peut-être la leçon subliminale de ce film, plus consternant dans sa forme que dans ses intentions. Mon conseil, au sortir de la séance ? Filez acheter Queer, le roman. Rien de mieux qu’un retour aux sources.
Queer. Film de Luca Guadagnino. Avec Daniel Craig, Drew Starkey… Italie, Etats-Unis, couleur, 2024. Durée : 2h16
A lire: Queer, roman de William S. Burroughs. Editions Christian Bourgois, 2025.
Voir le visage souriant du criminel Mohamed Amra en une de tous les journaux et partout sur les télévisions a quelque chose de déplaisant, voire d’indécent.
On dirait un remake du retour de l’enfant prodigue. On en est quasiment à tuer le veau gras. Le veau médiatique en l’occurrence.
Une forêt de micros, de caméras, d’appareils photo, un escadron de motards de presse, une noria de bagnoles de chaînes radio-tv, bref l’effervescence qui accompagne d’ordinaire les déambulations programmées des rock stars ou d’altesses royales en visite d’État. Ne manque que le tapis rouge et l’escalier qui grimpe vers les sommets de la renommée.
Odieux sourire
Et surtout il y a ce sourire si complaisamment relayé, exposé. Grand format. Odieux sourire. Le sourire de la petite ordure qui triomphe, défie, provoque une fois encore. Et on en redemande, apparemment ! On lui tend le micro, on lui donne la parole. On s’inquiète de savoir comment il apprécie ce retour un rien forcé au pays, s’il est content d’y revenir. Il consent à répondre, bien sûr. Laconique, en star accomplie qu’un rien indisposerait.
Le monde pourri de la drogue attendait son héros, l’indignité médiatique vient de le lui pondre tout chaud. Il s’appelle Amra. Avant trois ou quatre jours, de sa tronche et de son sourire indécent, dans les quartiers, les caves, les sous-sols, les parkings, ils feront des posters pour décorer leurs murs, comme il y eut ceux, en d’autres temps, du Che, le révolutionnaire sanguinaire prisé de la jeunesse des beaux quartiers. Amra-cadabra ! Vous êtes en mal d’idole ? Notre société confite en décadence vous en fabrique ! Elle vous en sort une du chapeau comme on en extirpe un lapin blanc ou une colombe idiote.
France détestée
L’arrestation de cet étron n’aurait dû générer que quelques lignes, et encore, exclusivement à la gloire des policiers dont le remarquable travail a permis la capture. Quant au transfèrement de Roumanie en France, voilà qui ne valait pas plus qu’un entrefilet pour signaler qu’il avait eu lieu. Mais non, on en fait l’événement du jour ! On mobilise, on claironne !
Et pourquoi une telle gloire, pourquoi tant d’honneur ? Parce que l’évasion de cette ordure s’est faite dans le sang, parce qu’elle a été acquise au prix de l’assassinat, de l’exécution de sang-froid d’innocents abattus dans l’exercice de leur mission. Car c’est bien cela, c’est bien le sang versé qui fait aujourd’hui la cote de ce type, qu’on n’aille pas nous raconter d’histoire ! L’évidence est là : évadé avec trois bouts de ficelle, il ne vaudrait pas plus de trois bouts de lignes en page quatre. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Ainsi fonctionne notre société malade, névrosée jusqu’à la moelle, infestée de la détestation d’elle-même, adonnée aux voluptés délétères de l’autoflagellation. Amra est un chef de guerre, la guerre que nous livre le narco-trafic. Il devrait être traité comme tel, en ennemi. Or l’abjecte ambiguïté du traitement médiatique qui lui est accordé fait qu’il l’est quasiment en héros. Dans le camp d’en face, on ne s’y trompe pas. On pavoise !
Et si, écœuré devant un tel spectacle, on en vient à changer de chaîne, on a toute chance ces jours-ci de tomber sur un décérébré de première qui ne craint pas de nous expliquer que, dans l’effroyable litanie des villages martyrs qu’on a eu à déplorer depuis les temps antédiluviens sous toutes les latitudes et toutes les civilisations, c’est bien sûr la France – la France honnie, détestée – qui aura été – elle et elle seule – l’inspiratrice de la barbarie nazie en ce domaine. Là, ce n’est pas en poster décoratif que le personnage mérite de terminer, mais au pavillon de Sèvres en mètre étalon de la bêtise humaine. Une bêtise noble, s’empresseront de faire valoir nos beaux esprits, puisque tout entière vouée au dénigrement, à la haine de la France. Cela vaut absolution, il est vrai.
Dr Lior B., pédiatre franco-israélienne, décrit avec émotion et sincérité une réalité souvent méconnue: celle d’une collaboration harmonieuse entre soignants juifs et arabes, au service de tous les enfants sans distinction.
Je suis Dr Lior B, pédiatre, Franco-israélienne. J’ai quitté ma France natale que j’aimais tant pour Israël il y a huit ans, alors que tout me souriait en France. Je l’ai quittée pour mes enfants car je sentais déjà gronder le tonnerre de l’antisémitisme, m’inquiétant déjà pour leur avenir en tant que Juifs.
Alors j’ai dû plonger dans le grand bain de la société israélienne que je ne connaissais pas du tout mais que j’apprends à connaître et à aimer de jour en jour, tant j’y retrouve mes valeurs, chères à celle que je suis à savoir une femme, libre, et médecin.
Alors j’ai pris goût, via des anecdotes de ma vie quotidienne, à dépeindre, vue de mon humble lorgnette, cette société que l’on ne connait pas et pourtant que le tout un chacun se permet de juger sans vergogne.
Ma dernière histoire en date du 23 février au soir
Je suis alors de garde jusque 23h dans un centre d’urgences pédiatriques dans le centre du pays.
Se présente à moi une ado qui vomit non-stop depuis 24h, fatiguée et un peu déshydratée. En revanche, elle est accompagnée d’une mère casse-tête du plus haut niveau, et ça aussi il faut savoir le gérer en pédiatrie en plus de l’enfant malade. Bref je lui prescris un médicament anti vomitif et une perfusion pour la réhydrater. Toutes les trois minutes, la mère frappe à ma porte pour me dire que sa fille a tel et tel nouveau symptôme et est au bord du clapotage. Je vais quand-même vérifier l’état de l’enfant ayant toujours appris, en pédiatrie, à faire confiance aux mères. Après avoir rassuré la mère, je réussis à l’envoyer chez l’infirmier Ahmed, de garde avec moi ce soir-là, pour recevoir son traitement.
Au même moment, se présente un garçon de six ans, Assaf, en vraie gêne respiratoire. Pour le coup, il est en réelle détresse respiratoire, c’est le genre d’enfant qui peut faire un arrêt respiratoire (puis un arrêt cardiaque…) en quelques secondes. Donc là, il faut agir très vite. Je vais aussitôt chez Ahmed (l’infirmier) qui gère déjà l’enfant qui vomit. Je lui indique mes instructions de traitement pour le petit garçon dont l’état s’avère bien plus instable. Ahmed s’exécute directement et met en place le traitement dans la minute. Je lui demande aussi de commander une ambulance pour le faire hospitaliser au plus vite et qu’il soit près d’une antenne de réanimation au cas où…
Ambulance commandée .
Vomisseuse perfusée.
Rien à dire.
Voilà le vrai Israël
Au bout de quinze minutes, on note une réelle amélioration de l’état respiratoire du petit Assaf. Et au bout d’une heure, ma vomisseuse a retrouvé le sourire et mange une banane. Assaf nous quitte pour l’hôpital, son état est stabilisé.
Je prépare la sortie de la jeune fille, arabe israélienne ; à la sortie, les parents me disent « merci Docteur, tu as été formidable ». Je les remercie du compliment, sans prêter plus attention à la situation qui venait de se dérouler, car c’est somme toute une situation banale ici. Je me dis : « C’est bon, les enfants rentrent en bonne santé mais il faut se le dire, c’est grâce à Ahmed qui a été remarquable à gérer en même temps deux patients nécessitant des soins urgents, dans le calme et avec grand professionnalisme. » Je vais le voir et lui dis : « Merci Ahmed, tu as été formidable ! Tu as très bien géré la situation, c’est un vrai plaisir de travailler avec toi »
Lui : « Merci Lior, merci beaucoup. »
Une heure et demi à travailler main dans la main avec Ahmed, à savoir une médecin juive israélienne et un infirmier arabe israélien, à nous occuper d’une enfant arabe israélienne et d’un enfant juif israélien. C’est la banalité en Israël… sachez-le.
Et pour clôturer l’histoire, des parents arabes israéliens qui remercient la médecin juive et la médecin juive qui remercie son infirmier arabe. La boucle est bouclée. CQFD, voilà Israël n’en déplaise à ceux qui nous condamnent à longueur de journée.
En quittant ma France pour Israël, je n’ai rien perdu de mon humanité. Tout au contraire, j’y ai découvert la tolérance, l’entraide, la solidarité ; surtout j’y apprends le courage de se battre pour ses valeurs. L’humble médecin que je suis pense précisément que ceux qui ont perdu leur humanité sont ceux qui n’arrivent plus à réagir et à hurler de colère et de douleur face à la barbarie qui frappe les Israéliens depuis le 7-Octobre, ceux qui n’arrivent pas à sortir du silence pour nous soutenir face à tant d’IN-humanité et d’actes barbares.
Être humain c’est savoir réagir et continuer le combat contre ceux qui pourrissent notre monde à coups d’attentats, de décapitations et de viols, ceux qui éventrent des femmes enceintes, nous prennent en otages – dont noss enfants qu’ils assassinent cruellement…
Être humain, pour la pédiatre que je suis, c’est lorsqu’on apprend ce qu’ont vécu Ariel, Kfir et Shiri Bibas, et que ne pouvant plus se taire, on hurle de douleur et on laisse enfin exploser ses larmes. Être humain, c’est ne pas avoir peur d’être aux côtés de ceux qui combattent la barbarie, précisément comme nous autres Israéliens.
Je suis le Dr Lior B, je suis pédiatre franco-israélienne et je suis fière des valeurs humanistes et du courage que m’inspirent les Israéliens dans mon quotidien. Comme la majorité de mes compatriotes, je sais faire la part des choses, reconnaître qui sont les barbares, ceux avec qui jamais il ne faudra faire la paix car ils sont élevés dans la haine du Juif et resteront à jamais avides de notre sang, tout comme je sais m’occuper de TOUS les enfants, sans distinction ethnique, avec le même professionnalisme et la même empathie, et travailler main dans la main, avec reconnaissance envers ceux qui nous respectent, quelle que soit leur origine, et respectent notre droit à exister. Je suis pédiatre, franco-israélienne et je n’aspire qu’à la paix, mais pas à n’importe quel prix…
Rien ne va plus entre DAZN et la LFP qui commencent à engager des procédures judiciaires l’un contre l’autre, malgré les tentatives de réconciliations progressives du diffuseur.
Le fameux litige opposant le principal diffuseur de notre Ligue 1 à la Ligue de football professionnel (LFP) n’est pas réglé. La plateforme anglaise, qui a pour ambition mondiale de devenir le Netflix du sport en ne diffusant que des évènements sportifs – acquis pour la plupart à vil prix – rencontre en France des difficultés qui mettent en péril sa réputation.
Tensions multiples
Le 12 février, la LFP a assigné en référé DAZN (prononciation argotique anglaise de « the zone », en français « la zone ») devant le tribunal de commerce de Paris. La plateforme séquestre la moitié du dernier versement de 70 millions € qu’elle doit à la Ligue. Il est vrai que ses quelque 500.000 abonnés actuels ne permettent pas de rembourser les droits TV chèrement acquis de la Ligue 1, achetés pour 400 millions € la saison et la diffusion de huit matchs sur neuf. La plateforme ne fait pas de bénéfice, et peine à croire que son objectif de 1,5 million d’abonnés sera atteint d’ici décembre 2025… Elle accuse les clubs et la Ligue de ne pas avoir suffisant agi en sa faveur. Mais n’oublions pas non plus qu’un abonnement à 30€/ mois reste extrêmement élevé, surtout pour voir s’affronter des équipes qui n’ont pas forcément une grande renommée à l’international, mis à part le PSG et l’OM (quand ils sont en forme…). Oui, personne n’est vraiment attiré par le spectacle d’un Strasbourg-Brest qui se solde par un superbe 0-0 et cumule 3 tirs cadrés en 90 minutes ! Ce manque de compétitivité a d’ailleurs valu à notre championnat national le surnom peu glorieux de « farmers league » (littéralement « ligue des fermiers » ou « ligue de paysans ») de la part d’Anglais médisants. Pas très flatteur…
Une semaine plus tard, DAZN a à son tour assigné la LFP devant le tribunal de commerce, lui réclamant 573 millions d’euros pour « tromperie sur la marchandise » (préjudice que DAZN estime à 309 millions €), et pour « manquements observés » (estimés eux à 264 millions €), notamment en matière de lutte contre le piratage. Le diffuseur prétend que les chiffres avancés par la Ligue lors de la vente sont trop éloignés de la réalité. Cependant, DAZN ne compte pas mettre fin à son contrat pour la diffusion du championnat signé pour la période 2024-2029. D’ailleurs, les démêlés hexagonaux récents n’ont pas découragé Leonard Blavatnik, le principal actionnaire, qui a injecté 787 millions € en plus dans la plateforme en janvier. Et Shay Segev, le PDG, a annoncé en février l’entrée au capital de la plateforme de SURJ Sports Investment, filiale sportive du Fonds d’Investissement Public de l’Arabie saoudite, pour un montant de participation estimé à un milliard de dollars. Ces dirigeants ne se sont pas exprimés sur la situation de notre championnat, c’est Brice Daumin qui est prié de régler seul le problème français.
Le directeur général France de DAZN a assuré que la plateforme avait pour ambition de rester le diffuseur du championnat français au moins jusqu’en 2029. Dans des confidences faites au Figaro, il avance des pistes, convaincu que « le produit Ligue 1 doit s’améliorer pour devenir plus attractif » et est persuadé « que l’on peut faire beaucoup mieux en termes de promotion et d’attractivité de la Ligue 1 ». Il rappelle que sa chaîne a prouvé sa bonne volonté quant aux nombreuses plaintes vis-à-vis du prix exorbitant de l’abonnement initial, lequel n’est que « le prix d’un restau le vendredi soir », selon Laurent Nicolin, président du club de Montpellier (MHSC). Brice Daumin a indiqué que « depuis le 10 septembre, nous sommes à 20 euros. (…) D’ici la fin février, nous lancerons une offre supplémentaire à 10 euros par mois pour les moins de 26 ans ».
Une clause du contrat permettrait à la LFP de chercher un nouveau diffuseur dès décembre 2025, mais Brice Daumin indique que « nous n’avons aucun intérêt à activer cette clause. Le seul sujet qui nous anime, c’est la construction dans la durée. Beaucoup de sujets peuvent être mieux travaillés afin de valoriser le football français ». DAZN aurait donc pour intention de régler au plus vite le litige avec la LFP, et entendrait proposer de nouveaux formats pour valoriser le championnat (micros sur les arbitres, caméras dans les bus ou dans les vestiaires par exemple…). Et malgré une récente assignation en justice de la LFP contradictoire, Brice Daumin l’assure : « On ne résout jamais rien devant un tribunal » !
De son côté, alors qu’elle est déjà fort occupée par des tensions entre dirigeants de clubs ainsi que par la colère des supporters (amendes multiples, fermetures de tribunes, interdictions de déplacements…), la Ligue n’a aucun intérêt à rompre son contrat avec la plateforme anglaise. Après les déconvenues Canal + ou Amazon Prime, trouver encore un nouveau diffuseur serait une gageure.
Cette saison, la victoire du championnat français semble assurée pour le PSG. Après 23 journées jouées sur 34, le club de la capitale a déjà 13 points d’avance sur son dauphin, l’Olympique de Marseille. Mais, pour les amateurs français de foot et de suspense, une autre question reste donc en suspens cette année : qui acceptera de payer les millions de la Ligue 1 ?
L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac est un concurrent « présentable » de Jean-Luc Mélenchon dans la chasse aux voix de la « nouvelle France ». Ses positions récentes – que la bonne presse présente comme « nuancées » – sur l’Algérie ou Israël sont en réalité très controversées.
Dominique de Villepin assure, sur l’Algérie, que Bruno Retailleau fait de l’ « amateurisme ». Mais l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac se prévaut moins d’une analyse des faits que d’une posture idéologique. Il suffit d’observer ses soutiens auprès de la gauche islamophile et antisioniste pour s’en convaincre. Villepin reproche au ministre de l’Intérieur de vouloir engager l’épreuve de force avec le régime algérien, qui refuse de reprendre ses indésirables. Retailleau a répondu qu’il se fichait « comme de sa première chemise » de ce rappel à l’ordre.
L’homme de droite préféré des mélenchonistes
Toutefois, le fait politique est moins dans cette polémique que dans l’écoute que reçoit celui qui fut aussi ministre des affaires étrangères. Villepin est aujourd’hui propulsé en deuxième position, derrière Marine Le Pen, dans le palmarès des personnalités politiques préférées des Français (sondage Cluster 17 pour Le Point). Dans le sondage Ifop-Fiduciaire pour Paris-Match et Sud-Radio, paru hier, il arrive en tête. Dans les deux enquêtes, il reçoit les faveurs de la gauche socialiste et mélenchoniste. Or cette image avantageuse n’est pas le résultat des expertises diplomatiques dont l’intéressé se flatte pour rabrouer le ministre de l’Intérieur. Villepin, qui teste sa candidature présidentielle, récolte plus banalement les fruits de ses exaltations pro-immigration, pro-arabe, pro-islam, pro-Palestine, pro-Alger, pro-Qatar, etc… Et anti-israélienne. Après le 7-Octobre, il avait accusé le gouvernement Israélien de porter la responsabilité du massacre anti-juifs commis par le Hamas. Il s’annonce comme le concurrent, plus présentable, de Jean-Luc Mélenchon dans la chasse aux voix de la « nouvelle France ». C’est à l’aune de cette trahison d’un clerc que se mesure l’assaut anti-Retailleau.
Le terrain choisi mérite à coup sûr plus d’un débat. La politique doit-elle accompagner la mutation multiculturelle de la nation, en l’ouvrant toujours davantage à l’immigration musulmane, au grand remplacement et à l’influence islamiste ? Villepin, né au Maroc comme Mélenchon, en est persuadé.
La politique doit-elle au contraire stopper la disparition programmée de la France française en mettant un terme à l’immigration de peuplement, aux intimidations de l’islam conquérant et en réhabilitant un processus d’assimilation ? C’est l’option défendue, notamment, par Retailleau. Seuls les Français seraient aptes à trancher entre ces deux visions. Mais pour l’instant, le statu quo immigrationniste s’impose au peuple. Quand le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (MoDem), estime, hier sur BFMTV, que Villepin « est un grand ministre des Affaires étrangères », il cautionne en creux sa vision d’une société sous influence de la « rue arabe », y compris en France métropolitaine.
Ce mercredi, le Conseil interministériel de contrôle de l’immigration se tiendra à Matignon. Il examinera, en riposte aux provocations d’Alger qui a pris Boualem Sansal en otage, les possibles mesures de rétorsion contre l’« État voyou » (Éric Ciotti, ce matin sur Europe 1) et ses dignitaires. Mais aucun consensus n’existe au sommet de l’État. Le poids démographique de la communauté musulmane en France est devenu un élément politique. Plus le référendum sur le choix de société (ouverte, fermée ?) sera repoussé, plus Villepin aura raison.
La France insoumise a dénoncé le refoulement de la députée européenne Rima Hassan par Israël lundi. Elle voulait se rendre en Cisjordanie avec sa délégation. Le député islamo-gauchiste Thomas Portes a notamment réagi: «Une fois de plus Israël se comporte comme un État voyou (…) La Palestine vivra, toujours. Nous ne baisserons jamais les yeux face aux criminels de guerre israéliens et leurs télégraphistes». Analyse.
À l’aéroport Ben Gourion, les autorités israéliennes ont refusé l’entrée de Rima Hassan, militante engagée pour la cause palestinienne. Officiellement, pour des raisons de sécurité. Officieusement, pour prévenir toute tentative de délégitimation de l’État. Israël, comme tout pays souverain, contrôle ses frontières et choisit qui peut entrer. Dans un contexte de tensions persistantes, laisser pénétrer sur son sol des figures perçues comme hostiles est vu comme un risque. Pour le gouvernement, ce n’est pas une censure, mais une nécessité stratégique dans une guerre qui ne se joue pas seulement sur le terrain, mais aussi dans les discours.
Rappels historiques et idéologiques
En effet, le conflit israélo-palestinien est souvent présenté de manière simpliste comme l’histoire d’un « peuple privé de sa terre ». Mais cette lecture ne tient pas face à la réalité historique. Avant l’établissement de l’État d’Israël, la région de la Palestine n’était pas une entité nationale indépendante, mais un territoire intégré à l’Empire ottoman, où cohabitaient différentes communautés : des Arabes organisés en tribus ou clans, des chrétiens, des juifs, et d’autres groupes divers. Il n’existait pas, à proprement parler, de conscience nationale palestinienne telle qu’on la conçoit aujourd’hui. Pour le monde musulman, cependant, la création d’Israël a été perçue comme un coup de force occidental en plein cœur de l’Oumma. Ce territoire, vu comme un espace musulman, se retrouve soudainement transformé en un État souverain juif, soutenu par les puissances occidentales. L’implantation d’Israël, dans cette vision, ne symbolise pas seulement une perte territoriale, mais une humiliation profonde infligée par ce même Occident qui, depuis les croisades, est vu comme l’agresseur historique.
La cause palestinienne est ainsi devenue un drapeau politique, un symbole de résistance. Mais derrière cette façade de lutte territoriale se cache une dynamique bien plus ancienne : celle d’une revanche attendue depuis des siècles, nourrie par le souvenir des croisades et les défaites historiques face à l’Occident. Ce conflit est instrumentalisé par certains acteurs qui y voient un moyen d’alimenter un esprit de revanche contre une domination perçue comme étrangère et illégitime. L’existence d’un État juif, souverain et prospère, au cœur du monde musulman est vécue par certains comme une provocation insupportable, une blessure symbolique. Cette vision n’est pas seulement politique, elle est profondément ancrée dans des récits religieux où le destin des Juifs est souvent perçu à travers le prisme de l’infériorité spirituelle ou de la punition divine. Pour le monde arabo-musulman et en particulier pour les palestiniens, Israël n’a pas seulement usurpé un territoire : il représente une anomalie à effacer.
La volonté constante de délégitimer Israël
L’Europe, quant à elle, s’est enfermée dans un cycle de culpabilité. Après la Shoah, le soutien à Israël semblait une évidence morale. Mais ce soutien s’est progressivement effrité, noyé sous une autre forme de repentance : celle de l’époque coloniale, de l’impérialisme, et des abus commis à l’encontre des peuples du Sud. Les élites intellectuelles et politiques européennes se sont engouffrées dans une logique d’auto-flagellation permanente. Les crimes coloniaux, l’esclavage, et les injustices du passé ont façonné un discours de repentance qui, aujourd’hui, pousse certains dirigeants à voir dans la cause palestinienne un miroir des anciennes oppressions. Cette obsession du mea culpa a fini par créer un climat où l’Europe semble parfois prête à sacrifier ses propres principes pour expier ses fautes passées. S’ajoute à cela un mélange d’idéologies : un christianisme vidé de sa substance, devenu un humanitarisme sans colonne vertébrale, un marxisme recyclé qui voit dans les populations musulmanes un nouveau prolétariat à défendre contre un Occident présenté comme oppresseur éternel. Cette dynamique conduit à une forme de soumission intellectuelle face à des revendications qui, parfois, ne relèvent pas des droits humains mais d’un agenda politique hostile à Israël.
L’expulsion de Rima Hassan de l’aéroport Ben Gourion n’est pas un simple incident, mais un rappel de la détermination d’Israël à ne pas offrir de tribune à ceux qui cherchent à délégitimer son existence. Derrière les arguments de liberté d’expression brandis par ses soutiens, c’est une stratégie bien rodée qui vise à faire du combat contre Israël un levier politique, s’inscrivant dans une longue tradition de remise en cause de la souveraineté de l’État hébreu.
Cette tentative avortée illustre ainsi un constat plus large : les adversaires d’Israël ne cherchent pas une simple reconnaissance des droits des Palestiniens, mais la remise en cause même du principe d’un État juif. Dans ce combat où la propagande joue un rôle clé, la réalité géopolitique s’efface au profit d’un récit victimisant, conçu pour attiser l’émotion plutôt que d’apporter une solution viable. Israël, conscient de cette guerre d’image, ne peut se permettre d’offrir le moindre terrain à ces opérations médiatiques déguisées en actes militants.
Intégrés ou non, les Algériens de France sont tiraillés entre leur pays d’accueil et leur pays d’origine. Cette schizophrénie identitaire est amplifiée par les discours indigénistes ou les diverses pressions exercées par le « groupe » pour contrôler la vie sociale des individus
Ce texte est issu de mes conversations sur la diaspora algérienne en France avec des amis ou élèves dont le regard est subjectif, mais éclairé par l’expérience vécue et le savoir universitaire. La dispute virulente actuelle entre Alger et Paris ravive des blessures anciennes, nourrit des préjugés et influence profondément la perception qu’ont les membres de la diaspora algérienne en France de leur avenir dans ce pays, ainsi que de leur lien avec la terre de leurs ancêtres. Cette situation complexe découle d’une histoire douloureuse, marquée par la colonisation, les luttes pour l’indépendance, des relations bilatérales souvent conflictuelles, mais aussi – voire surtout – de presque soixante ans de « vivre ensemble » en France.
Les parents d’Amina, cadre supérieure dans la fonction publique, ont quitté la cité où ils vivaient pour offrir à leurs enfants de meilleures chances scolaires et professionnelles. Elle-même a traversé des épreuves personnelles, notamment une première union marquée par la violence d’un conjoint issu de son milieu d’origine. Aujourd’hui, son combat, dit-elle, est celui de l’émancipation des femmes. Pour elle, la France est trop complaisante avec le gouvernement algérien : « La France devrait se montrer plus ferme : restreindre les visas, cesser de plier face aux injonctions et affirmer clairement sa position. » C’est qu’Amina s’inquiète des répercussions en France de la politique d’Alger : montée du racisme, tensions communautaires accrues et durcissement des relations sociales. Attachée à ses racines, Amina reste pessimiste sur l’avenir de l’Algérie. « Là-bas, ils sont embourbés », dit-elle, évoquant la corruption et l’absence de perspectives. Elle revendique toutefois une identité multiple : « Je suis musulmane de naissance, ou plutôt orientale, fière de mes origines. Algérienne de naissance, mais française. Ma mère m’a appris que c’était un privilège pour moi d’être née en France. »
Cependant, certains de ses positionnements, notamment sur la religion ou la Palestine, sont difficiles à exprimer, même au sein de sa famille : « On te regarde comme une paria, une Arabe en chocolat. » La cause palestinienne est un pilier identitaire. Dévier de la doxa sur cette question est rarement toléré, y compris au sein des familles.
Le regard d’Amina : entre émancipation et inquiétudes
On touche ici au ciment invisible de cette diaspora : la pression sociale exercée par le groupe, que ce soit la famille, la rue, le quartier, voire l’Algérie elle-même. Les individus restent profondément influencés par les jugements collectifs.
Amina affiche les attributs de l’intégration accomplie. Mais justement, sa manière bourgeoise de s’habiller, sa liberté d’allure suscitent critique et mépris. « Tu es une sorte de Rachida Dati », lui dit-on. Rappelons que Madame Dati est d’origine marocaine, l’évoquer dans ce contexte a donc un double sens (antimarocain et antifrançais). L’identité « beur » est loin d’être un bloc.
J’ai d’ailleurs entendu cette remarque cinglante : « La France veut nous mener par le petit doigt. On n’est pas des tarlouzes comme les Marocains, vendus à la France et aux Israéliens. » Cette phrase est révélatrice du statut du « Marocain » considéré comme un « autre ». Elle traduit aussi la persistance d’un code d’honneur en vertu duquel dévier de la ligne dictée par l’Algérie serait la marque d’un déficit de virilité, autrement dit d’un penchant homosexuel, cette « masculinité efféminée » étant associée à la « marocanité ».
Amina n’est pas la seule à résister à la tentation victimaire, si répandue, selon elle, chez les Algériens français. Une minorité commence à s’exprimer, écœurée par le discours décolonial. Médecins de ville, infirmiers libéraux, avocats, ils sont nombreux à craindre que la pusillanimité du gouvernement français face aux rodomontades du président Tebboune mette en péril des positions socioéconomiques péniblement acquises. D’ailleurs, comme ses parents qui ont quitté leur cité pour leurs enfants, Amina, inquiète pour l’avenir de son fils en France, envisage de l’envoyer vivre et travailler en Asie, qu’elle perçoit comme une contrée plus sûre. Pas sûr qu’elle le fera, ni que son fils l’accepte, mais envisager une deuxième émigration en rupture avec l’ancienne et la nouvelle patrie traduit peut-être une volonté de permettre à son enfant de rompre avec le groupe et de faire des choix libres.
Djamila : une double appartenance assumée, entre France et Algérie
Djamila, coach en entreprise, née dans une banlieue lyonnaise, ne veut pas choisir : « L’Algérie, c’est ma mère, et la France mon père. Je suis française pour la vie, et algérienne pour l’éternité. » Cette dualité ne la trouble pas particulièrement. Elle se projette de part et d’autre des rives de la Méditerranée. Un jour, elle espère faire profiter l’Algérie de son savoir acquis dans les grandes écoles de commerce françaises.
Cependant, elle est bien consciente de la persistance de certains préjugés : « On me dit toujours que je ne suis pas une Arabe comme les autres. En réalité, mes compatriotes français ne connaissent pas vraiment les gens issus de l’immigration. Ils ne se fréquentent plus. On nous classe tous par catégories, et cela nourrit une diabolisation réciproque. »
Djamila estime que les Franco-Algériens sont pris en étau : « Les Français nous considèrent comme des pièces rapportées, pas vraiment des Français, donc. » Cependant, elle reconnaît que ces représentations n’arrivent pas de nulle part : « Il faut dire que les religieux des mosquées et des réseaux sociaux instrumentalisent un islam guerrier qui n’est plus celui de mon père. Certains parents gavent leurs enfants de religion dès leur plus jeune âge, et les réseaux sociaux ne font qu’en rajouter. » Elle n’aime pas non plus la mode du « wesh wesh » chez les jeunes, qu’elle associe à une allégeance aveugle à des prêches dogmatiques : « Ils ne cherchent pas plus loin. Ils n’ont pas de recul dans les cités. Ils avalent n’importe quoi. C’est toujours le complot sioniste ou la guerre contre l’islam. » Pour elle, le Coran ne doit pas être appliqué au pied de la lettre. « Mes parents n’ont rien exigé de nous en matière de religion. Ça nous chagrine, ce qui se passe aujourd’hui. Cela réveille les vieux démons de la première génération. Les passions ne sont pas apaisées, et les gens ont peur de ce qui pourrait arriver. » Cependant, Djamila demeure optimiste : « Moi, j’œuvre pour le bien commun. » Je connais bien Djamila. C’est mon amie, sincère jusqu’au bout des ongles. Oui, elle aime profondément ce pays qui l’a vue naître, mais elle adore également les couleurs et les senteurs de la Méditerranée : l’Algérie bien sûr, mais aussi Nice, Marseille, et pourquoi pas, un jour, Tel-Aviv.
Rachid, ancien braqueur réhabilité et figure autrefois emblématique du grand banditisme, a passé de nombreuses années en prison. Aujourd’hui, il observe avec amertume la déglingue des quartiers populaires et ne se fait aucune illusion quant à leurs causes. « Le racisme pour ces jeunes d’origine algérienne, c’est une évidence. Ils disent tout le temps que les “Français” ne veulent pas de nous chez eux et que nous, les rebeus, on n’est chez nous que dans nos quartiers. »
Rachid critique le regard paternaliste des institutions françaises et adhère à certains aspects de l’idéologie indigéniste, qui gagne du terrain parmi les jeunes. Cela s’entend dans son langage : « L’interdiction du voile, c’est encore le colon qui impose ses lois au colonisé. »
Marqué par son passé tumultueux, Rachid exprime une profonde compréhension pour les jeunes en difficulté ou délinquants qu’il côtoie dans son travail de médiateur. « Ces cailleras manquent d’amour, que ce soit en famille ou dans la société. Stigmatisés de partout, ils cherchent une reconnaissance – et pourquoi pas ? – dans la délinquance ou même dans le terrorisme. À défaut d’être des héros positifs, pensent-ils, soyons des héros négatifs. » Bref, conclut-il, « ces jeunes ont raison, ou au moins raison d’avoir tort »…
Beaucoup de mes interlocuteurs ont du mal à critiquer l’Algérie et son gouvernement devant des « étrangers ». Tous connaissent pourtant les dysfonctionnements et l’absence de démocratie qui caractérisent la société algérienne. La plupart retournent souvent au pays et peuvent comparer ce qu’ils y voient avec la société française, souvent au bénéfice de cette dernière. Mais il y a l’honneur, la fierté algérienne. Celui qui ose critiquer l’Algérie à l’extérieur du groupe ou dans les médias est vu comme un traître et subit les sanctions du groupe : insultes, menaces, voire violences.
Malgré leur réussite, les membres de la petite bourgeoisie algérienne installée en France doivent composer avec des barrières culturelles et sociales persistantes, des obstacles qu’ils entretiennent parfois eux-mêmes. Les sujets sensibles – comme l’égalité des sexes, l’antisionisme ou encore l’interdiction du voile – révèlent une intégration encore incomplète, marquée par des écarts entre générations et milieux socioéconomiques.
Amina, par exemple, constate des contradictions au sein même de sa famille : « Ils ont réussi leur intégration sociale et professionnelle, mais eux aussi sont touchés par l’idéologie indigéniste. Ils sont farouchement antisionistes. » Une version plus sophistiquée de cette idéologie circule dans cette intelligentsia, mais le leitmotiv reste le même que celui de Rachid : c’est « leur » faute.
Entre les « Rachid » et les « Amina », ces tensions subtiles créent une distance croissante. Une élite en pleine « intégration compliquée » entend se distinguer de ceux qu’elle désigne comme « les jeunes » ou carrément « les cailleras ». Amina veut échapper à la schizophrénie collective des Franco-Algériens. Lorsqu’elle parle de la diaspora, elle évite le « nous » et dit « ils » ou « eux », eux qui sont frustrés de voir que ce « pays d’origine dont ils sont si fiers est fracturé entre Alger, Oran, la Kabylie et quasi colonisé par la Chine ». Alors, conclut-elle, « ils » se fabriquent une identité communautaire qui leur offre un semblant d’appartenance.
Un équilibre fragile entre intégration et repli communautaire
Pour de nombreux Franco-Algériens, le tiraillement identitaire est amplifié par les pressions exercées sur ceux qui osent penser en dehors des limites tracées par le contrôle social, auquel beaucoup restent sensibles. La crainte des représailles est omniprésente : intimidations, surveillance ou même arrestations lors de leurs visites en Algérie, où ils conservent des attaches familiales, des amitiés et souvent une maison au bled. Le malheur de Boualem Sansal, homme célèbre, peut frapper un simple quidam…
Ils redoutent également les réactions de leurs proches restés « là-bas ». « Tout le monde est chaud », dit Rachid, évoquant les tensions exacerbées par des discours politiques inflammatoires.
Amina, Djamila et Rachid ne représentent qu’eux-mêmes. Mais au-delà de ces cas singuliers, loin des discours officiels et des postures, la diaspora algérienne en France est prise entre deux feux : d’un côté, un pouvoir algérien qui l’instrumentalise pour maintenir un outil d’influence en France ; de l’autre, la société française à laquelle beaucoup de Franco-Algériens attribuent tous leurs problèmes, trouvant en elle un alibi tout-terrain. Reste une communauté qui a besoin de reconnaissance pour trouver son équilibre identitaire. Il est urgent d’avoir avec elle un dialogue honnête qui doit nécessairement commencer des deux côtés par une autocritique et une reconnaissance des apports positifs de l’autre. Mais il faut aussi qu’au sein de cette diaspora si plurielle, chacun ait la liberté de s’émanciper du « groupe » et de ses exigences. Faute de quoi le fantasme de la cinquième colonne risque de se muer en prophétie autoréalisatrice.
Au fil de leur expansion, les États-Unis ont souvent bénéficié d’un heureux concours de circonstances, tout en développant un véritable « art du deal » pour agrandir leur territoire. Ces événements historiques expliquent pourquoi les déclarations surprenantes de Trump sur un éventuel achat du Groenland, le canal de Panama ou encore le Canada ne semblent pas si absurdes aux yeux de nombreux Américains.
Panama, Canada, Groenland… Folie des grandeurs, ou calcul géopolitique? Les déclarations tonitruantes de Donald Trump laissent les Européens pantois. Ils n’ont encore rien vu…
Tout le monde s’interroge. Est-il devenu fou? Est-il un agent de Poutine? Désinformé par ses conseillers? Inculte et ignare? Un Néron du Nouveau monde et des temps modernes? Ou tout simplement un président américain bien décidé à redéployer tous azimuts la puissance des États-Unis?
De fait, pour de nombreux Américains, rien ne les choque, tant ces visées s’inscrivent dans le prolongement de leur propre histoire nationale et contiennent une certaine logique.
Revenons en arrière, de quelques décennies seulement…
Peu après la création des États-Unis, l’expansion vers l’Ouest s’imposa comme une idée simple.
Au grand soulagement de Washington et Jefferson, Louis XVI, dans une déclaration qui ne manquait pas de noblesse, avait d’emblée fait savoir que la France ne rechercherait pas une quelconque expansion territoriale en échange de son aide à bouter les Anglais de leurs 13 colonies. Il eût été pourtant assez légitime de réclamer la restitution du Canada français, lâché seulement 20 ans auparavant… D’ailleurs le bon Benjamin Franklin avait salué cette magnanimité, assez peu courante dans les relations internationales.
Nombre d’Américains loyalistes de la couronne britannique se réfugièrent au Canada, que les expéditions militaires envoyées par George Washington n’avaient pu approcher, et figurent parmi les aïeux des “anglos” canadiens d’aujourd’hui. La frontière resta de très longues années assez floue, et les États-Unis s’accommodèrent de la présence de ce dominion anglais, sans toutefois que la question fût définitivement enterrée – nous le constatons aujourd’hui.
L’achat de la Louisiane et l’expansion vers l’ouest
Jefferson, une fois élu président en 1801, à la suite de John Adams qui était peu francophile, commença à s’intéresser à l’immense territoire à l’Ouest, nominativement mais légalement français. Notre premier Consul Bonaparte s’étant cassé les dents à Saint-Domingue (qui deviendra Haïti), ayant besoin d’argent pour financer une guerre sur le point de se déclarer, et réalisant qu’il était illusoire de vouloir se maintenir dans un territoire aussi immense que la Louisiane, qu’il avait pourtant récupéré des Espagnols en 1800, se décida avec Talleyrand de se débarrasser de cette possession… et y consentit pour $15 millions de l’époque, soit moins de $400 millions d’aujourd’hui, une pitance (pour s’en faire une idée, l’Empire State Building a changé de main en 2013 pour près de 2 milliards!). Le diable boiteux et son collaborateur Barbé-Marbois, ancien ambassadeur à Washington, ministre des Finances, et qui finira à la Cour des Comptes, touchèrent l’un une commission d’agents immobilier, pour rester poli, l’autre un “bonus” tout à fait transparent octroyé par le Premier Consul. Ainsi, le traité fut signé le 30 avril 1803, et la rupture de la Paix d’Amiens eut lieu le 18 mai de la même année.
Les négociateurs américains à Paris, James Monroe (qui deviendra président des États-Unis de 1817 à 1825 et qui énonça la fameuse Doctrine éponyme), et James Livingston (un des Pères Fondateurs de la nation américaine, signataire de la Déclaration d’Indépendance) furent surpris par cette décision française de tout brader. Ils ne s’attendaient pas à une cession aussi totale et aussi généreusement proposée… D’un seul coup, les États-Unis doublèrent de superficie! Les lenteurs des correspondances avec le président Jefferson et le Congrès étaient telles, qu’ils prirent sur eux de conclure le marché. De fait, jamais dans l’histoire du monde une transaction d’une telle ampleur n’avait eu lieu.
Fresque Murale, United States Capitol, Cox Corridor, Washington DC, Architect of the Capitol, DR/
Pour les Américains, ce fut vraiment le début de l’affirmation de leur puissance émergente sur l’échiquier mondial, un grand bond en avant géographique, la découverte d’un vaste continent qu’ils se sentaient appelés, assez naturellement, à régenter.
De fait, nombreuses sont les villes américaines aux racines françaises qui commémorent le Louisiane Purchase, alors que les Français l’appellent La Vente de la Louisiane. De nombreuses stèles et plaques disséminées sur un territoire grand comme l’Europe, rappellent aux passants cet événement capital dans l’essor des États-Unis.
Jugez-en: pas moins de 15 États (sur 50) sont issus de cette transaction: l’Arkansas, l’Iowa, le Kansas, la Louisiane, le Missouri, le Nebraska, l’ Oklahoma, ainsi que des territoires situés dans les Etats actuels du Colorado, Minnesota, Montana, Nouveau Mexique, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Texas, et Wyoming actuels, excusez du peu!
Le sud-ouest et le Pacifique:
Une fois cette acquisition digérée, ce fut au tour des Espagnols et de leurs successeurs mexicains d’être évincés, afin de faire de la place au flot roulant des vagues d’immigrants, Européens qui se succédèrent sans discontinuer, par centaines de milliers, à partir des années 1840. Bons princes, ces derniers gardèrent les noms espagnols de pratiquement toutes les localités de Californie, de l’Arizona, du Nevada et du Nouveau Mexique. Le coût de ces acquisitions territoriales? Hormis quelques expéditions militaires, rien qui ne mit en péril les finances de cette république conquérante. Le Pacifique était atteint, Columbia était pleinement chez elle. Mais cela ne suffit pas.
L’Alaska:
Vint l’opportunité d’acheter l’Alaska en 1867. Ces quelques arpents de neige avaient-ils un quelconque intérêt? Pourquoi diantre s’y intéresser? Comme dira des décennies plus tard l’inénarrable Sarah Palin, tant moquée pour sa remarque ingénue : “Mais pardi, je vois la Russie depuis ma fenêtre!..” Sachant que les colons russes s’avançaient un peu trop près du nord de la Californie (non, l’ours sur son drapeau n’a rien à voir avec la mascotte russe), il convenait d’y mettre le holà, d’autant plus qu’on s’était arrangé avec les cousins britanniques pour définir à la corde une frontière commune allant jusqu’au Pacifique.
Autant donc mettre les choses au carré avec le Tsar Alexandre II, qui était dans une position financière difficile à la suite de la guerre de Crimée, et ne pouvant pas défendre ce territoire lointain contre les Anglais: cet immense territoire grand comme trois fois la France fut donc acheté pour la maigrelette somme de 7 millions de dollars ($130 millions de nos jours, le quart de la valeur de Trump Tower!) sous la présidence d’Andrew Jackson, un Démocrate du Sud qui succéda à Abraham Lincoln.
Deal! Ainsi fut fait, à moins d’1 dollar (d’aujourd’hui) l’hectare, avec en sus le pactole en pétrole, découvert bien plus tard. Il faudra pourtant attendre un peu avant que l’Alaska ne devînt le 49e État de l’Union, sous la présidence du général Eisenhower, le 3 janvier 1959.
Hawaï
Hawaï fut obtenu à meilleur marché encore. Sous prétexte de difficultés faites aux businessmen américain, exit la reine Lili’uokalani. Cinq ans plus tard, le territoire fut purement et simplement annexé par le Congrès en 1898 pendant la présidence de William McKinley, un républicain (son prédécesseur démocrate Grover Cleveland hésitait). Le même McKinley annexa d’ailleurs Porto Rico, les Philippines, Guam, à la suite de la guerre contre l’Espagne. Hawaï deviendra le 50e État le 21 août 1959, toujours sous la présidence de “Ike”.
Tout ceci montre qu’il n’y a rien d’anormal, pour les Américains, de poursuivre cette “Manifest Destiny”, terme d’ailleurs inventé en 1845 John L. O’Sullivan, le rédacteur en chef d’un journal démocrate, The United States Magazine and Democratic Review.
Timbre-poste américain (v. 1953) commémorant l’achat de la Louisiane ; Barbé-Marbois (ministre des finances, qui finira à la Cour des Comptes) est représenté aux côtés de James Monroe et de Robert Livingston, Bureau of Engraving and Printing DR.
What comes next…
Quant on Groenland, entend-on souvent, qui peut raisonnablement penser que le Danemark sera un jour en mesure de le défendre des visées de la Russie? D’ailleurs, il a bien été sous la bannière étoilée pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que le Danemark étouffait sous la botte allemande. Pourquoi les Danois seraient-ils donc choqués? Financièrement aux abois, n’ont-ils pas vendu aux Etats-Unis les Îles Vierges en 1917 pour 25 millions de dollars-or! ($630 millions de nos jours, une mazette comparée au refinancement de 3,5 milliards de dollars du Rockefeller Center en plein centre de Manhattan).
Enfin, quant au canal de Panama, il a été financé et terminé par les Américains après l’abandon des Français. Jimmy Carter et son ambassadeur Ambler Moss se sont imprudemment dessaisis de cette artère stratégique du commerce mondial. Les Panaméens, poursuivent les thuriféraires de Donald Trump, n’ont pas respecté le traité en laissant les Chinois s’installer trop près des commandes du canal, il est donc tout à fait justifié d’en reprendre la contrôle.
Revenons au Canada, qui parait être la déclaration la plus farfelue, et apparemment la plus improbable, tant l’émoi a été vif à Ottawa. Pourtant, pour les Américains trumpistes qui regardent un planisphère, “it makes sense”, cela fait du sens. Les Canadiens de l’Ouest se sentent existentiellement plus proches de leurs voisins du Montana que des anglos de Toronto, ou bien davantage encore, de ces Frenchies du Québec. Les Européens paniqués peuvent s’émouvoir et prendre des sels, mais pour la nouvelle Administration MAGA, il n’y a guère de doute: la realpolitik est à l’œuvre, et elle joue dans la cour des grands.
De l’Usaid à l’agence de protection de l’environnement, on le sait, Elon Musk s’attaque à l’État fédéral et entend faire un maximum d’économies. Il agit au nom de Donald Trump. Le patron de SpaceX veut imposer ses méthodes utilisées précédemment chez Tesla ou Twitter. L’administration française doit s’en inspirer, estime notre contributeur.
La France est probablement la championne du monde de la bureaucratie. Les normes et les réglementations s’y multiplient étouffant de plus en plus les acteurs économiques que ce soient les agriculteurs, les chefs de petites, moyennes et même grandes entreprises, empêchant ainsi le pays d’avancer.
Pourtant, outre-Atlantique, sous l’impulsion de la nouvelle administration Trump, un puissant mouvement de débureaucratisation et de réduction des normes s’est constitué. Le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) a été lancé et Elon Musk nommé à sa tête. Ce dernier, bien qu’évoluant dans un contexte différent peut être un modèle pour l’hexagone.
C’est un secret de polichinelle d’affirmer que la France croule sous le poids des normes. Elles se sont multipliées ces dernières années : tous les codes ont pris de l’épaisseur. L’Institut de Recherches Economiques et Fiscales (IREF) expliquait en 2023 que depuis 2002, le volume du code de l’environnement avait augmenté de 689 %, le code du commerce de 365 %, celui de la consommation de 333 % et enfin la bête noire des entrepreneurs, le code du travail de 224 %. Par ailleurs, la charge administrative coûte 60 milliards d’euros par an à l’État selon des données de l’OCDE datant de 2007 soit environ 3 % du PIB.
Cette inflation normative est le résultat de deux phénomènes : une Union européenne en pleine dérive idéologique et technocratique depuis des années (dont le Pacte vert semble être la parfaite incarnation) ; et un État Français toujours plus enclin à rendre la vie des entrepreneurs infernale.
Des politiques ont été tentées à maintes reprises pour endiguer cette spirale infernale : les fameux « chocs de simplification ». Ils se sont tous soldés par des échecs cuisants.
Un vent de liberté en provenance d’Amérique
Cependant, en Amérique, un phénomène inverse a lieu. En novembre dernier, le président Trump nommait Elon Musk à la tête du DOGE. Officiellement fondé il y a un mois, ce dernier a pour but de réduire drastiquement le poids de l’État fédéral, détricoter des normes et fermer des agences qui coûtent cher au contribuable américain.
Et le chef d’entreprise s’est donné pour objectif ambitieux de réduire les dépenses fédérales de 2 000 milliards de dollars d’ici à 2026.
Aujourd’hui, les premiers résultats de cette politique commencent à porter leur fruit : des économies ont déjà été réalisées et, par exemple, les effectifs de l’Agence américaine pour le développement international sont réduits de moitié. Une bonne nouvelle quand on sait que l’agence faisait la promotion d’un agenda très à gauche. Le très sérieux think tank The Heritage Foundation écrivait d’ailleurs dans une note publiée le 10 février 25 que « sous la présidence de Barack Obama, les idéologies LGBT et climatiques ont été ajoutées. Le président Joe Biden a complété le tout avec le transgenrisme, exigeant que chaque programme d’aide à l’étranger promeuve ce ragoût radical qui sème la discorde, même lorsqu’il s’agit d’aide alimentaire à des réfugiés affamés ».
Un volontarisme qui a de quoi nous faire rougir nous Français.
La France à la croisée des chemins
Il n’y a plus de temps à perdre, la France doit regarder en face les réalités et s’inspirer de ce qui se fait actuellement de l’autre côté de l’Atlantique. Il ne s’agit pas nécessairement de devenir un fan absolu du chef du DOGE, mais de comprendre que seule une politique forte et déterminée pourra mettre un terme à l’empilement des normes en France. Plus que sa personnalité, la volonté et la rapidité d’Elon Musk doivent nous servir de modèle.
Au début des années 1980, alors que l’Amérique portait au pouvoir le républicain conservateur Ronald Reagan, chantre de la débureaucratisation, la France élisait un président socialiste. Ne reproduisons pas l’erreur une seconde fois. L’administration Trump dans son ensemble constitue une formidable opportunité, elle peut servir d’impulsion pour libérer les Français de l’univers kafkaïen dans lequel ils se trouvent.
Bien sûr, les réticences seront nombreuses. Certains affirmeront que la politique de réduction des normes en vigueur outre-Atlantique est « brutale » ou jouerons le disque rayé du système français à l’instar du ministre de l’Économie et des finances Éric Lombard qui affirmait il y a peu que la France n’est pas un « pays libéral, mais un pays de protection ». Reste qu’un DOGE à la française est possible. Il faut simplement le vouloir. Fort heureusement, des personnalités politiques ont déjà salué les efforts fournis par Elon Musk aux États-Unis, notamment le macroniste et ancien ministre de la Fonction publique Guillaume Kasbarian et la députée européenne Reconquête Sarah Knafo, mais aussi quelques autres.
Malgré le scandale de l’affaire Bétharram, qui éclabousse jusqu’au Premier ministre, les parents continuent de plébisciter l’enseignement catholique, tandis que l’école publique décline. Pourtant, les établissements hors contrat catholiques ne peuvent toujours pas vérifier si leurs futurs employés figurent aux fichiers FIJAIS et FJTAS, recensant les auteurs d’infractions sexuelles, violentes ou terroristes.
D’après le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église (Ciase), cette dernière est, « hormis les cercles familiaux et amicaux, le milieu où la prévalence des violences sexuelles est la plus élevée ». Qu’en est-il des établissements scolaires qui dépendent du diocèse ? Et les autres, qui n’en dépendent pas mais n’en restent pas moins (ou plus) catholiques ? À en croire une partie de la gauche française, ces écoles seraient le lieu de prédilection des criminels sexuels. Qu’à cela ne tienne : l’affaire Bétharram et ses répercussions politiques ont le mérite de soulever bruyamment la question. Y a-t-il des spécificités inhérentes à l’enseignement catholique, qui permettent de faire un tel raccourci ? Et, si oui, que fait l’Etat pour (mieux) protéger les enfants ?
L’enseignement privé plébiscité par les Français
À l’heure où l’Education nationale exige d’être profondément réformée, l’école privée constitue une alternative crédible pour une majorité de Français. Tous n’y ont pas accès ; mais ces établissements – en majorité catholiques sous contrat – sont plébiscités. 75 % des Français les jugent meilleurs pour leurs enfants que l’école publique ! Et pourtant. L’école catholique est assimilée ces jours-ci au scandale particulièrement révoltant de Notre-Dame de Bétharram, couvert semble-t-il par des familles, des enseignants, des surveillants, voire des hommes politiques. Alors, qu’est-ce-qui cloche ?
D’abord, la loi du silence. Les victimes craignent de dénoncer les abus parce qu’elles sont persuadées de porter ainsi atteinte à l’image de l’Eglise, d’ores et déjà malmenée dans un monde hyper-sécularisé. Cette intime conviction d’une grande majorité de victimes est l’héritage d’une longue sédimentation historique de luttes entre l’Eglise et ses détracteurs. La Ciase précise d’ailleurs dans son rapport que l’institution a « a manifesté une indifférence complète et même cruelle à l’égard des personnes ayant subi des agressions ». Le temps est venu de rompre avec cette omerta et de nettoyer les écuries d’Augias, pour que les enfants n’aient plus peur de verbaliser les crimes subis. C’est en ce sens qu’il faut entendre l’appel de Pierre-Vincent Guéret (président de la Fédération nationale des organismes de gestion de l’Enseignement catholique) à un sursaut de vigilance dans un communiqué du 22 février.
Ensuite, il faut assumer toutes les conséquences de la séparation de l’Eglise et de l’Etat sur le plan séculier, à l’intérieur des établissements. Non, la loi canonique n’est pas revêtue d’une autorité supérieure à celle de la République. Faire croire, ou laisser entendre aux enfants qu’une telle supériorité existe revient de factoà les entretenir dans l’idée que les hommes et (rares) femmes d’église bénéficient d’une immunité totale dans l’exercice de leur mission. Autrement dit, à instaurer un climat psychologique et moral susceptible d’encourager les pires exactions qui soient, puisque commises à l’encontre des plus vulnérables. Alors, qu’est-ce-qu’on fait ?
Signaux faibles
Les efforts à fournir incombent en premier lieu à l’Enseignement catholique, qui a d’ores et déjà fait des annonces fortes. Mais il n’est pas seul en cause. Sans doute faudrait-il inspecter non pas plus, mais mieux les écoles catholiques sous contrat. Sont-elles suffisamment armées pour que les victimes potentielles osent prendre la parole ? Sans doute faudrait-il mieux former les inspecteurs de l’Education nationale à la détection (si difficile) de signaux faibles, tout comme les familles et l’ensemble du personnel éducatif. Mais… l’obsession première des parlementaires, qui réclament toujours plus de contrôle, est-elle bien la protection des enfants ? Et l’Etat ? A-t-il véritablement le souci des plus vulnérables ? Il est permis d’en douter quand, non seulement le Premier Ministre est accusé d’avoir menti sur l’affaire Bétharram, mais quand en plus, les services de l’Etat laissent perdurer une situation hautement problématique pour les près de 130 000 élèves de l’enseignement indépendant ?
Tous les établissements scolaires de France – sauf les écoles hors contrat, dont le hors-contrat catholique – bénéficient en effet d’un mécanisme permettant aux directeurs et directrices d’école de faire vérifier que les personnels qu’il envisage d’embaucher ne figurent pas aux fichiers FIJAIS et FJTAS. Autrement dit, aucune directrice, aucun directeur d’établissement indépendant ne s’est encore vu reconnaître le droit de vérifier que les enseignants, intervenants scolaires, éducateurs ou animateurs qu’ils souhaitent engager ne figurent au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes, ou au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infraction terroriste.
Daniel Craig est-il un homosexuel convaincant, dans le nouveau film du réalisateur de Call me by your name? Le film de Luca Guadagnino navigue entre le kitsch outrancier et le trip sensoriel… mais franchement, mieux vaut lire le bouquin de William S. Burroughs
Adapter à l’écran un roman du pontife de l’underground américain William S. Burroughs (1914- 1997) n’est pas une entreprise de tout repos. Politiquement très incorrect, homosexuel et camé jusqu’à la moelle des os, l’auteur des Cités de la nuit écarlate ou de Nova express n’est pas à mettre dans n’importe quelles mains. La forme fragmentée, syntaxiquement rompue, hallucinée, fantasmagorique de la plupart de ses textes (mise en pratique à travers la technique du cut-up) défie la transposition à l’image, en tous cas dans une veine réaliste. En 1997, l’immense David Cronenberg s’était risqué à adapter Le Festin nu (The Naked Lunch) ; il en est résulté un chef d’œuvre absolu du septième art. En 2017, Bertrand Mandico, le réalisateur de Conann s’est, quant à lui, attaqué aux Garçons sauvages, qui n’est certes pas un roman facile d’accès. Le film pas davantage ; mais Mandico s’en est bien sorti.
Des scènes explicites
Voilà qu’à son tour le transalpin Luca Guadagnino (cf. Call Me By Your Name, le long métrage qui a lancé Timothée Chalamet, puis Suspiria, et Challengers) se confronte à Burroughs, cette fois à partir d’un roman de « jeunesse » (enfin, tout est relatif) rédigé en 1952, laissé inachevé, « fond de tiroir » publié finalement en… 1985. Après Junky, c’était le deuxième livre de Burroughs. Il faudra attendre 1995 pour que le regretté Christian Bourgois en propose une traduction en français. La sortie du film Queer est l’occasion de sa réédition, sous les auspices de la maison d’édition éponyme. La facture de ce « roman d’apprentissage » reste encore assez classique : narration linéaire, récit à la troisième personne – sauf dans l’épilogue… Bref, pas de quoi affoler un scénariste (Justin Kuritzkes, en l’espèce).
Le scénario, justement, nous transporte dans le Mexique des années 50, reconstitué dans les studios de Cineccitta de façon volontairement irréaliste, comme un décor urbain et paysager en carton-pâte. William Lee, alter ego de l’écrivain (dans le rôle, un Daniel Craig en alpaga, gun au ceinturon, binoclard, mèche de cheveu plaquée sur le côté, mains baladeuses et faconde enjôleuse) traîne de zinc en zinc, parmi une faune de grosses tantes, un désœuvrement amer, dispendieux, qui plus est nourri de multiples addictions, dont celle, éventuellement rançonnée, qui le porte à lever les jeunes gens du cru, spontanément disponibles aux faveurs de ces oisifs expatriés yankees (par chance, dans le film, tous les latinos savent l’anglais). Mais le micheton héroïnomane sur le retour d’âge a décidément flashé sur Eugene, son compatriote en stage professionnel (activité qui lui laisse apparemment beaucoup de temps libre), un ravissant jeune homme, élégant, de surcroit agréablement galbé (Drew Starkey, cf. Outer Banks, sur Netflix ) – ce qui ne gâte pas sa photogénie. Lequel Eugene, quoiqu’un peu farouche et d’un naturel indépendant, ne tarde pas à céder aux avances de l’aîné. D’où quelques ébats « explicites », comme on dit. De fil en aiguille, Lee invite son charmant (et charmeur) escort à le suivre dans un périple exotique, direction la jungle équatoriale : « Tu n’auras rien à payer, juste être gentil avec moi, disons… deux fois par semaine ? »… L’idée étant (entre deux piquouzes du vieux toxico) de mettre la main sur une drogue, le yagé, sensée développer entre eux un pouvoir télépathique. Quoiqu’il en soit, après fellations généreusement lactées (le drap servant de serviette éponge), le ci-devant 007 tringle vigoureusement son bel Eugene, qui y a pris goût – c’est déjà ça : on n’a pas tous les jours James Bond dans ses fesses.
Ridicule par instants
J’ai l’air de me moquer, mais avouons que, fondu dans le kitsch outré de l’improbable reconstitution se glisse, à un moment, l’étreinte chorégraphiée, ardente, sensuelle, capiteuse, de ces deux anatomies mâles, en transe sous l’effet de l’ayahuasca – et c’est, visuellement, une magnifique séquence. Saluons également la bande-son signée Trent Reznor et Atticus Ross, émaillée de titres de New Order, de Prince ou de Nirvana… Luca Guadagnino ne résiste pas, dans une séquence onirique moins convaincante que celle évoquée plus haut, à transposer sur ses deux héros le célèbre épisode qui, bien réel, causa la mort accidentelle de Joan Vollmer, la femme de William S. Burroughs (la pauvre) : le colt de l’écrivain visait le verre que, par jeu, elle avait posé sur son crâne ; la balle s’est plantée dans le front ; le verre est tombé ; Joan aussi. Fallait-il à tout prix, dans le film, reporter sur les personnages de Lee et Eugene ce trauma, fondateur de l’écriture si particulière de Burroughs ? Un peu téléphoné, comme on dit. Enfin, dans le troisième et ultime « chapitre » du film, celui-ci distendu à l’excès, l’échappée de nos deux amis-amants dans l’antre tropical de la sorcière botaniste (Lesley Manville) dispensatrice de l’hallucinogène convoité, confine au ridicule par instants…
Et dire qu’en 2025, dans notre époque devenue si chatouilleuse pour ce qui tient à l’amour vénal, au fameux « consentement » – maître-mot de l’inquisition woke – à la différence d’âge dans le rapport sexuel, et tout simplement au désir, tout ce petit monde de pervers polymorphes serait mis en examen vite fait ! L’univers Queer – sex and drugs and rock and roll – n’est plus ce qu’il était, vraiment : c’est peut-être la leçon subliminale de ce film, plus consternant dans sa forme que dans ses intentions. Mon conseil, au sortir de la séance ? Filez acheter Queer, le roman. Rien de mieux qu’un retour aux sources.
Queer. Film de Luca Guadagnino. Avec Daniel Craig, Drew Starkey… Italie, Etats-Unis, couleur, 2024. Durée : 2h16
A lire: Queer, roman de William S. Burroughs. Editions Christian Bourgois, 2025.
Voir le visage souriant du criminel Mohamed Amra en une de tous les journaux et partout sur les télévisions a quelque chose de déplaisant, voire d’indécent.
On dirait un remake du retour de l’enfant prodigue. On en est quasiment à tuer le veau gras. Le veau médiatique en l’occurrence.
Une forêt de micros, de caméras, d’appareils photo, un escadron de motards de presse, une noria de bagnoles de chaînes radio-tv, bref l’effervescence qui accompagne d’ordinaire les déambulations programmées des rock stars ou d’altesses royales en visite d’État. Ne manque que le tapis rouge et l’escalier qui grimpe vers les sommets de la renommée.
Odieux sourire
Et surtout il y a ce sourire si complaisamment relayé, exposé. Grand format. Odieux sourire. Le sourire de la petite ordure qui triomphe, défie, provoque une fois encore. Et on en redemande, apparemment ! On lui tend le micro, on lui donne la parole. On s’inquiète de savoir comment il apprécie ce retour un rien forcé au pays, s’il est content d’y revenir. Il consent à répondre, bien sûr. Laconique, en star accomplie qu’un rien indisposerait.
Le monde pourri de la drogue attendait son héros, l’indignité médiatique vient de le lui pondre tout chaud. Il s’appelle Amra. Avant trois ou quatre jours, de sa tronche et de son sourire indécent, dans les quartiers, les caves, les sous-sols, les parkings, ils feront des posters pour décorer leurs murs, comme il y eut ceux, en d’autres temps, du Che, le révolutionnaire sanguinaire prisé de la jeunesse des beaux quartiers. Amra-cadabra ! Vous êtes en mal d’idole ? Notre société confite en décadence vous en fabrique ! Elle vous en sort une du chapeau comme on en extirpe un lapin blanc ou une colombe idiote.
France détestée
L’arrestation de cet étron n’aurait dû générer que quelques lignes, et encore, exclusivement à la gloire des policiers dont le remarquable travail a permis la capture. Quant au transfèrement de Roumanie en France, voilà qui ne valait pas plus qu’un entrefilet pour signaler qu’il avait eu lieu. Mais non, on en fait l’événement du jour ! On mobilise, on claironne !
Et pourquoi une telle gloire, pourquoi tant d’honneur ? Parce que l’évasion de cette ordure s’est faite dans le sang, parce qu’elle a été acquise au prix de l’assassinat, de l’exécution de sang-froid d’innocents abattus dans l’exercice de leur mission. Car c’est bien cela, c’est bien le sang versé qui fait aujourd’hui la cote de ce type, qu’on n’aille pas nous raconter d’histoire ! L’évidence est là : évadé avec trois bouts de ficelle, il ne vaudrait pas plus de trois bouts de lignes en page quatre. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Ainsi fonctionne notre société malade, névrosée jusqu’à la moelle, infestée de la détestation d’elle-même, adonnée aux voluptés délétères de l’autoflagellation. Amra est un chef de guerre, la guerre que nous livre le narco-trafic. Il devrait être traité comme tel, en ennemi. Or l’abjecte ambiguïté du traitement médiatique qui lui est accordé fait qu’il l’est quasiment en héros. Dans le camp d’en face, on ne s’y trompe pas. On pavoise !
Et si, écœuré devant un tel spectacle, on en vient à changer de chaîne, on a toute chance ces jours-ci de tomber sur un décérébré de première qui ne craint pas de nous expliquer que, dans l’effroyable litanie des villages martyrs qu’on a eu à déplorer depuis les temps antédiluviens sous toutes les latitudes et toutes les civilisations, c’est bien sûr la France – la France honnie, détestée – qui aura été – elle et elle seule – l’inspiratrice de la barbarie nazie en ce domaine. Là, ce n’est pas en poster décoratif que le personnage mérite de terminer, mais au pavillon de Sèvres en mètre étalon de la bêtise humaine. Une bêtise noble, s’empresseront de faire valoir nos beaux esprits, puisque tout entière vouée au dénigrement, à la haine de la France. Cela vaut absolution, il est vrai.
Dr Lior B., pédiatre franco-israélienne, décrit avec émotion et sincérité une réalité souvent méconnue: celle d’une collaboration harmonieuse entre soignants juifs et arabes, au service de tous les enfants sans distinction.
Je suis Dr Lior B, pédiatre, Franco-israélienne. J’ai quitté ma France natale que j’aimais tant pour Israël il y a huit ans, alors que tout me souriait en France. Je l’ai quittée pour mes enfants car je sentais déjà gronder le tonnerre de l’antisémitisme, m’inquiétant déjà pour leur avenir en tant que Juifs.
Alors j’ai dû plonger dans le grand bain de la société israélienne que je ne connaissais pas du tout mais que j’apprends à connaître et à aimer de jour en jour, tant j’y retrouve mes valeurs, chères à celle que je suis à savoir une femme, libre, et médecin.
Alors j’ai pris goût, via des anecdotes de ma vie quotidienne, à dépeindre, vue de mon humble lorgnette, cette société que l’on ne connait pas et pourtant que le tout un chacun se permet de juger sans vergogne.
Ma dernière histoire en date du 23 février au soir
Je suis alors de garde jusque 23h dans un centre d’urgences pédiatriques dans le centre du pays.
Se présente à moi une ado qui vomit non-stop depuis 24h, fatiguée et un peu déshydratée. En revanche, elle est accompagnée d’une mère casse-tête du plus haut niveau, et ça aussi il faut savoir le gérer en pédiatrie en plus de l’enfant malade. Bref je lui prescris un médicament anti vomitif et une perfusion pour la réhydrater. Toutes les trois minutes, la mère frappe à ma porte pour me dire que sa fille a tel et tel nouveau symptôme et est au bord du clapotage. Je vais quand-même vérifier l’état de l’enfant ayant toujours appris, en pédiatrie, à faire confiance aux mères. Après avoir rassuré la mère, je réussis à l’envoyer chez l’infirmier Ahmed, de garde avec moi ce soir-là, pour recevoir son traitement.
Au même moment, se présente un garçon de six ans, Assaf, en vraie gêne respiratoire. Pour le coup, il est en réelle détresse respiratoire, c’est le genre d’enfant qui peut faire un arrêt respiratoire (puis un arrêt cardiaque…) en quelques secondes. Donc là, il faut agir très vite. Je vais aussitôt chez Ahmed (l’infirmier) qui gère déjà l’enfant qui vomit. Je lui indique mes instructions de traitement pour le petit garçon dont l’état s’avère bien plus instable. Ahmed s’exécute directement et met en place le traitement dans la minute. Je lui demande aussi de commander une ambulance pour le faire hospitaliser au plus vite et qu’il soit près d’une antenne de réanimation au cas où…
Ambulance commandée .
Vomisseuse perfusée.
Rien à dire.
Voilà le vrai Israël
Au bout de quinze minutes, on note une réelle amélioration de l’état respiratoire du petit Assaf. Et au bout d’une heure, ma vomisseuse a retrouvé le sourire et mange une banane. Assaf nous quitte pour l’hôpital, son état est stabilisé.
Je prépare la sortie de la jeune fille, arabe israélienne ; à la sortie, les parents me disent « merci Docteur, tu as été formidable ». Je les remercie du compliment, sans prêter plus attention à la situation qui venait de se dérouler, car c’est somme toute une situation banale ici. Je me dis : « C’est bon, les enfants rentrent en bonne santé mais il faut se le dire, c’est grâce à Ahmed qui a été remarquable à gérer en même temps deux patients nécessitant des soins urgents, dans le calme et avec grand professionnalisme. » Je vais le voir et lui dis : « Merci Ahmed, tu as été formidable ! Tu as très bien géré la situation, c’est un vrai plaisir de travailler avec toi »
Lui : « Merci Lior, merci beaucoup. »
Une heure et demi à travailler main dans la main avec Ahmed, à savoir une médecin juive israélienne et un infirmier arabe israélien, à nous occuper d’une enfant arabe israélienne et d’un enfant juif israélien. C’est la banalité en Israël… sachez-le.
Et pour clôturer l’histoire, des parents arabes israéliens qui remercient la médecin juive et la médecin juive qui remercie son infirmier arabe. La boucle est bouclée. CQFD, voilà Israël n’en déplaise à ceux qui nous condamnent à longueur de journée.
En quittant ma France pour Israël, je n’ai rien perdu de mon humanité. Tout au contraire, j’y ai découvert la tolérance, l’entraide, la solidarité ; surtout j’y apprends le courage de se battre pour ses valeurs. L’humble médecin que je suis pense précisément que ceux qui ont perdu leur humanité sont ceux qui n’arrivent plus à réagir et à hurler de colère et de douleur face à la barbarie qui frappe les Israéliens depuis le 7-Octobre, ceux qui n’arrivent pas à sortir du silence pour nous soutenir face à tant d’IN-humanité et d’actes barbares.
Être humain c’est savoir réagir et continuer le combat contre ceux qui pourrissent notre monde à coups d’attentats, de décapitations et de viols, ceux qui éventrent des femmes enceintes, nous prennent en otages – dont noss enfants qu’ils assassinent cruellement…
Être humain, pour la pédiatre que je suis, c’est lorsqu’on apprend ce qu’ont vécu Ariel, Kfir et Shiri Bibas, et que ne pouvant plus se taire, on hurle de douleur et on laisse enfin exploser ses larmes. Être humain, c’est ne pas avoir peur d’être aux côtés de ceux qui combattent la barbarie, précisément comme nous autres Israéliens.
Je suis le Dr Lior B, je suis pédiatre franco-israélienne et je suis fière des valeurs humanistes et du courage que m’inspirent les Israéliens dans mon quotidien. Comme la majorité de mes compatriotes, je sais faire la part des choses, reconnaître qui sont les barbares, ceux avec qui jamais il ne faudra faire la paix car ils sont élevés dans la haine du Juif et resteront à jamais avides de notre sang, tout comme je sais m’occuper de TOUS les enfants, sans distinction ethnique, avec le même professionnalisme et la même empathie, et travailler main dans la main, avec reconnaissance envers ceux qui nous respectent, quelle que soit leur origine, et respectent notre droit à exister. Je suis pédiatre, franco-israélienne et je n’aspire qu’à la paix, mais pas à n’importe quel prix…
Rien ne va plus entre DAZN et la LFP qui commencent à engager des procédures judiciaires l’un contre l’autre, malgré les tentatives de réconciliations progressives du diffuseur.
Le fameux litige opposant le principal diffuseur de notre Ligue 1 à la Ligue de football professionnel (LFP) n’est pas réglé. La plateforme anglaise, qui a pour ambition mondiale de devenir le Netflix du sport en ne diffusant que des évènements sportifs – acquis pour la plupart à vil prix – rencontre en France des difficultés qui mettent en péril sa réputation.
Tensions multiples
Le 12 février, la LFP a assigné en référé DAZN (prononciation argotique anglaise de « the zone », en français « la zone ») devant le tribunal de commerce de Paris. La plateforme séquestre la moitié du dernier versement de 70 millions € qu’elle doit à la Ligue. Il est vrai que ses quelque 500.000 abonnés actuels ne permettent pas de rembourser les droits TV chèrement acquis de la Ligue 1, achetés pour 400 millions € la saison et la diffusion de huit matchs sur neuf. La plateforme ne fait pas de bénéfice, et peine à croire que son objectif de 1,5 million d’abonnés sera atteint d’ici décembre 2025… Elle accuse les clubs et la Ligue de ne pas avoir suffisant agi en sa faveur. Mais n’oublions pas non plus qu’un abonnement à 30€/ mois reste extrêmement élevé, surtout pour voir s’affronter des équipes qui n’ont pas forcément une grande renommée à l’international, mis à part le PSG et l’OM (quand ils sont en forme…). Oui, personne n’est vraiment attiré par le spectacle d’un Strasbourg-Brest qui se solde par un superbe 0-0 et cumule 3 tirs cadrés en 90 minutes ! Ce manque de compétitivité a d’ailleurs valu à notre championnat national le surnom peu glorieux de « farmers league » (littéralement « ligue des fermiers » ou « ligue de paysans ») de la part d’Anglais médisants. Pas très flatteur…
Une semaine plus tard, DAZN a à son tour assigné la LFP devant le tribunal de commerce, lui réclamant 573 millions d’euros pour « tromperie sur la marchandise » (préjudice que DAZN estime à 309 millions €), et pour « manquements observés » (estimés eux à 264 millions €), notamment en matière de lutte contre le piratage. Le diffuseur prétend que les chiffres avancés par la Ligue lors de la vente sont trop éloignés de la réalité. Cependant, DAZN ne compte pas mettre fin à son contrat pour la diffusion du championnat signé pour la période 2024-2029. D’ailleurs, les démêlés hexagonaux récents n’ont pas découragé Leonard Blavatnik, le principal actionnaire, qui a injecté 787 millions € en plus dans la plateforme en janvier. Et Shay Segev, le PDG, a annoncé en février l’entrée au capital de la plateforme de SURJ Sports Investment, filiale sportive du Fonds d’Investissement Public de l’Arabie saoudite, pour un montant de participation estimé à un milliard de dollars. Ces dirigeants ne se sont pas exprimés sur la situation de notre championnat, c’est Brice Daumin qui est prié de régler seul le problème français.
Le directeur général France de DAZN a assuré que la plateforme avait pour ambition de rester le diffuseur du championnat français au moins jusqu’en 2029. Dans des confidences faites au Figaro, il avance des pistes, convaincu que « le produit Ligue 1 doit s’améliorer pour devenir plus attractif » et est persuadé « que l’on peut faire beaucoup mieux en termes de promotion et d’attractivité de la Ligue 1 ». Il rappelle que sa chaîne a prouvé sa bonne volonté quant aux nombreuses plaintes vis-à-vis du prix exorbitant de l’abonnement initial, lequel n’est que « le prix d’un restau le vendredi soir », selon Laurent Nicolin, président du club de Montpellier (MHSC). Brice Daumin a indiqué que « depuis le 10 septembre, nous sommes à 20 euros. (…) D’ici la fin février, nous lancerons une offre supplémentaire à 10 euros par mois pour les moins de 26 ans ».
Une clause du contrat permettrait à la LFP de chercher un nouveau diffuseur dès décembre 2025, mais Brice Daumin indique que « nous n’avons aucun intérêt à activer cette clause. Le seul sujet qui nous anime, c’est la construction dans la durée. Beaucoup de sujets peuvent être mieux travaillés afin de valoriser le football français ». DAZN aurait donc pour intention de régler au plus vite le litige avec la LFP, et entendrait proposer de nouveaux formats pour valoriser le championnat (micros sur les arbitres, caméras dans les bus ou dans les vestiaires par exemple…). Et malgré une récente assignation en justice de la LFP contradictoire, Brice Daumin l’assure : « On ne résout jamais rien devant un tribunal » !
De son côté, alors qu’elle est déjà fort occupée par des tensions entre dirigeants de clubs ainsi que par la colère des supporters (amendes multiples, fermetures de tribunes, interdictions de déplacements…), la Ligue n’a aucun intérêt à rompre son contrat avec la plateforme anglaise. Après les déconvenues Canal + ou Amazon Prime, trouver encore un nouveau diffuseur serait une gageure.
Cette saison, la victoire du championnat français semble assurée pour le PSG. Après 23 journées jouées sur 34, le club de la capitale a déjà 13 points d’avance sur son dauphin, l’Olympique de Marseille. Mais, pour les amateurs français de foot et de suspense, une autre question reste donc en suspens cette année : qui acceptera de payer les millions de la Ligue 1 ?
L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac est un concurrent « présentable » de Jean-Luc Mélenchon dans la chasse aux voix de la « nouvelle France ». Ses positions récentes – que la bonne presse présente comme « nuancées » – sur l’Algérie ou Israël sont en réalité très controversées.
Dominique de Villepin assure, sur l’Algérie, que Bruno Retailleau fait de l’ « amateurisme ». Mais l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac se prévaut moins d’une analyse des faits que d’une posture idéologique. Il suffit d’observer ses soutiens auprès de la gauche islamophile et antisioniste pour s’en convaincre. Villepin reproche au ministre de l’Intérieur de vouloir engager l’épreuve de force avec le régime algérien, qui refuse de reprendre ses indésirables. Retailleau a répondu qu’il se fichait « comme de sa première chemise » de ce rappel à l’ordre.
L’homme de droite préféré des mélenchonistes
Toutefois, le fait politique est moins dans cette polémique que dans l’écoute que reçoit celui qui fut aussi ministre des affaires étrangères. Villepin est aujourd’hui propulsé en deuxième position, derrière Marine Le Pen, dans le palmarès des personnalités politiques préférées des Français (sondage Cluster 17 pour Le Point). Dans le sondage Ifop-Fiduciaire pour Paris-Match et Sud-Radio, paru hier, il arrive en tête. Dans les deux enquêtes, il reçoit les faveurs de la gauche socialiste et mélenchoniste. Or cette image avantageuse n’est pas le résultat des expertises diplomatiques dont l’intéressé se flatte pour rabrouer le ministre de l’Intérieur. Villepin, qui teste sa candidature présidentielle, récolte plus banalement les fruits de ses exaltations pro-immigration, pro-arabe, pro-islam, pro-Palestine, pro-Alger, pro-Qatar, etc… Et anti-israélienne. Après le 7-Octobre, il avait accusé le gouvernement Israélien de porter la responsabilité du massacre anti-juifs commis par le Hamas. Il s’annonce comme le concurrent, plus présentable, de Jean-Luc Mélenchon dans la chasse aux voix de la « nouvelle France ». C’est à l’aune de cette trahison d’un clerc que se mesure l’assaut anti-Retailleau.
Le terrain choisi mérite à coup sûr plus d’un débat. La politique doit-elle accompagner la mutation multiculturelle de la nation, en l’ouvrant toujours davantage à l’immigration musulmane, au grand remplacement et à l’influence islamiste ? Villepin, né au Maroc comme Mélenchon, en est persuadé.
La politique doit-elle au contraire stopper la disparition programmée de la France française en mettant un terme à l’immigration de peuplement, aux intimidations de l’islam conquérant et en réhabilitant un processus d’assimilation ? C’est l’option défendue, notamment, par Retailleau. Seuls les Français seraient aptes à trancher entre ces deux visions. Mais pour l’instant, le statu quo immigrationniste s’impose au peuple. Quand le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (MoDem), estime, hier sur BFMTV, que Villepin « est un grand ministre des Affaires étrangères », il cautionne en creux sa vision d’une société sous influence de la « rue arabe », y compris en France métropolitaine.
Ce mercredi, le Conseil interministériel de contrôle de l’immigration se tiendra à Matignon. Il examinera, en riposte aux provocations d’Alger qui a pris Boualem Sansal en otage, les possibles mesures de rétorsion contre l’« État voyou » (Éric Ciotti, ce matin sur Europe 1) et ses dignitaires. Mais aucun consensus n’existe au sommet de l’État. Le poids démographique de la communauté musulmane en France est devenu un élément politique. Plus le référendum sur le choix de société (ouverte, fermée ?) sera repoussé, plus Villepin aura raison.
La France insoumise a dénoncé le refoulement de la députée européenne Rima Hassan par Israël lundi. Elle voulait se rendre en Cisjordanie avec sa délégation. Le député islamo-gauchiste Thomas Portes a notamment réagi: «Une fois de plus Israël se comporte comme un État voyou (…) La Palestine vivra, toujours. Nous ne baisserons jamais les yeux face aux criminels de guerre israéliens et leurs télégraphistes». Analyse.
À l’aéroport Ben Gourion, les autorités israéliennes ont refusé l’entrée de Rima Hassan, militante engagée pour la cause palestinienne. Officiellement, pour des raisons de sécurité. Officieusement, pour prévenir toute tentative de délégitimation de l’État. Israël, comme tout pays souverain, contrôle ses frontières et choisit qui peut entrer. Dans un contexte de tensions persistantes, laisser pénétrer sur son sol des figures perçues comme hostiles est vu comme un risque. Pour le gouvernement, ce n’est pas une censure, mais une nécessité stratégique dans une guerre qui ne se joue pas seulement sur le terrain, mais aussi dans les discours.
Rappels historiques et idéologiques
En effet, le conflit israélo-palestinien est souvent présenté de manière simpliste comme l’histoire d’un « peuple privé de sa terre ». Mais cette lecture ne tient pas face à la réalité historique. Avant l’établissement de l’État d’Israël, la région de la Palestine n’était pas une entité nationale indépendante, mais un territoire intégré à l’Empire ottoman, où cohabitaient différentes communautés : des Arabes organisés en tribus ou clans, des chrétiens, des juifs, et d’autres groupes divers. Il n’existait pas, à proprement parler, de conscience nationale palestinienne telle qu’on la conçoit aujourd’hui. Pour le monde musulman, cependant, la création d’Israël a été perçue comme un coup de force occidental en plein cœur de l’Oumma. Ce territoire, vu comme un espace musulman, se retrouve soudainement transformé en un État souverain juif, soutenu par les puissances occidentales. L’implantation d’Israël, dans cette vision, ne symbolise pas seulement une perte territoriale, mais une humiliation profonde infligée par ce même Occident qui, depuis les croisades, est vu comme l’agresseur historique.
La cause palestinienne est ainsi devenue un drapeau politique, un symbole de résistance. Mais derrière cette façade de lutte territoriale se cache une dynamique bien plus ancienne : celle d’une revanche attendue depuis des siècles, nourrie par le souvenir des croisades et les défaites historiques face à l’Occident. Ce conflit est instrumentalisé par certains acteurs qui y voient un moyen d’alimenter un esprit de revanche contre une domination perçue comme étrangère et illégitime. L’existence d’un État juif, souverain et prospère, au cœur du monde musulman est vécue par certains comme une provocation insupportable, une blessure symbolique. Cette vision n’est pas seulement politique, elle est profondément ancrée dans des récits religieux où le destin des Juifs est souvent perçu à travers le prisme de l’infériorité spirituelle ou de la punition divine. Pour le monde arabo-musulman et en particulier pour les palestiniens, Israël n’a pas seulement usurpé un territoire : il représente une anomalie à effacer.
La volonté constante de délégitimer Israël
L’Europe, quant à elle, s’est enfermée dans un cycle de culpabilité. Après la Shoah, le soutien à Israël semblait une évidence morale. Mais ce soutien s’est progressivement effrité, noyé sous une autre forme de repentance : celle de l’époque coloniale, de l’impérialisme, et des abus commis à l’encontre des peuples du Sud. Les élites intellectuelles et politiques européennes se sont engouffrées dans une logique d’auto-flagellation permanente. Les crimes coloniaux, l’esclavage, et les injustices du passé ont façonné un discours de repentance qui, aujourd’hui, pousse certains dirigeants à voir dans la cause palestinienne un miroir des anciennes oppressions. Cette obsession du mea culpa a fini par créer un climat où l’Europe semble parfois prête à sacrifier ses propres principes pour expier ses fautes passées. S’ajoute à cela un mélange d’idéologies : un christianisme vidé de sa substance, devenu un humanitarisme sans colonne vertébrale, un marxisme recyclé qui voit dans les populations musulmanes un nouveau prolétariat à défendre contre un Occident présenté comme oppresseur éternel. Cette dynamique conduit à une forme de soumission intellectuelle face à des revendications qui, parfois, ne relèvent pas des droits humains mais d’un agenda politique hostile à Israël.
L’expulsion de Rima Hassan de l’aéroport Ben Gourion n’est pas un simple incident, mais un rappel de la détermination d’Israël à ne pas offrir de tribune à ceux qui cherchent à délégitimer son existence. Derrière les arguments de liberté d’expression brandis par ses soutiens, c’est une stratégie bien rodée qui vise à faire du combat contre Israël un levier politique, s’inscrivant dans une longue tradition de remise en cause de la souveraineté de l’État hébreu.
Cette tentative avortée illustre ainsi un constat plus large : les adversaires d’Israël ne cherchent pas une simple reconnaissance des droits des Palestiniens, mais la remise en cause même du principe d’un État juif. Dans ce combat où la propagande joue un rôle clé, la réalité géopolitique s’efface au profit d’un récit victimisant, conçu pour attiser l’émotion plutôt que d’apporter une solution viable. Israël, conscient de cette guerre d’image, ne peut se permettre d’offrir le moindre terrain à ces opérations médiatiques déguisées en actes militants.
Intégrés ou non, les Algériens de France sont tiraillés entre leur pays d’accueil et leur pays d’origine. Cette schizophrénie identitaire est amplifiée par les discours indigénistes ou les diverses pressions exercées par le « groupe » pour contrôler la vie sociale des individus
Ce texte est issu de mes conversations sur la diaspora algérienne en France avec des amis ou élèves dont le regard est subjectif, mais éclairé par l’expérience vécue et le savoir universitaire. La dispute virulente actuelle entre Alger et Paris ravive des blessures anciennes, nourrit des préjugés et influence profondément la perception qu’ont les membres de la diaspora algérienne en France de leur avenir dans ce pays, ainsi que de leur lien avec la terre de leurs ancêtres. Cette situation complexe découle d’une histoire douloureuse, marquée par la colonisation, les luttes pour l’indépendance, des relations bilatérales souvent conflictuelles, mais aussi – voire surtout – de presque soixante ans de « vivre ensemble » en France.
Les parents d’Amina, cadre supérieure dans la fonction publique, ont quitté la cité où ils vivaient pour offrir à leurs enfants de meilleures chances scolaires et professionnelles. Elle-même a traversé des épreuves personnelles, notamment une première union marquée par la violence d’un conjoint issu de son milieu d’origine. Aujourd’hui, son combat, dit-elle, est celui de l’émancipation des femmes. Pour elle, la France est trop complaisante avec le gouvernement algérien : « La France devrait se montrer plus ferme : restreindre les visas, cesser de plier face aux injonctions et affirmer clairement sa position. » C’est qu’Amina s’inquiète des répercussions en France de la politique d’Alger : montée du racisme, tensions communautaires accrues et durcissement des relations sociales. Attachée à ses racines, Amina reste pessimiste sur l’avenir de l’Algérie. « Là-bas, ils sont embourbés », dit-elle, évoquant la corruption et l’absence de perspectives. Elle revendique toutefois une identité multiple : « Je suis musulmane de naissance, ou plutôt orientale, fière de mes origines. Algérienne de naissance, mais française. Ma mère m’a appris que c’était un privilège pour moi d’être née en France. »
Cependant, certains de ses positionnements, notamment sur la religion ou la Palestine, sont difficiles à exprimer, même au sein de sa famille : « On te regarde comme une paria, une Arabe en chocolat. » La cause palestinienne est un pilier identitaire. Dévier de la doxa sur cette question est rarement toléré, y compris au sein des familles.
Le regard d’Amina : entre émancipation et inquiétudes
On touche ici au ciment invisible de cette diaspora : la pression sociale exercée par le groupe, que ce soit la famille, la rue, le quartier, voire l’Algérie elle-même. Les individus restent profondément influencés par les jugements collectifs.
Amina affiche les attributs de l’intégration accomplie. Mais justement, sa manière bourgeoise de s’habiller, sa liberté d’allure suscitent critique et mépris. « Tu es une sorte de Rachida Dati », lui dit-on. Rappelons que Madame Dati est d’origine marocaine, l’évoquer dans ce contexte a donc un double sens (antimarocain et antifrançais). L’identité « beur » est loin d’être un bloc.
J’ai d’ailleurs entendu cette remarque cinglante : « La France veut nous mener par le petit doigt. On n’est pas des tarlouzes comme les Marocains, vendus à la France et aux Israéliens. » Cette phrase est révélatrice du statut du « Marocain » considéré comme un « autre ». Elle traduit aussi la persistance d’un code d’honneur en vertu duquel dévier de la ligne dictée par l’Algérie serait la marque d’un déficit de virilité, autrement dit d’un penchant homosexuel, cette « masculinité efféminée » étant associée à la « marocanité ».
Amina n’est pas la seule à résister à la tentation victimaire, si répandue, selon elle, chez les Algériens français. Une minorité commence à s’exprimer, écœurée par le discours décolonial. Médecins de ville, infirmiers libéraux, avocats, ils sont nombreux à craindre que la pusillanimité du gouvernement français face aux rodomontades du président Tebboune mette en péril des positions socioéconomiques péniblement acquises. D’ailleurs, comme ses parents qui ont quitté leur cité pour leurs enfants, Amina, inquiète pour l’avenir de son fils en France, envisage de l’envoyer vivre et travailler en Asie, qu’elle perçoit comme une contrée plus sûre. Pas sûr qu’elle le fera, ni que son fils l’accepte, mais envisager une deuxième émigration en rupture avec l’ancienne et la nouvelle patrie traduit peut-être une volonté de permettre à son enfant de rompre avec le groupe et de faire des choix libres.
Djamila : une double appartenance assumée, entre France et Algérie
Djamila, coach en entreprise, née dans une banlieue lyonnaise, ne veut pas choisir : « L’Algérie, c’est ma mère, et la France mon père. Je suis française pour la vie, et algérienne pour l’éternité. » Cette dualité ne la trouble pas particulièrement. Elle se projette de part et d’autre des rives de la Méditerranée. Un jour, elle espère faire profiter l’Algérie de son savoir acquis dans les grandes écoles de commerce françaises.
Cependant, elle est bien consciente de la persistance de certains préjugés : « On me dit toujours que je ne suis pas une Arabe comme les autres. En réalité, mes compatriotes français ne connaissent pas vraiment les gens issus de l’immigration. Ils ne se fréquentent plus. On nous classe tous par catégories, et cela nourrit une diabolisation réciproque. »
Djamila estime que les Franco-Algériens sont pris en étau : « Les Français nous considèrent comme des pièces rapportées, pas vraiment des Français, donc. » Cependant, elle reconnaît que ces représentations n’arrivent pas de nulle part : « Il faut dire que les religieux des mosquées et des réseaux sociaux instrumentalisent un islam guerrier qui n’est plus celui de mon père. Certains parents gavent leurs enfants de religion dès leur plus jeune âge, et les réseaux sociaux ne font qu’en rajouter. » Elle n’aime pas non plus la mode du « wesh wesh » chez les jeunes, qu’elle associe à une allégeance aveugle à des prêches dogmatiques : « Ils ne cherchent pas plus loin. Ils n’ont pas de recul dans les cités. Ils avalent n’importe quoi. C’est toujours le complot sioniste ou la guerre contre l’islam. » Pour elle, le Coran ne doit pas être appliqué au pied de la lettre. « Mes parents n’ont rien exigé de nous en matière de religion. Ça nous chagrine, ce qui se passe aujourd’hui. Cela réveille les vieux démons de la première génération. Les passions ne sont pas apaisées, et les gens ont peur de ce qui pourrait arriver. » Cependant, Djamila demeure optimiste : « Moi, j’œuvre pour le bien commun. » Je connais bien Djamila. C’est mon amie, sincère jusqu’au bout des ongles. Oui, elle aime profondément ce pays qui l’a vue naître, mais elle adore également les couleurs et les senteurs de la Méditerranée : l’Algérie bien sûr, mais aussi Nice, Marseille, et pourquoi pas, un jour, Tel-Aviv.
Rachid, ancien braqueur réhabilité et figure autrefois emblématique du grand banditisme, a passé de nombreuses années en prison. Aujourd’hui, il observe avec amertume la déglingue des quartiers populaires et ne se fait aucune illusion quant à leurs causes. « Le racisme pour ces jeunes d’origine algérienne, c’est une évidence. Ils disent tout le temps que les “Français” ne veulent pas de nous chez eux et que nous, les rebeus, on n’est chez nous que dans nos quartiers. »
Rachid critique le regard paternaliste des institutions françaises et adhère à certains aspects de l’idéologie indigéniste, qui gagne du terrain parmi les jeunes. Cela s’entend dans son langage : « L’interdiction du voile, c’est encore le colon qui impose ses lois au colonisé. »
Marqué par son passé tumultueux, Rachid exprime une profonde compréhension pour les jeunes en difficulté ou délinquants qu’il côtoie dans son travail de médiateur. « Ces cailleras manquent d’amour, que ce soit en famille ou dans la société. Stigmatisés de partout, ils cherchent une reconnaissance – et pourquoi pas ? – dans la délinquance ou même dans le terrorisme. À défaut d’être des héros positifs, pensent-ils, soyons des héros négatifs. » Bref, conclut-il, « ces jeunes ont raison, ou au moins raison d’avoir tort »…
Beaucoup de mes interlocuteurs ont du mal à critiquer l’Algérie et son gouvernement devant des « étrangers ». Tous connaissent pourtant les dysfonctionnements et l’absence de démocratie qui caractérisent la société algérienne. La plupart retournent souvent au pays et peuvent comparer ce qu’ils y voient avec la société française, souvent au bénéfice de cette dernière. Mais il y a l’honneur, la fierté algérienne. Celui qui ose critiquer l’Algérie à l’extérieur du groupe ou dans les médias est vu comme un traître et subit les sanctions du groupe : insultes, menaces, voire violences.
Malgré leur réussite, les membres de la petite bourgeoisie algérienne installée en France doivent composer avec des barrières culturelles et sociales persistantes, des obstacles qu’ils entretiennent parfois eux-mêmes. Les sujets sensibles – comme l’égalité des sexes, l’antisionisme ou encore l’interdiction du voile – révèlent une intégration encore incomplète, marquée par des écarts entre générations et milieux socioéconomiques.
Amina, par exemple, constate des contradictions au sein même de sa famille : « Ils ont réussi leur intégration sociale et professionnelle, mais eux aussi sont touchés par l’idéologie indigéniste. Ils sont farouchement antisionistes. » Une version plus sophistiquée de cette idéologie circule dans cette intelligentsia, mais le leitmotiv reste le même que celui de Rachid : c’est « leur » faute.
Entre les « Rachid » et les « Amina », ces tensions subtiles créent une distance croissante. Une élite en pleine « intégration compliquée » entend se distinguer de ceux qu’elle désigne comme « les jeunes » ou carrément « les cailleras ». Amina veut échapper à la schizophrénie collective des Franco-Algériens. Lorsqu’elle parle de la diaspora, elle évite le « nous » et dit « ils » ou « eux », eux qui sont frustrés de voir que ce « pays d’origine dont ils sont si fiers est fracturé entre Alger, Oran, la Kabylie et quasi colonisé par la Chine ». Alors, conclut-elle, « ils » se fabriquent une identité communautaire qui leur offre un semblant d’appartenance.
Un équilibre fragile entre intégration et repli communautaire
Pour de nombreux Franco-Algériens, le tiraillement identitaire est amplifié par les pressions exercées sur ceux qui osent penser en dehors des limites tracées par le contrôle social, auquel beaucoup restent sensibles. La crainte des représailles est omniprésente : intimidations, surveillance ou même arrestations lors de leurs visites en Algérie, où ils conservent des attaches familiales, des amitiés et souvent une maison au bled. Le malheur de Boualem Sansal, homme célèbre, peut frapper un simple quidam…
Ils redoutent également les réactions de leurs proches restés « là-bas ». « Tout le monde est chaud », dit Rachid, évoquant les tensions exacerbées par des discours politiques inflammatoires.
Amina, Djamila et Rachid ne représentent qu’eux-mêmes. Mais au-delà de ces cas singuliers, loin des discours officiels et des postures, la diaspora algérienne en France est prise entre deux feux : d’un côté, un pouvoir algérien qui l’instrumentalise pour maintenir un outil d’influence en France ; de l’autre, la société française à laquelle beaucoup de Franco-Algériens attribuent tous leurs problèmes, trouvant en elle un alibi tout-terrain. Reste une communauté qui a besoin de reconnaissance pour trouver son équilibre identitaire. Il est urgent d’avoir avec elle un dialogue honnête qui doit nécessairement commencer des deux côtés par une autocritique et une reconnaissance des apports positifs de l’autre. Mais il faut aussi qu’au sein de cette diaspora si plurielle, chacun ait la liberté de s’émanciper du « groupe » et de ses exigences. Faute de quoi le fantasme de la cinquième colonne risque de se muer en prophétie autoréalisatrice.
Au fil de leur expansion, les États-Unis ont souvent bénéficié d’un heureux concours de circonstances, tout en développant un véritable « art du deal » pour agrandir leur territoire. Ces événements historiques expliquent pourquoi les déclarations surprenantes de Trump sur un éventuel achat du Groenland, le canal de Panama ou encore le Canada ne semblent pas si absurdes aux yeux de nombreux Américains.
Panama, Canada, Groenland… Folie des grandeurs, ou calcul géopolitique? Les déclarations tonitruantes de Donald Trump laissent les Européens pantois. Ils n’ont encore rien vu…
Tout le monde s’interroge. Est-il devenu fou? Est-il un agent de Poutine? Désinformé par ses conseillers? Inculte et ignare? Un Néron du Nouveau monde et des temps modernes? Ou tout simplement un président américain bien décidé à redéployer tous azimuts la puissance des États-Unis?
De fait, pour de nombreux Américains, rien ne les choque, tant ces visées s’inscrivent dans le prolongement de leur propre histoire nationale et contiennent une certaine logique.
Revenons en arrière, de quelques décennies seulement…
Peu après la création des États-Unis, l’expansion vers l’Ouest s’imposa comme une idée simple.
Au grand soulagement de Washington et Jefferson, Louis XVI, dans une déclaration qui ne manquait pas de noblesse, avait d’emblée fait savoir que la France ne rechercherait pas une quelconque expansion territoriale en échange de son aide à bouter les Anglais de leurs 13 colonies. Il eût été pourtant assez légitime de réclamer la restitution du Canada français, lâché seulement 20 ans auparavant… D’ailleurs le bon Benjamin Franklin avait salué cette magnanimité, assez peu courante dans les relations internationales.
Nombre d’Américains loyalistes de la couronne britannique se réfugièrent au Canada, que les expéditions militaires envoyées par George Washington n’avaient pu approcher, et figurent parmi les aïeux des “anglos” canadiens d’aujourd’hui. La frontière resta de très longues années assez floue, et les États-Unis s’accommodèrent de la présence de ce dominion anglais, sans toutefois que la question fût définitivement enterrée – nous le constatons aujourd’hui.
L’achat de la Louisiane et l’expansion vers l’ouest
Jefferson, une fois élu président en 1801, à la suite de John Adams qui était peu francophile, commença à s’intéresser à l’immense territoire à l’Ouest, nominativement mais légalement français. Notre premier Consul Bonaparte s’étant cassé les dents à Saint-Domingue (qui deviendra Haïti), ayant besoin d’argent pour financer une guerre sur le point de se déclarer, et réalisant qu’il était illusoire de vouloir se maintenir dans un territoire aussi immense que la Louisiane, qu’il avait pourtant récupéré des Espagnols en 1800, se décida avec Talleyrand de se débarrasser de cette possession… et y consentit pour $15 millions de l’époque, soit moins de $400 millions d’aujourd’hui, une pitance (pour s’en faire une idée, l’Empire State Building a changé de main en 2013 pour près de 2 milliards!). Le diable boiteux et son collaborateur Barbé-Marbois, ancien ambassadeur à Washington, ministre des Finances, et qui finira à la Cour des Comptes, touchèrent l’un une commission d’agents immobilier, pour rester poli, l’autre un “bonus” tout à fait transparent octroyé par le Premier Consul. Ainsi, le traité fut signé le 30 avril 1803, et la rupture de la Paix d’Amiens eut lieu le 18 mai de la même année.
Les négociateurs américains à Paris, James Monroe (qui deviendra président des États-Unis de 1817 à 1825 et qui énonça la fameuse Doctrine éponyme), et James Livingston (un des Pères Fondateurs de la nation américaine, signataire de la Déclaration d’Indépendance) furent surpris par cette décision française de tout brader. Ils ne s’attendaient pas à une cession aussi totale et aussi généreusement proposée… D’un seul coup, les États-Unis doublèrent de superficie! Les lenteurs des correspondances avec le président Jefferson et le Congrès étaient telles, qu’ils prirent sur eux de conclure le marché. De fait, jamais dans l’histoire du monde une transaction d’une telle ampleur n’avait eu lieu.
Fresque Murale, United States Capitol, Cox Corridor, Washington DC, Architect of the Capitol, DR/
Pour les Américains, ce fut vraiment le début de l’affirmation de leur puissance émergente sur l’échiquier mondial, un grand bond en avant géographique, la découverte d’un vaste continent qu’ils se sentaient appelés, assez naturellement, à régenter.
De fait, nombreuses sont les villes américaines aux racines françaises qui commémorent le Louisiane Purchase, alors que les Français l’appellent La Vente de la Louisiane. De nombreuses stèles et plaques disséminées sur un territoire grand comme l’Europe, rappellent aux passants cet événement capital dans l’essor des États-Unis.
Jugez-en: pas moins de 15 États (sur 50) sont issus de cette transaction: l’Arkansas, l’Iowa, le Kansas, la Louisiane, le Missouri, le Nebraska, l’ Oklahoma, ainsi que des territoires situés dans les Etats actuels du Colorado, Minnesota, Montana, Nouveau Mexique, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Texas, et Wyoming actuels, excusez du peu!
Le sud-ouest et le Pacifique:
Une fois cette acquisition digérée, ce fut au tour des Espagnols et de leurs successeurs mexicains d’être évincés, afin de faire de la place au flot roulant des vagues d’immigrants, Européens qui se succédèrent sans discontinuer, par centaines de milliers, à partir des années 1840. Bons princes, ces derniers gardèrent les noms espagnols de pratiquement toutes les localités de Californie, de l’Arizona, du Nevada et du Nouveau Mexique. Le coût de ces acquisitions territoriales? Hormis quelques expéditions militaires, rien qui ne mit en péril les finances de cette république conquérante. Le Pacifique était atteint, Columbia était pleinement chez elle. Mais cela ne suffit pas.
L’Alaska:
Vint l’opportunité d’acheter l’Alaska en 1867. Ces quelques arpents de neige avaient-ils un quelconque intérêt? Pourquoi diantre s’y intéresser? Comme dira des décennies plus tard l’inénarrable Sarah Palin, tant moquée pour sa remarque ingénue : “Mais pardi, je vois la Russie depuis ma fenêtre!..” Sachant que les colons russes s’avançaient un peu trop près du nord de la Californie (non, l’ours sur son drapeau n’a rien à voir avec la mascotte russe), il convenait d’y mettre le holà, d’autant plus qu’on s’était arrangé avec les cousins britanniques pour définir à la corde une frontière commune allant jusqu’au Pacifique.
Autant donc mettre les choses au carré avec le Tsar Alexandre II, qui était dans une position financière difficile à la suite de la guerre de Crimée, et ne pouvant pas défendre ce territoire lointain contre les Anglais: cet immense territoire grand comme trois fois la France fut donc acheté pour la maigrelette somme de 7 millions de dollars ($130 millions de nos jours, le quart de la valeur de Trump Tower!) sous la présidence d’Andrew Jackson, un Démocrate du Sud qui succéda à Abraham Lincoln.
Deal! Ainsi fut fait, à moins d’1 dollar (d’aujourd’hui) l’hectare, avec en sus le pactole en pétrole, découvert bien plus tard. Il faudra pourtant attendre un peu avant que l’Alaska ne devînt le 49e État de l’Union, sous la présidence du général Eisenhower, le 3 janvier 1959.
Hawaï
Hawaï fut obtenu à meilleur marché encore. Sous prétexte de difficultés faites aux businessmen américain, exit la reine Lili’uokalani. Cinq ans plus tard, le territoire fut purement et simplement annexé par le Congrès en 1898 pendant la présidence de William McKinley, un républicain (son prédécesseur démocrate Grover Cleveland hésitait). Le même McKinley annexa d’ailleurs Porto Rico, les Philippines, Guam, à la suite de la guerre contre l’Espagne. Hawaï deviendra le 50e État le 21 août 1959, toujours sous la présidence de “Ike”.
Tout ceci montre qu’il n’y a rien d’anormal, pour les Américains, de poursuivre cette “Manifest Destiny”, terme d’ailleurs inventé en 1845 John L. O’Sullivan, le rédacteur en chef d’un journal démocrate, The United States Magazine and Democratic Review.
Timbre-poste américain (v. 1953) commémorant l’achat de la Louisiane ; Barbé-Marbois (ministre des finances, qui finira à la Cour des Comptes) est représenté aux côtés de James Monroe et de Robert Livingston, Bureau of Engraving and Printing DR.
What comes next…
Quant on Groenland, entend-on souvent, qui peut raisonnablement penser que le Danemark sera un jour en mesure de le défendre des visées de la Russie? D’ailleurs, il a bien été sous la bannière étoilée pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que le Danemark étouffait sous la botte allemande. Pourquoi les Danois seraient-ils donc choqués? Financièrement aux abois, n’ont-ils pas vendu aux Etats-Unis les Îles Vierges en 1917 pour 25 millions de dollars-or! ($630 millions de nos jours, une mazette comparée au refinancement de 3,5 milliards de dollars du Rockefeller Center en plein centre de Manhattan).
Enfin, quant au canal de Panama, il a été financé et terminé par les Américains après l’abandon des Français. Jimmy Carter et son ambassadeur Ambler Moss se sont imprudemment dessaisis de cette artère stratégique du commerce mondial. Les Panaméens, poursuivent les thuriféraires de Donald Trump, n’ont pas respecté le traité en laissant les Chinois s’installer trop près des commandes du canal, il est donc tout à fait justifié d’en reprendre la contrôle.
Revenons au Canada, qui parait être la déclaration la plus farfelue, et apparemment la plus improbable, tant l’émoi a été vif à Ottawa. Pourtant, pour les Américains trumpistes qui regardent un planisphère, “it makes sense”, cela fait du sens. Les Canadiens de l’Ouest se sentent existentiellement plus proches de leurs voisins du Montana que des anglos de Toronto, ou bien davantage encore, de ces Frenchies du Québec. Les Européens paniqués peuvent s’émouvoir et prendre des sels, mais pour la nouvelle Administration MAGA, il n’y a guère de doute: la realpolitik est à l’œuvre, et elle joue dans la cour des grands.
De l’Usaid à l’agence de protection de l’environnement, on le sait, Elon Musk s’attaque à l’État fédéral et entend faire un maximum d’économies. Il agit au nom de Donald Trump. Le patron de SpaceX veut imposer ses méthodes utilisées précédemment chez Tesla ou Twitter. L’administration française doit s’en inspirer, estime notre contributeur.
La France est probablement la championne du monde de la bureaucratie. Les normes et les réglementations s’y multiplient étouffant de plus en plus les acteurs économiques que ce soient les agriculteurs, les chefs de petites, moyennes et même grandes entreprises, empêchant ainsi le pays d’avancer.
Pourtant, outre-Atlantique, sous l’impulsion de la nouvelle administration Trump, un puissant mouvement de débureaucratisation et de réduction des normes s’est constitué. Le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) a été lancé et Elon Musk nommé à sa tête. Ce dernier, bien qu’évoluant dans un contexte différent peut être un modèle pour l’hexagone.
C’est un secret de polichinelle d’affirmer que la France croule sous le poids des normes. Elles se sont multipliées ces dernières années : tous les codes ont pris de l’épaisseur. L’Institut de Recherches Economiques et Fiscales (IREF) expliquait en 2023 que depuis 2002, le volume du code de l’environnement avait augmenté de 689 %, le code du commerce de 365 %, celui de la consommation de 333 % et enfin la bête noire des entrepreneurs, le code du travail de 224 %. Par ailleurs, la charge administrative coûte 60 milliards d’euros par an à l’État selon des données de l’OCDE datant de 2007 soit environ 3 % du PIB.
Cette inflation normative est le résultat de deux phénomènes : une Union européenne en pleine dérive idéologique et technocratique depuis des années (dont le Pacte vert semble être la parfaite incarnation) ; et un État Français toujours plus enclin à rendre la vie des entrepreneurs infernale.
Des politiques ont été tentées à maintes reprises pour endiguer cette spirale infernale : les fameux « chocs de simplification ». Ils se sont tous soldés par des échecs cuisants.
Un vent de liberté en provenance d’Amérique
Cependant, en Amérique, un phénomène inverse a lieu. En novembre dernier, le président Trump nommait Elon Musk à la tête du DOGE. Officiellement fondé il y a un mois, ce dernier a pour but de réduire drastiquement le poids de l’État fédéral, détricoter des normes et fermer des agences qui coûtent cher au contribuable américain.
Et le chef d’entreprise s’est donné pour objectif ambitieux de réduire les dépenses fédérales de 2 000 milliards de dollars d’ici à 2026.
Aujourd’hui, les premiers résultats de cette politique commencent à porter leur fruit : des économies ont déjà été réalisées et, par exemple, les effectifs de l’Agence américaine pour le développement international sont réduits de moitié. Une bonne nouvelle quand on sait que l’agence faisait la promotion d’un agenda très à gauche. Le très sérieux think tank The Heritage Foundation écrivait d’ailleurs dans une note publiée le 10 février 25 que « sous la présidence de Barack Obama, les idéologies LGBT et climatiques ont été ajoutées. Le président Joe Biden a complété le tout avec le transgenrisme, exigeant que chaque programme d’aide à l’étranger promeuve ce ragoût radical qui sème la discorde, même lorsqu’il s’agit d’aide alimentaire à des réfugiés affamés ».
Un volontarisme qui a de quoi nous faire rougir nous Français.
La France à la croisée des chemins
Il n’y a plus de temps à perdre, la France doit regarder en face les réalités et s’inspirer de ce qui se fait actuellement de l’autre côté de l’Atlantique. Il ne s’agit pas nécessairement de devenir un fan absolu du chef du DOGE, mais de comprendre que seule une politique forte et déterminée pourra mettre un terme à l’empilement des normes en France. Plus que sa personnalité, la volonté et la rapidité d’Elon Musk doivent nous servir de modèle.
Au début des années 1980, alors que l’Amérique portait au pouvoir le républicain conservateur Ronald Reagan, chantre de la débureaucratisation, la France élisait un président socialiste. Ne reproduisons pas l’erreur une seconde fois. L’administration Trump dans son ensemble constitue une formidable opportunité, elle peut servir d’impulsion pour libérer les Français de l’univers kafkaïen dans lequel ils se trouvent.
Bien sûr, les réticences seront nombreuses. Certains affirmeront que la politique de réduction des normes en vigueur outre-Atlantique est « brutale » ou jouerons le disque rayé du système français à l’instar du ministre de l’Économie et des finances Éric Lombard qui affirmait il y a peu que la France n’est pas un « pays libéral, mais un pays de protection ». Reste qu’un DOGE à la française est possible. Il faut simplement le vouloir. Fort heureusement, des personnalités politiques ont déjà salué les efforts fournis par Elon Musk aux États-Unis, notamment le macroniste et ancien ministre de la Fonction publique Guillaume Kasbarian et la députée européenne Reconquête Sarah Knafo, mais aussi quelques autres.
Malgré le scandale de l’affaire Bétharram, qui éclabousse jusqu’au Premier ministre, les parents continuent de plébisciter l’enseignement catholique, tandis que l’école publique décline. Pourtant, les établissements hors contrat catholiques ne peuvent toujours pas vérifier si leurs futurs employés figurent aux fichiers FIJAIS et FJTAS, recensant les auteurs d’infractions sexuelles, violentes ou terroristes.
D’après le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église (Ciase), cette dernière est, « hormis les cercles familiaux et amicaux, le milieu où la prévalence des violences sexuelles est la plus élevée ». Qu’en est-il des établissements scolaires qui dépendent du diocèse ? Et les autres, qui n’en dépendent pas mais n’en restent pas moins (ou plus) catholiques ? À en croire une partie de la gauche française, ces écoles seraient le lieu de prédilection des criminels sexuels. Qu’à cela ne tienne : l’affaire Bétharram et ses répercussions politiques ont le mérite de soulever bruyamment la question. Y a-t-il des spécificités inhérentes à l’enseignement catholique, qui permettent de faire un tel raccourci ? Et, si oui, que fait l’Etat pour (mieux) protéger les enfants ?
L’enseignement privé plébiscité par les Français
À l’heure où l’Education nationale exige d’être profondément réformée, l’école privée constitue une alternative crédible pour une majorité de Français. Tous n’y ont pas accès ; mais ces établissements – en majorité catholiques sous contrat – sont plébiscités. 75 % des Français les jugent meilleurs pour leurs enfants que l’école publique ! Et pourtant. L’école catholique est assimilée ces jours-ci au scandale particulièrement révoltant de Notre-Dame de Bétharram, couvert semble-t-il par des familles, des enseignants, des surveillants, voire des hommes politiques. Alors, qu’est-ce-qui cloche ?
D’abord, la loi du silence. Les victimes craignent de dénoncer les abus parce qu’elles sont persuadées de porter ainsi atteinte à l’image de l’Eglise, d’ores et déjà malmenée dans un monde hyper-sécularisé. Cette intime conviction d’une grande majorité de victimes est l’héritage d’une longue sédimentation historique de luttes entre l’Eglise et ses détracteurs. La Ciase précise d’ailleurs dans son rapport que l’institution a « a manifesté une indifférence complète et même cruelle à l’égard des personnes ayant subi des agressions ». Le temps est venu de rompre avec cette omerta et de nettoyer les écuries d’Augias, pour que les enfants n’aient plus peur de verbaliser les crimes subis. C’est en ce sens qu’il faut entendre l’appel de Pierre-Vincent Guéret (président de la Fédération nationale des organismes de gestion de l’Enseignement catholique) à un sursaut de vigilance dans un communiqué du 22 février.
Ensuite, il faut assumer toutes les conséquences de la séparation de l’Eglise et de l’Etat sur le plan séculier, à l’intérieur des établissements. Non, la loi canonique n’est pas revêtue d’une autorité supérieure à celle de la République. Faire croire, ou laisser entendre aux enfants qu’une telle supériorité existe revient de factoà les entretenir dans l’idée que les hommes et (rares) femmes d’église bénéficient d’une immunité totale dans l’exercice de leur mission. Autrement dit, à instaurer un climat psychologique et moral susceptible d’encourager les pires exactions qui soient, puisque commises à l’encontre des plus vulnérables. Alors, qu’est-ce-qu’on fait ?
Signaux faibles
Les efforts à fournir incombent en premier lieu à l’Enseignement catholique, qui a d’ores et déjà fait des annonces fortes. Mais il n’est pas seul en cause. Sans doute faudrait-il inspecter non pas plus, mais mieux les écoles catholiques sous contrat. Sont-elles suffisamment armées pour que les victimes potentielles osent prendre la parole ? Sans doute faudrait-il mieux former les inspecteurs de l’Education nationale à la détection (si difficile) de signaux faibles, tout comme les familles et l’ensemble du personnel éducatif. Mais… l’obsession première des parlementaires, qui réclament toujours plus de contrôle, est-elle bien la protection des enfants ? Et l’Etat ? A-t-il véritablement le souci des plus vulnérables ? Il est permis d’en douter quand, non seulement le Premier Ministre est accusé d’avoir menti sur l’affaire Bétharram, mais quand en plus, les services de l’Etat laissent perdurer une situation hautement problématique pour les près de 130 000 élèves de l’enseignement indépendant ?
Tous les établissements scolaires de France – sauf les écoles hors contrat, dont le hors-contrat catholique – bénéficient en effet d’un mécanisme permettant aux directeurs et directrices d’école de faire vérifier que les personnels qu’il envisage d’embaucher ne figurent pas aux fichiers FIJAIS et FJTAS. Autrement dit, aucune directrice, aucun directeur d’établissement indépendant ne s’est encore vu reconnaître le droit de vérifier que les enseignants, intervenants scolaires, éducateurs ou animateurs qu’ils souhaitent engager ne figurent au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes, ou au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infraction terroriste.