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De briques et de wokes

Wokisme : c’est au tour des Lego d’être attaqués. Entre personnages trop « genrés » et emboîtement de parties « mâles » et « femelles », un nouveau combat s’engage pour protéger nos enfants d’une société jugée beaucoup trop traditionnelle…


Il aura fallu un simple post d’Elon Musk le 6 février, pour que la presse britannique se penche sur cette affaire révélée par le Daily Telegraph. Depuis 2022, une exposition du musée des Sciences de Londres sur « les histoires et les expériences des communautés queer » explique aux visiteurs que les Lego sont anti-LGBT. Le principe de ce jeu consiste en effet à emboîter des briques en plastique les unes dans les autres en « accouplant », pour reprendre les mots du fabricant, des parties « mâles » dans des parties « femelles ». À en croire les commissaires de l’exposition, cette terminologie a pour effet délétère de formater l’esprit des enfants en induisant une vision du monde « hétéro-normée ». À quoi il faut bien sûr ajouter la micro-agression qu’elle constitue pour toutes les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce schéma de vie odieusement classique. À ce compte-là, les échecs sont racistes puisqu’ils mettent en scène une guerre entre les noirs et les blancs, et le poker, qui fait gagner le carré de rois contre le carré de dames, est viriliste. Et que dire du jeu des sept familles, cette offense injustifiable à tous les couples sans enfants ? Admettons toutefois que la lecture postmoderne du musée soit recevable. Il faudrait alors pousser la logique jusqu’au bout, et se rendre à l’évidence : dans un jeu de Lego, chaque pièce est à la fois mâle et femelle. Les briques de Lego sont hermaphrodites ! Ou intersexuées si l’on veut les assimiler à des êtres humains – comme les militants queers auto-enivrés par leurs propres délires. En attendant, la société Lego fait tout pour plaire aux wokes. Depuis quelques années, elle propose un set appelé « Tout le monde est génial ». Dans la boîte, les personnages, multicolores, sont volontairement dénués de visage et de caractéristiques afin de « ne pas être assignés à un genre précis ». On notera toutefois que le personnage violet, muni d’une importante masse de cheveux pleine de féminité, a le droit de déroger à ce principe d’indifférenciation. Et pour cause : il est présenté par le fabricant comme « un hommage aux drag-queens ».

Lucet in the sky with diamonds

L’éditorial de mars


On connaît la formule de Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » On en déduit aisément qu’un journaliste de gauche se reconnaît à ce qu’il dénonce à tour de bras. Sauf qu’en langue progressiste, on ne dit plus « dénoncer » (qui sonne moins bon citoyen qu’au temps des soviets), mais « libérer sa parole » ou « lancer l’alerte ». La gauche qui vomit la police est habitée par un esprit policier qui sévit tous azimuts, de la chambre à coucher à la machine à café. Il y a cinquante ans, elle défendait joyeusement le sexe, le blasphème et la drogue. Les héritiers de Woodstock traquent inlassablement la blague grivoise, le dérapage islamophobe et le fumeur de joints. Lequel est d’ailleurs l’objet d’une détestation symétrique de la droite.

Toupet à toute épreuve

Personne n’imagine Éric Piolle se droguant, ni d’ailleurs rigolant. Début février, après l’affaire du député insoumis pincé en train d’acheter de la 3-MMC (drogue de synthèse qui fait fureur) à un mineur, le maire de Grenoble, qui laisse le narcotrafic ravager sa ville parce qu’il est allergique aux caméras de sécurité et à l’armement de la police municipale, propose de soumettre parlementaires et ministres à des tests aléatoires et anonymes de recherche de stupéfiants. Histoire de savoir si les élus qui votent des lois anti-drogue consomment de la drogue – ce qui prouverait enfin que l’Assemblée est à l’image de la population.

Élise Lucet accommode cette brillante idée à sa sauce. Il faut dire que, dans le genre « je suis le flic de mon frère », on n’a pas inventé mieux que la madone des ménagères reconvertie sur le tard en passionaria style « Occupy Wall Street ». Notre Erin Brockovich nationale (on a ce qu’on mérite) n’a pas inventé la poudre, mais elle a un toupet à toute épreuve, convaincue qu’elle est d’avoir le droit de tout savoir sur ses concitoyens. Elle se pointe à l’Assemblée, sommant les élus qu’elle croise de se soumettre à un test de dépistage de stupéfiants : « Il suffit d’humidifier cette languette avec votre salive et dans dix minutes, on saura si vous avez pris du cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne ou de l’ecstasy. » D’après l’excellent Erwan Seznec du Point1, aucun test ne permet de détecter toutes ces substances mais peu importe, buzz garanti. Alors qu’elle brandit ses languettes de plastique vert et blanc, son sourire de tricoteuse carnassière fait froid dans le dos. En voilà une qu’on n’aurait pas aimé croiser sous Staline.

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Le pire, c’est que si certains protestent contre cette inquisition à la fois grotesque et terrifiante, suggérant à la dame d’aller plutôt tester sa rédaction, d’autres jouent le jeu, trop heureux de cette occasion facile d’exhiber leur vertu, notamment Olivier Faure qui se fend d’une blague pourrie sur la politique, sa seule drogue dure, et l’insoumis David Guiraud qui carbure plutôt à la haine antisém… pardon, antisioniste. Sur les plateaux de télé, on assiste à un défilé d’élus et de ministres empressés de se faire dépister pour faire savoir au peuple, qui n’en demande pas tant, qu’eux aussi sont clean. Ils devraient se méfier : si on exige de nos gouvernants une moralité impeccable et une vie irréprochable, pourquoi s’arrêter à la drogue ? On attend avec impatience qu’Élise Lucet invite à confesse les élus qui trompent leur conjoint ou ceux qui matent du porno (j’ai peine à croire qu’il y en ait).

Petits secrets

On pense à Benoît Hamon qui, commentant le placement sous écoute téléphonique de Nicolas Sarkozy et de son avocat, avait lâché cet aveu glaçant : « Quand on n’a rien à se reprocher, il n’y a aucun problème à être mis sous écoute. » Autrement dit, si vous refusez d’être surveillé, c’est que vous êtes coupable.

Soyons clairs, c’est très mal de se droguer. Ça détruit la santé, ça bousille le cerveau, ça détraque l’humeur et ça alimente un narcotrafic devenu un risque majeur pour la sécurité nationale. Si vous connaissez quelqu’un qui ne fait jamais rien de mal, surtout ne me le présentez pas, il doit être ennuyeux à périr. Quand on n’a rien à cacher, on n’a rien à montrer.

La condition humaine est pétrie de malodorants petits secrets. À part les saints, personne ne mène une existence totalement accordée à ses convictions. Il y a des écolos qui prennent l’avion, des cancérologues qui fument, des gauchistes qui inscrivent leurs enfants à l’École alsacienne. C’est plutôt rassurant. La vie privée, une des plus grandes conquêtes de l’humanité, est ce lieu où on a le droit d’être ce qu’on est, des êtres imparfaits, faillibles, bourrés de contradictions, vulnérables à la tentation. Même quand on est ministre. Nul n’a l’obligation de se montrer tel qu’il est à ses contemporains. Le mensonge est un droit de l’homme – et accessoirement l’huile dans les rouages de la vie sociale. Que dame Lucet se rassure. Une journée à l’Assemblée suffit pour s’en convaincre, les élus n’ont pas besoin de substances prohibées pour raconter des craques. Ou alors, c’est qu’elle est vraiment très bonne.


  1. https://www.lepoint.fr/societe/envoye-special-drogue-chez-les-elus-le-coup-d-epee-dans-l-eau-d-elise-lucet-13-02-2025-2582331_23.php ↩︎

Oded Lifshitz (1940-2023): vie et mort d’un pacifiste israélien

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Notre chroniqueur revient sur la vie d’Oded Lifshitz, fervent défenseur de la paix, lâchement assassiné par le Hamas dont il était otage depuis le 7 octobre.


Oded Lifshitz, dont la dépouille mortelle a été ramenée en Israël dans le cadre des négociations entre Israël et le Hamas le 20 février dernier, n’était pas seulement un des fondateurs du kibboutz Nir Oz et un militant pacifiste. Il était aussi un journaliste et une figure du mouvement kibboutzique. Son itinéraire et sa mort tragique aux mains du Hamas illustrent de manière emblématique l’erreur de ceux qui ont cru – envers et contre tout – à une paix possible avec leurs voisins de Gaza.

“Nous avons reçu un coup terrible de ceux-là mêmes que nous avions tant aidés…” a déclaré sa veuve, Yocheved Lifshitz, elle-même détenue par le Hamas et libérée au bout de 50 jours. “Oded était un combattant de la paix. Il entretenait d’excellentes relations avec les Palestiniens, et une des choses qui me font le plus de mal c’est qu’ils l’ont trahi”, a-t-elle expliqué lors d’une cérémonie organisée par le Centre Pérès pour la paix. De fait, quelle mort plus terrible peut-on imaginer pour un militant pacifiste, que d’être assassiné par ceux-là mêmes pour lesquels il s’était battu toute sa vie ?

Opposé à la colonisation

Journaliste au quotidien de gauche Al-Hamishmar, Oded Lifshitz avait ainsi protesté contre la création de localités juives en Judée-Samarie, dès le lendemain de la guerre des Six Jours. Il s’était également opposé à l’expropriation des bédouins de la région de Rafiah, au moment de la création de la localité de Yamit dans le Sinaï (laquelle fut par la suite évacuée par le gouvernement de Menahem Begin). Lifshitz était aussi, comme l’a rappelé récemment Amnon Lord dans les colonnes d’Israël Hayom, un des premiers journalistes israéliens – sinon le premier journaliste au monde – à pénétrer dans les camps de Sabra et Chatila après les massacres commis par les phalangistes chrétiens libanais.

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Toute la carrière journalistique et politique d’Oded Lifshitz était celle d’un pacifiste et d’un idéaliste invétéré. À cet égard, il incarne l’erreur de ceux qui – au sein des kibboutz frontaliers de Gaza – avaient cru pouvoir tisser des liens d’amitié avec leurs voisins de l’autre côté de la frontière, en les aidant à recevoir des soins médicaux en Israël et en leur faisant traverser la barrière de sécurité, pour les emmener à l’hôpital dans leurs véhicules personnels. L’idéalisme de Lifshitz et de tous les autres représentants du pacifisme israélien est certes sympathique en apparence, mais il est en réalité dangereux. L’enfer est pavé de bonnes intentions, comme le savent bien les Israéliens depuis le 7-Octobre.

Haine inextinguible

En nourrissant et en soignant les habitants de Gaza, Oded et ses camarades n’ont nullement atténué la haine inextinguible de ceux-ci envers Israël. Les exactions commises le 7-Octobre – contre les habitants des kibboutz frontaliers de Gaza et contre les jeunes soldates observatrices non armées – ont été commises non seulement par les soldats du Hamas, mais aussi par les civils de Gaza. La leçon terrible doit être apprise pour les générations à venir : le pacifisme n’apporte jamais la paix. Il est un poison mortel, qui anéantit nos capacités de défense et nous expose aux attaques mortelles de nos ennemis, auxquels nous prêtons à tort des qualités humaines qui leur font défaut.

Le pacifisme israélien, qui réapparaît à chaque génération – depuis la lointaine époque du “Brith Shalom” dans les années 1930 et jusqu’à nos jours – repose sur la volonté fallacieuse de mettre fin au conflit à tout prix et sur la promesse illusoire de la “Der des Ders”. Mais loin d’apporter la paix, il est le plus souvent le meilleur moyen de générer de nouvelles guerres et de nouveaux massacres. “Si vis pacem, para bellum”.

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Fable de la fontaine

Réarmement. Ursula von der Leyen annonce un plan pour mobiliser 800 milliards d’euros. Les actions des industries de défense s’envolent dans les bourses européennes.


Précisons-le d’emblée, il ne s’agit pas ici de notre merveilleux fabuliste du Grand Siècle, mais plus simplement de l’« eau vive qui s’épanche sur le sol par un cours continu », si l’on se réfère à la définition que Littré donne du mot fontaine. À ceci près que l’eau vive qui s’écoulerait de celle dont il est question ici s’apparente plutôt au fleuve Pactole de la mythologie grecque, dont la caractéristique la plus remarquable était de charrier sans discontinuer des pépites d’or.

Il est fort probable qu’une bonne fée dotée de merveilleux pouvoirs avait déployé jusqu’aux ultimes ressources de son art magique pour qu’il en soit ainsi, même si la version légendaire officielle y voit une autre cause, le suicide, dans ces eaux, du Dieu Pactolos, coupable d’avoir défloré à l’insu de son plein gré sa propre sœur. Passons.

A lire aussi: Trump vs Zelensky: un coup prémédité ou un simple coup… de gueule?

Eh bien, il se trouve que, dans les moments que nous vivons, des esprits particulièrement malicieux, caustiques, irrévérencieux, voire un tantinet pollués de complotisme facile pourrait trouver divertissant d’établir certains parallèles avec quelques-unes des fabuleuses prouesses de nos antiques légendes. Il va sans dire que me ranger parmi ces esprits évoqués ci-dessus relèverait de la malveillance la plus consternante. Je me contente ici d’imaginer ce qui pourrait effleurer de tels esprits. Que cela soit bien clair entre nous.

Ces mauvais esprits, disais-je, ne seraient-ils pas tentés, en effet de débusquer, au fil des réalités d’aujourd’hui, l’émergence soudaine et quasi magique de fontaines d’où se déverseraient opportunément des flots d’or ?

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C’était, voilà trois ans, le Covid et ses fabuleux vaccins. Un tsunami d’or, une déferlante de bon argent pour Big Pharma, avec à la manœuvre, dans le rôle de la bienfaisante magicienne, la blonde fée Ursula. De sa baguette magique, dit-on – et dans l’opacité qui sied au grand œuvre des maîtres alchimistes convertissant le plomb – voire les virus en or – elle aurait passé commande d’assez de doses pour vacciner – a-t-on prétendu – dix ou onze fois chaque citoyen de notre bonne vieille Europe. Aux corbeilles boursières de notre tout aussi bon vieux système « financiariste », les indices s’envolaient, le cours des valeurs des multinationales du secteur atteignait des sommets himalayens. Un peu, si vous voulez, comme la cote boursière des industries liées à l’armement depuis vingt-quatre ou quarante-huit heures. Depuis que la bonne fée Ursula – toujours aussi avisée et soucieuse du bien des peuples – a lâché le chiffre de huit cent milliards. Huit cents milliards d’euros à convertir sans tarder en poudre à canon, et, cela va de soi, conséquemment, en poudre d’or. Bref, exactement la bonne dose pour shooter nos économies quelque peu atones ces derniers temps. Comme quoi, on a toujours tort de faire l’esprit fort et de ne pas croire aux fées.

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Gaza aux Césars

Vendredi dernier, l’existence de l’actrice transgenre Karla Sofía Gascón (notre photo) a été soigneusement gommée aux Césars malgré le triomphe du film Emilia Perez. Jonathan Glazer, lui, a électrisé la soirée en livrant un discours où l’audace consistait à renvoyer dos à dos Israël et le Hamas, sous les applaudissements d’un public conquis…


J’ai regardé la cérémonie des Césars. En accéléré, à vrai dire… Cet exercice de nombrilisme corporatiste est toujours assez ennuyeux. Mais, il nous offre un catalogue des idées reçues et poncifs du moment.
Nous avons eu droit à une année plutôt calme : ni intermittents surchauffés, ni féministe furax claquant la porte pour cette 50e édition.

Audace convenue

Du reste, le palmarès était très correct. Le cinéma français s’est payé l’audace de récompenser sept fois Emilia Perez, film destitué aux Oscars en raison de tweets passés de l’actrice transgenre Karla Sofía Gascón sur l’islamisation de l’Espagne (et le film n’a finalement récupéré que deux petits Oscars secondaires cette nuit en Amérique). Reste que le film est très convenable (il y est question d’un narcocaïd qui trouve la rédemption en devenant une femme). Mais, Mme Gascon a été totalement « cancelled » de la salle, lors de la cérémonie du cinéma français. Son nom n’a pas été prononcé une fois (sur les sept fois où quelqu’un d’autre du film est venu chercher son prix), et Jacques Audiard l’a ostensiblement ignorée. C’était plutôt pénible à voir. Dans l’échelle des crimes, il faut croire que l’islamophobie supposée dépasse la transphobie. 

Le discours du réalisateur de la Zone d’Intérêt réjouit la salle

Sinon, c’était un festival d’audaces très convenues. Nous avons eu bien sûr des allusions lourdingues à Donald Trump (Jean-Pascal Zadi a ainsi proposé l’asile politique à Julia Roberts, original !). Et le documentariste Gilles Perret a fait un tabac en parlant « des milliardaires qui se plaignent » et des « dirigeants qui s’allient à l’extrême droite fasciste ». Bref, une fois encore, une indignation en tenue de gala de tout un petit monde qui baigne dans la même saumure idéologique progressiste. Mon ami Philippe Muray parlait d’anchois confis dans la saumure du Bien.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Du wokisme comme bien-pensance et déni généralisé: l’affaire Karla Sofía Gascón

Cependant, il y a selon moi une polémique plus justifiée qui monte. Il s’agit du message du réalisateur Jonathan Glazer, César du meilleur film étranger pour la Zone d’Intérêt, métrage relatant la vie paisible d’une famille d’Allemands à côté d’Auschwitz.
Le message de M. Glazer a été lu par son producteur lors de la cérémonie :
« Aujourd’hui, la Shoah et la sécurité juive sont utilisées pour justifier les massacres et les nettoyages ethniques à Gaza. Les massacres du 7-Octobre et la prise d’otages en Israël : il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, d’actes de terreur contre des innocents, rendu possible par la déshumanisation des gens, des personnes qui se trouvent de l’autre côté de nos murs. C’est la zone d’intérêt ».
On note qu’il mentionne le 7-Octobre, qui d’ailleurs n’intéresse pas beaucoup la salle quand on écoute les applaudissements. Mais, il renvoie dos à dos le Hamas et Israël. Et acclimate sans la formuler explicitement l’équation Israël=SS. La révolution en tenue de gala, c’est chouette, mais ce mensonge a des conséquences concrètes. Si les juifs sont des nazis, la haine des juifs devient un devoir citoyen. Même les juifs de gauche (ils se présentent ainsi) qui signent une tribune angoissée dans Le Monde observent que « l’explosion antisémite depuis le 7-Octobre ne trouble pas ceux qui, d’ordinaire, combattent le racisme. Rien ne nous avait préparés à la désertion des intellectuels bardés de bonne conscience[1] ».
À l’Olympia non plus, personne n’a pensé aux étudiants juifs ostracisés ou molestés, aux enfants juifs agressés ou tués, aux femmes juives violées le 7-Octobre. Apparemment, ce ne sont pas des bonnes victimes.
Personne ne comptait évidemment sur le show-biz pour régler les problèmes du pays. Mais franchement, qu’ils parlent de cinéma et qu’ils nous épargnent enfin leurs ridicules leçons de maintien.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/01/nous-francais-juifs-n-avons-rencontre-que-le-silence-le-deni-ou-l-indifference-de-la-gauche-extreme-face-a-l-antisemitisme_6570985_3232.html

Liberté d’expression ? On ferme !

Patrick Cohen se félicite de la fermeture de C8. De son côté, Jean-Michel Aphatie estime que les nazis se sont inspirés du comportement des colons français en Algérie. Didier Desrimais écoute trop la radio !


En France, une chaîne de télévision privée, regardée quotidiennement par des millions de téléspectateurs, a été interdite d’émettre sur une fréquence de la TNT. Personne n’est dupe : l’Arcom n’est pas qu’un outil de « régulation » mais aussi un appareil de censure, une officine politique à la solde du pouvoir en place. Sur CNews, Pierre Lellouche a lu, parmi les motifs invoqués par le Conseil d’État pour entériner les décisions de l’Arcom, une phrase qui semble extraite d’un roman orwellien décrivant une novlangue charabiesque permettant de justifier n’importe quelle décision autoritaire émanant d’une instance « indépendante » entièrement politisée : « Il incombe à l‘Arcom de choisir des projets qui contribuent au mieux à la sauvegarde du pluralisme du courant d’expression socio-culturelle, lequel participe de l’objectif constitutionnel de pluralisme de courant de pensée et d’opinion, et qui soit le mieux à même de répondre à l’intérêt public. » Le Conseil d’État a également argué du fait que « C8 a fait l’objet de nombreuses sanctions financières, mises en demeure et mises en garde de la part de l’Arcom pour des manquements, au cours des dernières années » – argument asséné par l’impayable Benjamin Duhamel sur BFMTV pour tenter de convaincre Michel Onfray qui ne s’en est pas laissé conter. Depuis 2012, C8 a en effet été sanctionné 38 fois par l’Arcom (dont 12 fois avec des amendes pour un montant total de sept millions d’euros !) ; l’ensemble des chaînes publiques (France TV, Radio France, Arte, France 24, RFI, LCP), seulement cinq fois (0 amende). Étrange ! Quand on consulte les motifs ayant conduit aux sanctions de C8, on comprend qu’il s’agissait surtout de charger la barque et de justifier à tout prix l’interdiction à venir. CNews reste dans le collimateur de l’Arcom – l’Agence de Répression et de Censure Officielle de certains Médias a en effet déjà sanctionné 18 fois (dont six fois avec des amendes)[1], celle qui est devenue, au grand dam de ses concurrentes et du pouvoir politique, la 1ère chaîne d’information continue.

Le parrain

Sur France Inter, Patrick Cohen se félicite, dans son éditorial du 20 février, de la décision qui a frappé C8. Il dit déceler dans les critiques contre l’Arcom un « mouvement d’allégeance à celui qui apparaît comme le parrain de toutes les droites, Vincent Bolloré ». M. Cohen est très en verve en ce moment quand il s’agit d’évoquer la liberté d’expression, liberté à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, jure-t-il en se réjouissant de l’arrêt d’une chaîne de télévision. La moindre allusion aux journalistes des médias « bollorisés » déclenche chez lui des crises irrépressibles d’urticaire synaptique qui se traduisent par de longues diatribes enflammées contre les susdits et d’incessants appels à contrôler, réprimander, prohiber, interdire, censurer tout ce qui ressemble à une opinion différente de la sienne. « Ce n’est pas la liberté d’expression qui est bridée par l’arrêt de cette chaîne, c’est celle de propager n’importe quoi », conclut le commissaire radiophonique qui sait de quoi il parle – on se souviendra, entre autres, de la manière désinvolte et captieuse avec laquelle il présenta les événements de Crépol conduisant à la mort du jeune Thomas.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Thomas et les incrédules

Jean-Michel Aphatie a lui aussi jubilé en apprenant l’éviction de C8 de la TNT – il faut dire que l’émission Quotidien dans laquelle il officie souffrait de plus en plus de la concurrence de TPMP, l’émission de Cyril Hanouna sur C8. À propos de « propager n’importe quoi », M. Aphatie ne rate jamais une occasion de se faire remarquer. Sur RTL, devant un Thomas Sotto abasourdi par son aplomb, il a soutenu que « la France a fait des centaines d’Oradour-sur-Glane en Algérie » et que « les nazis se sont comportés comme nous l’avons fait en Algérie ». Ces allégations hallucinantes nous donnent l’occasion de rappeler quelques hauts faits de cet olibrius.

Dans l’émission “C ce soir”, M. Aphatie avait déjà comparé le général Louis Juchault de Lamoricière – le « père des zouaves » en Algérie – à un général SS. Il y a quelques jours, sur le plateau de Quotidien et sous le regard attendri d’un Yann Barthès resplendissant d’insignifiance, il affirmait que « ce que nous avons fait là-bas [en Algérie], c’est une boucherie que nous avons organisée ». Adepte des thèses « racialistes » et du wokisme ambiant, il n’avait pas hésité à parler sur LCI de « privilège blanc » à propos des essais nucléaires français dans le Sahara au début des années 60. M. Aphatie n’aime pas la police, se moque volontiers des catholiques, déteste l’histoire de France, en particulier le règne de Louis XIV, un « drame français », selon lui. Il y a quelques années, ce matamore agité avait confié que, s’il était président de la République, il ferait raser le château de Versailles « pour que nous n’allions plus là-bas en pèlerinage cultiver la grandeur de la France ». Pendant la dernière campagne présidentielle, il qualifia les Français prêts à voter pour Éric Zemmour de « Français de chez les Français qui puent un peu des pieds » ; quant à Zemmour lui-même, il le traita de « cochon de la pensée » – mais refusa de débattre avec lui, certain qu’il était de se faire écrabouiller. Un soir, sur LCI, il amusa la galerie en affirmant que « le soldat inconnu, on ne sait même pas s’il est Français ! Il est inconnu… ». Ce cuistre, qui se croit indocile alors qu’il est une caricature du rebellocrate décrit jadis par Philippe Muray, est parvenu à se faire une place sous les projecteurs médiatiques à force d’arrogance et de bêtise, malgré (ou grâce à ?) une culture d’une profondeur égale à la largeur de celle de Mathieu Slama, son pendant médiatico-universitaire.

Gesticulations

Ses récentes réflexions nazifiantes sur l’Algérie française ne servent qu’à masquer une ignorance naturelle et une médiocrité intellectuelle qui transcendent les standards habituels. M. Aphatie imagine qu’il suffit de gesticuler bruyamment de la bouche pour convaincre – il croit que ses postillons sont des mots. Derrière l’agitateur frénétique, l’on devine un esprit étriqué, intolérant, intellectuellement limité, aussi fin qu’un parpaing, aussi subtil qu’une bûche, aussi profond qu’un roman d’Annie Ernaux. M. Aphatie exècre ce qui est au-dessus de lui. Or, presque tout est au-dessus de lui – d’où ses nombreux excès de haine bilieuse. Certains préconisent d’interdire d’antenne cet atrabilaire belliqueux. Ce serait une erreur pour deux raisons : la première est que cela contreviendrait à l’idée, défendue par l’auteur de ces lignes, que la liberté d’expression doit être totale. La seconde est d’ordre anthropologique et historique. L’observateur assidu des phénomènes humains, y compris ceux pouvant expliquer le déclin d’une profession, ne saurait ignorer un cas comme celui de M. Aphatie, échantillon parfaitement représentatif d’un journalisme « progressiste » et sectaire ayant encore pignon sur rue. M. Aphatie est par conséquent d’une grande utilité. M. Cohen, dans un autre genre, n’est pas moins intéressant. Après avoir compulsé les parcours professionnels de ces figures emblématiques, le futur chercheur trouvera sûrement matière à disserter sur cette étrange caste médiatique n’ayant eu de cesse de vanter le pluralisme et, dans le même temps, d’interdire à ses contradicteurs de prendre la parole. Durant ses loisirs, il pourra de plus se lancer dans l’étude des phénomènes irrationnels en commençant par exemple par se demander comment un individu aussi limité et dérisoire que M. Aphatie a pu parvenir à passer pour une sommité dans certains médias…

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[1] Exemple de sanction avec amende appliquée à CNews : en août 2023, dans l’émission Punchline, l’économiste Philippe Herlin a eu l’outrecuidance de… relativiser l’existence d’un lien entre les activités humaines et le réchauffement climatique en affirmant qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur le sujet. CNews s’est alors vu infliger une amende de 20 000 euros par l’Arcom qui a considéré que « l’intervenant a pu exprimer une thèse controversée sans que la position qu’il défendait ne soit mise en perspective et sans qu’une contradiction sur ce sujet ne soit exprimée à la suite de ces propos ». Radio France peut ne recevoir sur ses antennes que des représentants du GIEC ou des militants acquis à la version apocalyptique des écologistes – jamais l’Arcom ne lui a reproché de « manquer à ses obligations » en n’assurant pas « l’expression de différents points de vue ». Au contraire, elle l’a laissée inscrire dans le marbre une censure qui ne se cache même pas : « Nous nous tenons résolument du côté de la science, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine », peut-on lire sur le site de la radio publique, dans sa charte écolo intitulée Le Tournant. Par conséquent, aucun scientifique remettant en question le rapport de synthèse du GIEC n’est invité sur le service public. Pire, lorsqu’une radio privée (Sud Radio) invite l’un d’eux, le physicien François Gervais en l’occurence, l’Arcom, sous la pression d’une obscure officine écologiste, met aussitôt en garde ladite radio en lui indiquant avoir relevé « plusieurs déclarations venant contredire ou minimiser le consensus scientifique existant sur le dérèglement climatique actuel ». Rigidifiés par l’idéologie et le pouvoir, ces gens-là ne se rendent même plus compte de ce qu’ils font et de ce qu’ils disent – s’ils avaient un minimum de culture historique, ils seraient affolés de constater que leur comportement est très proche de celui des agents staliniens qui surveillaient les scientifiques en URSS du temps de l’idéologie lyssenkiste, laquelle est devenue la risée de l’histoire – et il n’est pas impossible que l’idéologie climatiste finisse par connaître le même sort.   

«Donald Trump est dans une logique transactionnelle permanente»

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Michael Shurkin est Américain, directeur des programmes de 14 North Strategies. Il est spécialisé dans les questions militaires et diplomatiques, notamment en Afrique et au Proche-Orient. Il répond ici à nos questions sur les premiers pas de l’administration Trump en Europe et au Moyen-Orient.


Causeur. Les premières semaines de la présidence Trump ont été rudes pour les relations entre le vieux continent et l’Amérique. Certains Européens voient dans les tractations de Donald Trump et ses déclarations, la volonté de soumettre l’Europe à un nouveau Yalta en laissant la Russie postsoviétique libre de nous menacer. L’Amérique voit-elle en l’Europe une puissance molle mais néanmoins menaçante pour ses intérêts commerciaux ?

Michael Shurkin. D.R.

Michael Shurkin. Aucune idée. Donald Trump sème le chaos. Je ne sais pas comment, après quatre ans à ce régime, les États-Unis s’en sortiront. Donald Trump a une logique transactionnelle. C’est ainsi qu’il comprend les échanges entre États. Cela vient de sa profession, de ses expériences de vie. Il fut d’abord un promoteur immobilier. Le choix pour les Européens sera assez binaire. Soit aborder les relations transatlantiques comme relevant d’enjeux strictement commerciaux, soit faire le dos rond. Dans la deuxième hypothèse, l’Europe devra trouver les ressources et les moyens pour affirmer sa singularité et son autonomie.

Croyez-vous en les capacités françaises et européennes de résistance aux prédations de l’administration Trump et aux menaces militaires russes ?

L’Europe se trouve dans une situation analogue à celle de la fin des années 1930, lorsqu’elle avait le choix de répondre fermement à Hitler, mais qu’elle n’a pas su le faire. La Grande-Bretagne et la France ont alors surtout manqué de courage. Ces deux nations avaient les moyens militaires, diplomatiques et économiques de répondre à la menace. Mais l’apparition de l’URSS et du nazisme, associées aux souvenirs des terribles épreuves de la Première Guerre mondiale, ont entravé leurs capacités de décision et d’action. Aujourd’hui, les Européens doivent trouver en eux la force de s’unir et de faire preuve de la détermination qui leur a fait défaut dans les années 1930. En effet, l’Europe a tout à fait les moyens de résister. Elle en a les ressources. C’est juste une question de volonté. La France a d’ailleurs un rôle moteur à jouer.

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Comment expliquez-vous les attaques constantes de Donald Trump contre des alliés (Canada, Danemark, etc) depuis sa prise de fonction ?

Je pense que nombre de ses partisans apprécient le spectacle et la posture machiste de Donald Trump. Ce dernier doit, de son côté, évaluer que le risque pris est très faible que compte tenu du « hard power » limité desdits alliés en question. Le Canada et le Danemark sont pour lui faibles et font des cibles faciles. Les courants qui s’agitent au sein de MAGA sont nombreux. Je crois que l’influence de ces différents personnages, y compris d’Elon Musk, dépendra des capacités de chacun à rester dans le premier cercle de courtisans du « big boss » Donald Trump. Son instinct est celui d’un tribun de la plèbe, il aime jouer avec la foule et s’en faire apprécier. Il aime avoir le plus de « likes » possibles sur les réseaux sociaux. Cela ne m’évoque pas réellement le Kremlin, la meilleure comparaison possible serait avec les usages qui étaient en pratique à la cour du roi soleil à Versailles.

Concernant le conflit à Gaza, qu’avez-vous pensé des premiers actes de l’administration Trump ? Peut-on s’attendre à une relance des accords d’Abraham ?

J’espère que les déclarations outrancières de Donald Trump concernant Gaza auront pour effet de mobiliser les États arabes, et, idéalement, les Palestiniens eux-mêmes, afin qu’ils proposent des alternatives viables. Actuellement, il n’y a pas de solution crédible, et sans les menaces de Trump, je doute que quiconque en propose. Maintenant, peut-être que l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, etc. pourraient se sentir obligés de proposer quelque chose, n’importe quoi.

Il y a déjà des indices en ce sens. Le problème est que nous sommes encore loin de solutions viables, et que l’idée de déportations massives semble de moins en moins illusoire et délirante. Tout l’épisode Bibas et les bribes d’informations que les anciens otages partagent contribuent largement à diminuer l’empathie et la compassion. Malheureusement, je soupçonne que ce soit l’objectif du Hamas.

Trump vs Zelensky: un coup prémédité ou un simple coup… de gueule?

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Connu pour la brutalité de son expression, le président américain semble avoir dépassé ses propres standards au cours de son entretien avec son homologue ukrainien vendredi 28 février. L’altercation présage-t-elle véritablement d’un nouveau positionnement de l’Amérique sur le fond ?


Les commentateurs médiatiques et diplomatiques n’ont eu de cesse, depuis vendredi dernier, de revenir sur l’échange entre MM. Zelensky, Trump et Vance dans le bureau ovale. En France comme aux États-Unis, il s’est agi de déterminer dans quelle mesure le dialogue avait pu être préparé par la partie américaine ou si son apparence spontanée était sincère. Dans le courant du week-end, la chaîne d’information progressiste MSNBC a par ailleurs rappelé que ce n’étaient pas des premières tensions advenant entre les exécutifs des deux pays : un échange du même acabit était survenu entre Biden et Zelensky — hors caméras, en l’occurrence.

Biden prudent

En juin 2022, le président démocrate avait en effet reproché à son homologue ukrainien de se montrer trop vindicatif et pas suffisamment reconnaissant dans ses relations avec la diplomatie américaine. Dès lors, on peut admettre que, si le prédécesseur de Donald Trump tenait un discours moins ambigu que l’actuel résident de la Maison Blanche, il a largement contraint l’Ukraine à une forme d’attentisme qui s’avère aujourd’hui mortifère. En effet, les États-Unis constituent à eux seuls près de la moitié de la somme déployée pour soutenir le pays depuis l’invasion russe. L’investissement est considérable, mais l’administration démocrate s’est constamment assurée que l’Ukraine ne dispose pas des moyens d’entreprendre une quelconque offense à l’encontre de l’agresseur.

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Empêcher la prolifération du conflit était louable, bien entendu, mais le refus américain de consentir à l’octroi d’armes en mesure de frapper la Russie sur ses sites stratégiques a longtemps contraint l’Ukraine à une position d’extrême faiblesse dans son rapport de force. Cette posture, adoptée par Joe Biden, semble d’autant plus irresponsable a posteriori que l’incertitude du comportement de Trump était une donnée connue de longue date. Ce n’est par exemple qu’au cours de 2024 que les missiles semi-balistiques ATTACMS ont été livrés à l’Ukraine, qui en motivait la demande depuis longtemps, tandis que les premières frappes les employant n’ont été autorisées qu’à la fin de l’année.

Kiev, jusqu’alors contraint à une défense sous-dimensionnée face à l’invasion de son territoire et limité à la destruction des armements les plus proches de ses frontières, ne pouvait que difficilement freiner la progression russe. La seule opération consentie par Biden qui pourrait véritablement servir l’Ukraine dans les négociations que Trump souhaite entreprendre reste l’incursion dans la région de Koursk. En effet, à la différence d’une invasion, une incursion peut être légitime au regard du droit international lorsqu’elle permet l’accomplissement d’objectifs purement militaires, sans ambition politique ou civile ni établissement sur le long terme.

« Vous n’avez pas les cartes en main »

Depuis la semaine dernière, l’administration républicaine ne cesse de dire que Zelensky aurait dû adopter un comportement différent parce qu’il ne dispose en l’état actuel d’aucune « marge de manœuvre ». S’il est assurément en position de faiblesse, la présence ukrainienne à Koursk pourrait précisément constituer le seul poids à faire valoir dans la balance contre la Russie. Du reste, la domination aujourd’hui subie par l’Ukraine subsiste le signe d’un engagement de l’administration Biden bien plus modéré que les Démocrates aiment à le répéter depuis l’altercation entre Trump et Zelensky.

En outre, il reste indubitable que les dizaines de milliards de dollars envoyés par les États-Unis à l’Ukraine — des armements militaires d’une valeur inférieure à 100 milliards couplés à un soutien gouvernemental et humanitaire d’environ 100 milliards — ont conduit à une situation actuellement insatisfaisante. Si Volodymyr Zelensky avait souhaité changer la donne, ou du moins s’assurer d’un appui verbal loquace de la part de Donald Trump, il aurait pu mettre en œuvre une part du génie diplomatique dont il a fait preuve depuis février 2022.

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En effet, le président républicain est attaché à la diplomatie bilatérale qui a placé les États-Unis au centre du monde le siècle dernier. C’est-à-dire qu’il faut, face à lui, faire preuve d’une flagornerie telle qu’elle rebuterait tout individu à l’égo normalement dimensionné. Le célèbre analyste politique républicain de CNN, Scott Jennings, argumentait ainsi vendredi soir qu’il n’eût pas été bien difficile pour Zelensky de faire croire à Trump qu’il le considérait tout particulièrement : « tout ce qu’il avait à faire était de mettre une cravate, se montrer, sourire, dire “merci”, signer la paperasse, et aller manger. » Bien sûr, l’acharnement républicain contre la tenue de Zelensky prête à sourire au vu du style adopté par Elon Musk, mais il reste vrai que celui-ci est un bénévole au service du gouvernement fédéral, tandis que la visite du président ukrainien devait remplir d’autres objectifs.

Fox News prend ses distances avec Trump

Avec son attitude, Trump semble espérer retirer la Russie à l’axe sino-iranien qui se dessine. Il néglige cependant qu’il paraît invraisemblable que les autres démocraties libérales acceptent de réintégrer Vladimir Poutine à leur ordre diplomatique et économique. De surcroît, les bénéfices réalisés par la Russie grâce aux drones kamikazes iraniens et son alliance avec la Chine sont considérables.

Alors, le président américain pourrait-il changer de position ? Le thermomètre le plus efficace de la mentalité républicaine reste la chaîne d’information Fox News. Sur la question ukrainienne, depuis quelques semaines, on ne saurait la voir comme un soutien aveugle à l’administration en place. D’ailleurs, plusieurs membres du cabinet de Trump sont d’anciens présentateurs de Fox News et cette situation donne parfois lieu à des échanges incongrus. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, était par exemple interrogé par l’excellente Shannon Bream dimanche 23 février. Lorsque celui-ci a évoqué une simple « incursion » russe et refusé de reconnaître que l’Ukraine avait subi une invasion « unilatérale » de son voisin, la journaliste n’a pas hésité à faire remarquer à son ancien collègue qu’il condamnait avec affirmation la Russie quand il travaillait à Fox il y a quelques semaines encore.

En somme, si l’échange dans le bureau ovale vendredi confirme que Trump ne s’exprime pas comme Biden, le présenter comme le seul responsable d’un accord qui profitera plus à la Russie qu’à l’Ukraine relève d’une étonnante glorification du mandat de Biden.

Pour que le plaisir dure encore longtemps…

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Monsieur Nostalgie évoque la figure d’Herbert Léonard, disparu hier à l’âge de 80 ans, interprète de plusieurs tubes immarcescibles des années 1980…


On parle souvent de la malédiction du tube unique qui cacherait la valeur intrinsèque de l’artiste. Comme si le succès, fatalement, entraînerait le chanteur de variété dans une longue pénitence, obligé d’égrener son standard à l’infini sur les plateaux ou dans les kermesses commerciales. Toute une vie ramenée à une chanson tutélaire, résumée à un refrain, interminable sillon qui vous oblige à répéter les mêmes gestes et oblitère votre spectre musical.

La musique d’une jeunesse

Herbert Léonard a possédé dans son répertoire non pas un titre mais une poignée de chansons d’amour et d’emballement qui ont cristallisé une époque bénie. Celle des effleurements et des rencontres fortuites, des bals de village et des slows en discothèque de province. Quand le flirt n’était pas honni des rapports humains et que le plaisir n’était pas la maladie honteuse des « boomers ».

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À cette époque-là, la jeunesse croyait sincèrement aux incantations de Gilbert Montagné et de Julio Iglesias. Elle avait soif en l’Autre et s’inventait des vies à la Châteauvallon. Elle n’avait pas honte des rengaines populaires, elle ne se faisait ni procureure, ni justicière de ses aïeux, elle vivait sa vie sans idéologiser. Elle ne se perdait pas en arguties virtuelles. Elle ne se regardait pas vivre. Cette jeunesse-là était dans l’instant, dans la soirée du samedi à venir, dans la conquête et les rires complices, elle brûlait son trop-plein d’énergie sur les pistes. Elle n’avait pas vocation à sermonner l’humanité. Elle connaissait le prix du labeur et des impasses sociales. Elle bossait à l’usine au pied d’une machine et sortait d’une année de service militaire. Elle n’était pas idiote sur ses chances de réussite. Au Grand Soir, elle préférait attendre son messie des ondes, en smoking, qui lui raconterait des histoires un peu trop brillantes pour être vraies. Cette jeunesse-là n’était dupe de rien. Elle ne se posait pas en génération moralisante ou en victime pleureuse.

Nous ne le zapperons pas sur la FM

Herbert, pas bégueule, voix bien posée, nous accordait la permission d’enjoliver notre quotidien : mettre « un peu de rêve à notre vie » ou « un soir, claquer tout d’un seul coup ». Son message serait-il entendable aujourd’hui où sont réglementés chacun de nos pas, chacun de nos mots et chacune de nos pensées ? Sur un filet de synthé, dans un romantisme carnassier métallique, une noirceur sous-jacente, son « puissance et gloire » est un chef-d’œuvre d’éducation sentimentale à la progression lente. Tout y est condensé, comprimé en trois minutes : l’aventure, la passion, le trouble et le goût du tumulte. Qui n’a pas écouté ce titre miroitant dans une turbulente 205 GTI blanche à vingt ans, sur une départementale désertique, au cœur du Berry ou du Morvan ne connaît rien des imaginaires français et des élans incertains. Le charme d’un tube qui traverse les décennies, c’est justement d’ancrer notre mémoire, de fossiliser une histoire, de rameuter les souvenirs, d’habiller nos errements. Et un homme sans souvenir est l’ennemi du genre humain.

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Finalement Herbert, sans la pompe des poètes, sans l’égo des romanciers, aura eu bien plus de résonance dans nos propres vies que nos lectures besogneuses. Évidemment, sur le moment, personne n’aurait songé à qualifier son répertoire d’essentiel, on daubait sur cette production commerciale, insane aux oreilles des « sachants », on salissait déjà « le populaire » pour mieux le liquider. Nous réécouterons longtemps encore Herbert, nous ne le zapperons pas sur la FM, alors que les penseurs magistraux, encensés sur les barricades, voient leurs œuvres se déconstruire sous le poids des mensonges et de leur folle propagande. Aujourd’hui, Herbert a définitivement gagné la bataille idéologique. Et, si au contraire, le tube était une bénédiction, s’il ouvrait la constellation des possibles. Nous sommes émus car Herbert était un confrère, un journaliste féru d’aéronautique et auteur de livres. Nous avions partagé le même éditeur de beaux livres spécialisé dans les passions enfantines. Quand on écrivait sur les vieilles automobiles, Herbert planchait sur les vieux coucous. Nous avions les mêmes coffres à jouets.

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L’Algérie, le poing faible d’Emmanuel Macron?

Un ultimatum et des divergences. Le 26 février, François Bayrou a annoncé qu’Alger disposait de « quatre à six semaines » pour réadmettre une liste prioritaire de personnes expulsées de France. Deux jours plus tard, en conférence de presse au Portugal, Emmanuel Macron a écarté toute possibilité de remettre en cause les accords migratoires, jugeant une dénonciation unilatérale insensée. « On ne va pas les dénoncer de manière unilatérale, ça n’a aucun sens ». De son côté, Bruno Retailleau continue de plaider pour une approche plus ferme.


Sans doute des analystes avertis de la vie internationale seraient-ils plus à même que moi de comprendre et d’expliquer l’étrange contraste du comportement présidentiel. Entre d’un côté son attitude irréprochable, au nom de la France et de l’Europe, face à la Russie et pour la sauvegarde de l’Ukraine avec tout le respect dû au président Zelensky, et de l’autre son entêtement dans une politique de faiblesse à l’égard de l’Algérie.

Tebboune a-t-il des dossiers sur le président français ?

Je tiens d’autant plus à voir clair dans cette alternative que j’ai encore dans l’esprit et la vision la honteuse prestation du couple dirigeant américain face à la solitude vaillante mais humiliée du président ukrainien. Avec pour conséquences inéluctables des insultes russes – Medvedev s’est particulièrement distingué dans l’outrance bestiale – et l’appel à la mesure et à la rationalité du président français. Celui-ci, n’en déplaise à ses adversaires compulsifs, continue son sans-faute sur ce plan et, on peut le dire sans tomber dans la grandiloquence, sauve l’honneur du camp occidental.

Pourquoi est-il si irréprochable à propos du lointain et tellement décevant au sujet du proche, l’Algérie ?

Éliminons d’emblée les thèses complotistes qui par exemple supputent que le président algérien saurait « des choses » sur Emmanuel Macron qui serait ainsi condamné à la frilosité…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Trouble allégeance

Il me semble d’abord que malgré la proximité créée par notre histoire commune avec l’Algérie, le conflit relève de la vie internationale dont on sait qu’elle est le domaine exclusif du président. Et bien davantage depuis que son implication demeure la seule manière de montrer qu’il a encore du pouvoir avec en plus un ministre des Affaires étrangères sans éclat… Il ne tient pas à sacrifier cette part qui lui reste.

Cette volonté est d’autant plus affirmée qu’elle jette une lourde pierre dans le camp du Premier ministre – qui en plus avait eu l’outrecuidance d’évoquer un référendum quand Emmanuel Macron s’en était réservé l’idée, encore dans les limbes aujourd’hui ! – et du ministre de l’Intérieur. Pourtant François Bayrou avait conçu, dans une démarche progressive et intelligente, une riposte au cynisme algérien et Bruno Retailleau avait bien été obligé de se mêler de ce sujet puisque le président paraissait s’en désintéresser.

Les accords de 1968 sur la balance

Numéro 128 de Causeur

On constate que le président Macron n’a d’ailleurs repris publiquement la main que pour s’opposer à une rupture unilatérale, récuser la révision des accords de 1968 et vanter une solution diplomatique qui paraît au point mort avec la crainte tragique pour la vie de Boualem Sansal. Et notre humiliation avec ces malfaisants Algériens commettant des horreurs sur notre sol que leur pays, contrairement au droit international, refuse de reprendre sur un mode obstiné et arrogant.

Faut-il voir dans ce désaveu présidentiel autre chose qu’une manœuvre de politique intérieure ? Par exemple, analyser le refus de la fermeté comme la crainte qu’on projette la lumière non pas sur la reconnaissance du Sahara occidental mais sur l’embardée qui a conduit la France, en faveur du Maroc, à radicalement changer son point de vue sans que progressivement l’Algérie ait pu s’y préparer ?

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Sur un plan psychologique, ne retrouve-t-on pas la constance d’un caractère qui s’est défié de l’autorité régalienne et qui en revanche, dans le registre international, s’est parfois surestimé au point de s’imaginer capable de résoudre les conflits par la seule force de son argumentation et d’un dialogue au plus haut niveau ? Pourtant cette présomption, si elle l’habite, aurait dû se dissiper en voyant le peu de résultats, voire les conséquences négatives de ses entremises, avec Donald Trump encore récemment.

Il y a un moment où, en matière géopolitique, une certaine fermeté n’est pas une faute ni une impulsivité fâcheuse mais sans doute l’unique moyen de concilier les intérêts de son pays (OQTF), le refus de le voir ridiculiser et l’honneur de s’attacher à une cause universelle (Boualem Sansal).

L’Algérie est clairement le poing faible du président de la République. Je ne voudrais pas qu’à cause de cette disposition, la France se retrouvât au tapis…

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De briques et de wokes

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© D.R.

Wokisme : c’est au tour des Lego d’être attaqués. Entre personnages trop « genrés » et emboîtement de parties « mâles » et « femelles », un nouveau combat s’engage pour protéger nos enfants d’une société jugée beaucoup trop traditionnelle…


Il aura fallu un simple post d’Elon Musk le 6 février, pour que la presse britannique se penche sur cette affaire révélée par le Daily Telegraph. Depuis 2022, une exposition du musée des Sciences de Londres sur « les histoires et les expériences des communautés queer » explique aux visiteurs que les Lego sont anti-LGBT. Le principe de ce jeu consiste en effet à emboîter des briques en plastique les unes dans les autres en « accouplant », pour reprendre les mots du fabricant, des parties « mâles » dans des parties « femelles ». À en croire les commissaires de l’exposition, cette terminologie a pour effet délétère de formater l’esprit des enfants en induisant une vision du monde « hétéro-normée ». À quoi il faut bien sûr ajouter la micro-agression qu’elle constitue pour toutes les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce schéma de vie odieusement classique. À ce compte-là, les échecs sont racistes puisqu’ils mettent en scène une guerre entre les noirs et les blancs, et le poker, qui fait gagner le carré de rois contre le carré de dames, est viriliste. Et que dire du jeu des sept familles, cette offense injustifiable à tous les couples sans enfants ? Admettons toutefois que la lecture postmoderne du musée soit recevable. Il faudrait alors pousser la logique jusqu’au bout, et se rendre à l’évidence : dans un jeu de Lego, chaque pièce est à la fois mâle et femelle. Les briques de Lego sont hermaphrodites ! Ou intersexuées si l’on veut les assimiler à des êtres humains – comme les militants queers auto-enivrés par leurs propres délires. En attendant, la société Lego fait tout pour plaire aux wokes. Depuis quelques années, elle propose un set appelé « Tout le monde est génial ». Dans la boîte, les personnages, multicolores, sont volontairement dénués de visage et de caractéristiques afin de « ne pas être assignés à un genre précis ». On notera toutefois que le personnage violet, muni d’une importante masse de cheveux pleine de féminité, a le droit de déroger à ce principe d’indifférenciation. Et pour cause : il est présenté par le fabricant comme « un hommage aux drag-queens ».

Lucet in the sky with diamonds

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Elise Lucet fait passer des tests antidrogue aux députés © Capture d'écran twitter - Cash Investigation

L’éditorial de mars


On connaît la formule de Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » On en déduit aisément qu’un journaliste de gauche se reconnaît à ce qu’il dénonce à tour de bras. Sauf qu’en langue progressiste, on ne dit plus « dénoncer » (qui sonne moins bon citoyen qu’au temps des soviets), mais « libérer sa parole » ou « lancer l’alerte ». La gauche qui vomit la police est habitée par un esprit policier qui sévit tous azimuts, de la chambre à coucher à la machine à café. Il y a cinquante ans, elle défendait joyeusement le sexe, le blasphème et la drogue. Les héritiers de Woodstock traquent inlassablement la blague grivoise, le dérapage islamophobe et le fumeur de joints. Lequel est d’ailleurs l’objet d’une détestation symétrique de la droite.

Toupet à toute épreuve

Personne n’imagine Éric Piolle se droguant, ni d’ailleurs rigolant. Début février, après l’affaire du député insoumis pincé en train d’acheter de la 3-MMC (drogue de synthèse qui fait fureur) à un mineur, le maire de Grenoble, qui laisse le narcotrafic ravager sa ville parce qu’il est allergique aux caméras de sécurité et à l’armement de la police municipale, propose de soumettre parlementaires et ministres à des tests aléatoires et anonymes de recherche de stupéfiants. Histoire de savoir si les élus qui votent des lois anti-drogue consomment de la drogue – ce qui prouverait enfin que l’Assemblée est à l’image de la population.

Élise Lucet accommode cette brillante idée à sa sauce. Il faut dire que, dans le genre « je suis le flic de mon frère », on n’a pas inventé mieux que la madone des ménagères reconvertie sur le tard en passionaria style « Occupy Wall Street ». Notre Erin Brockovich nationale (on a ce qu’on mérite) n’a pas inventé la poudre, mais elle a un toupet à toute épreuve, convaincue qu’elle est d’avoir le droit de tout savoir sur ses concitoyens. Elle se pointe à l’Assemblée, sommant les élus qu’elle croise de se soumettre à un test de dépistage de stupéfiants : « Il suffit d’humidifier cette languette avec votre salive et dans dix minutes, on saura si vous avez pris du cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne ou de l’ecstasy. » D’après l’excellent Erwan Seznec du Point1, aucun test ne permet de détecter toutes ces substances mais peu importe, buzz garanti. Alors qu’elle brandit ses languettes de plastique vert et blanc, son sourire de tricoteuse carnassière fait froid dans le dos. En voilà une qu’on n’aurait pas aimé croiser sous Staline.

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Le pire, c’est que si certains protestent contre cette inquisition à la fois grotesque et terrifiante, suggérant à la dame d’aller plutôt tester sa rédaction, d’autres jouent le jeu, trop heureux de cette occasion facile d’exhiber leur vertu, notamment Olivier Faure qui se fend d’une blague pourrie sur la politique, sa seule drogue dure, et l’insoumis David Guiraud qui carbure plutôt à la haine antisém… pardon, antisioniste. Sur les plateaux de télé, on assiste à un défilé d’élus et de ministres empressés de se faire dépister pour faire savoir au peuple, qui n’en demande pas tant, qu’eux aussi sont clean. Ils devraient se méfier : si on exige de nos gouvernants une moralité impeccable et une vie irréprochable, pourquoi s’arrêter à la drogue ? On attend avec impatience qu’Élise Lucet invite à confesse les élus qui trompent leur conjoint ou ceux qui matent du porno (j’ai peine à croire qu’il y en ait).

Petits secrets

On pense à Benoît Hamon qui, commentant le placement sous écoute téléphonique de Nicolas Sarkozy et de son avocat, avait lâché cet aveu glaçant : « Quand on n’a rien à se reprocher, il n’y a aucun problème à être mis sous écoute. » Autrement dit, si vous refusez d’être surveillé, c’est que vous êtes coupable.

Soyons clairs, c’est très mal de se droguer. Ça détruit la santé, ça bousille le cerveau, ça détraque l’humeur et ça alimente un narcotrafic devenu un risque majeur pour la sécurité nationale. Si vous connaissez quelqu’un qui ne fait jamais rien de mal, surtout ne me le présentez pas, il doit être ennuyeux à périr. Quand on n’a rien à cacher, on n’a rien à montrer.

La condition humaine est pétrie de malodorants petits secrets. À part les saints, personne ne mène une existence totalement accordée à ses convictions. Il y a des écolos qui prennent l’avion, des cancérologues qui fument, des gauchistes qui inscrivent leurs enfants à l’École alsacienne. C’est plutôt rassurant. La vie privée, une des plus grandes conquêtes de l’humanité, est ce lieu où on a le droit d’être ce qu’on est, des êtres imparfaits, faillibles, bourrés de contradictions, vulnérables à la tentation. Même quand on est ministre. Nul n’a l’obligation de se montrer tel qu’il est à ses contemporains. Le mensonge est un droit de l’homme – et accessoirement l’huile dans les rouages de la vie sociale. Que dame Lucet se rassure. Une journée à l’Assemblée suffit pour s’en convaincre, les élus n’ont pas besoin de substances prohibées pour raconter des craques. Ou alors, c’est qu’elle est vraiment très bonne.


  1. https://www.lepoint.fr/societe/envoye-special-drogue-chez-les-elus-le-coup-d-epee-dans-l-eau-d-elise-lucet-13-02-2025-2582331_23.php ↩︎

Oded Lifshitz (1940-2023): vie et mort d’un pacifiste israélien

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L'enterrement d'Oded Lifschitz à Nir Oz, Israël, 25 février 2025 © MAGDA GIBELLI/EFE/SIPA

Notre chroniqueur revient sur la vie d’Oded Lifshitz, fervent défenseur de la paix, lâchement assassiné par le Hamas dont il était otage depuis le 7 octobre.


Oded Lifshitz, dont la dépouille mortelle a été ramenée en Israël dans le cadre des négociations entre Israël et le Hamas le 20 février dernier, n’était pas seulement un des fondateurs du kibboutz Nir Oz et un militant pacifiste. Il était aussi un journaliste et une figure du mouvement kibboutzique. Son itinéraire et sa mort tragique aux mains du Hamas illustrent de manière emblématique l’erreur de ceux qui ont cru – envers et contre tout – à une paix possible avec leurs voisins de Gaza.

“Nous avons reçu un coup terrible de ceux-là mêmes que nous avions tant aidés…” a déclaré sa veuve, Yocheved Lifshitz, elle-même détenue par le Hamas et libérée au bout de 50 jours. “Oded était un combattant de la paix. Il entretenait d’excellentes relations avec les Palestiniens, et une des choses qui me font le plus de mal c’est qu’ils l’ont trahi”, a-t-elle expliqué lors d’une cérémonie organisée par le Centre Pérès pour la paix. De fait, quelle mort plus terrible peut-on imaginer pour un militant pacifiste, que d’être assassiné par ceux-là mêmes pour lesquels il s’était battu toute sa vie ?

Opposé à la colonisation

Journaliste au quotidien de gauche Al-Hamishmar, Oded Lifshitz avait ainsi protesté contre la création de localités juives en Judée-Samarie, dès le lendemain de la guerre des Six Jours. Il s’était également opposé à l’expropriation des bédouins de la région de Rafiah, au moment de la création de la localité de Yamit dans le Sinaï (laquelle fut par la suite évacuée par le gouvernement de Menahem Begin). Lifshitz était aussi, comme l’a rappelé récemment Amnon Lord dans les colonnes d’Israël Hayom, un des premiers journalistes israéliens – sinon le premier journaliste au monde – à pénétrer dans les camps de Sabra et Chatila après les massacres commis par les phalangistes chrétiens libanais.

À lire aussi : Au revoir les enfants

Toute la carrière journalistique et politique d’Oded Lifshitz était celle d’un pacifiste et d’un idéaliste invétéré. À cet égard, il incarne l’erreur de ceux qui – au sein des kibboutz frontaliers de Gaza – avaient cru pouvoir tisser des liens d’amitié avec leurs voisins de l’autre côté de la frontière, en les aidant à recevoir des soins médicaux en Israël et en leur faisant traverser la barrière de sécurité, pour les emmener à l’hôpital dans leurs véhicules personnels. L’idéalisme de Lifshitz et de tous les autres représentants du pacifisme israélien est certes sympathique en apparence, mais il est en réalité dangereux. L’enfer est pavé de bonnes intentions, comme le savent bien les Israéliens depuis le 7-Octobre.

Haine inextinguible

En nourrissant et en soignant les habitants de Gaza, Oded et ses camarades n’ont nullement atténué la haine inextinguible de ceux-ci envers Israël. Les exactions commises le 7-Octobre – contre les habitants des kibboutz frontaliers de Gaza et contre les jeunes soldates observatrices non armées – ont été commises non seulement par les soldats du Hamas, mais aussi par les civils de Gaza. La leçon terrible doit être apprise pour les générations à venir : le pacifisme n’apporte jamais la paix. Il est un poison mortel, qui anéantit nos capacités de défense et nous expose aux attaques mortelles de nos ennemis, auxquels nous prêtons à tort des qualités humaines qui leur font défaut.

Le pacifisme israélien, qui réapparaît à chaque génération – depuis la lointaine époque du “Brith Shalom” dans les années 1930 et jusqu’à nos jours – repose sur la volonté fallacieuse de mettre fin au conflit à tout prix et sur la promesse illusoire de la “Der des Ders”. Mais loin d’apporter la paix, il est le plus souvent le meilleur moyen de générer de nouvelles guerres et de nouveaux massacres. “Si vis pacem, para bellum”.

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Fable de la fontaine

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'adresse aux médias à l'issue d'un dialogue stratégique sur l'avenir de l'industrie automobile européenne au siège de la Commission européenne, 3 mars 2025 © Thierry Monasse/DPA/SIPA

Réarmement. Ursula von der Leyen annonce un plan pour mobiliser 800 milliards d’euros. Les actions des industries de défense s’envolent dans les bourses européennes.


Précisons-le d’emblée, il ne s’agit pas ici de notre merveilleux fabuliste du Grand Siècle, mais plus simplement de l’« eau vive qui s’épanche sur le sol par un cours continu », si l’on se réfère à la définition que Littré donne du mot fontaine. À ceci près que l’eau vive qui s’écoulerait de celle dont il est question ici s’apparente plutôt au fleuve Pactole de la mythologie grecque, dont la caractéristique la plus remarquable était de charrier sans discontinuer des pépites d’or.

Il est fort probable qu’une bonne fée dotée de merveilleux pouvoirs avait déployé jusqu’aux ultimes ressources de son art magique pour qu’il en soit ainsi, même si la version légendaire officielle y voit une autre cause, le suicide, dans ces eaux, du Dieu Pactolos, coupable d’avoir défloré à l’insu de son plein gré sa propre sœur. Passons.

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Eh bien, il se trouve que, dans les moments que nous vivons, des esprits particulièrement malicieux, caustiques, irrévérencieux, voire un tantinet pollués de complotisme facile pourrait trouver divertissant d’établir certains parallèles avec quelques-unes des fabuleuses prouesses de nos antiques légendes. Il va sans dire que me ranger parmi ces esprits évoqués ci-dessus relèverait de la malveillance la plus consternante. Je me contente ici d’imaginer ce qui pourrait effleurer de tels esprits. Que cela soit bien clair entre nous.

Ces mauvais esprits, disais-je, ne seraient-ils pas tentés, en effet de débusquer, au fil des réalités d’aujourd’hui, l’émergence soudaine et quasi magique de fontaines d’où se déverseraient opportunément des flots d’or ?

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C’était, voilà trois ans, le Covid et ses fabuleux vaccins. Un tsunami d’or, une déferlante de bon argent pour Big Pharma, avec à la manœuvre, dans le rôle de la bienfaisante magicienne, la blonde fée Ursula. De sa baguette magique, dit-on – et dans l’opacité qui sied au grand œuvre des maîtres alchimistes convertissant le plomb – voire les virus en or – elle aurait passé commande d’assez de doses pour vacciner – a-t-on prétendu – dix ou onze fois chaque citoyen de notre bonne vieille Europe. Aux corbeilles boursières de notre tout aussi bon vieux système « financiariste », les indices s’envolaient, le cours des valeurs des multinationales du secteur atteignait des sommets himalayens. Un peu, si vous voulez, comme la cote boursière des industries liées à l’armement depuis vingt-quatre ou quarante-huit heures. Depuis que la bonne fée Ursula – toujours aussi avisée et soucieuse du bien des peuples – a lâché le chiffre de huit cent milliards. Huit cents milliards d’euros à convertir sans tarder en poudre à canon, et, cela va de soi, conséquemment, en poudre d’or. Bref, exactement la bonne dose pour shooter nos économies quelque peu atones ces derniers temps. Comme quoi, on a toujours tort de faire l’esprit fort et de ne pas croire aux fées.

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Gaza aux Césars

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Karla Sofia Gascon, Paris, Cérémonie des Césars, 28 février 2025 © Thomas Padilla/AP/SIPA

Vendredi dernier, l’existence de l’actrice transgenre Karla Sofía Gascón (notre photo) a été soigneusement gommée aux Césars malgré le triomphe du film Emilia Perez. Jonathan Glazer, lui, a électrisé la soirée en livrant un discours où l’audace consistait à renvoyer dos à dos Israël et le Hamas, sous les applaudissements d’un public conquis…


J’ai regardé la cérémonie des Césars. En accéléré, à vrai dire… Cet exercice de nombrilisme corporatiste est toujours assez ennuyeux. Mais, il nous offre un catalogue des idées reçues et poncifs du moment.
Nous avons eu droit à une année plutôt calme : ni intermittents surchauffés, ni féministe furax claquant la porte pour cette 50e édition.

Audace convenue

Du reste, le palmarès était très correct. Le cinéma français s’est payé l’audace de récompenser sept fois Emilia Perez, film destitué aux Oscars en raison de tweets passés de l’actrice transgenre Karla Sofía Gascón sur l’islamisation de l’Espagne (et le film n’a finalement récupéré que deux petits Oscars secondaires cette nuit en Amérique). Reste que le film est très convenable (il y est question d’un narcocaïd qui trouve la rédemption en devenant une femme). Mais, Mme Gascon a été totalement « cancelled » de la salle, lors de la cérémonie du cinéma français. Son nom n’a pas été prononcé une fois (sur les sept fois où quelqu’un d’autre du film est venu chercher son prix), et Jacques Audiard l’a ostensiblement ignorée. C’était plutôt pénible à voir. Dans l’échelle des crimes, il faut croire que l’islamophobie supposée dépasse la transphobie. 

Le discours du réalisateur de la Zone d’Intérêt réjouit la salle

Sinon, c’était un festival d’audaces très convenues. Nous avons eu bien sûr des allusions lourdingues à Donald Trump (Jean-Pascal Zadi a ainsi proposé l’asile politique à Julia Roberts, original !). Et le documentariste Gilles Perret a fait un tabac en parlant « des milliardaires qui se plaignent » et des « dirigeants qui s’allient à l’extrême droite fasciste ». Bref, une fois encore, une indignation en tenue de gala de tout un petit monde qui baigne dans la même saumure idéologique progressiste. Mon ami Philippe Muray parlait d’anchois confis dans la saumure du Bien.

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Cependant, il y a selon moi une polémique plus justifiée qui monte. Il s’agit du message du réalisateur Jonathan Glazer, César du meilleur film étranger pour la Zone d’Intérêt, métrage relatant la vie paisible d’une famille d’Allemands à côté d’Auschwitz.
Le message de M. Glazer a été lu par son producteur lors de la cérémonie :
« Aujourd’hui, la Shoah et la sécurité juive sont utilisées pour justifier les massacres et les nettoyages ethniques à Gaza. Les massacres du 7-Octobre et la prise d’otages en Israël : il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, d’actes de terreur contre des innocents, rendu possible par la déshumanisation des gens, des personnes qui se trouvent de l’autre côté de nos murs. C’est la zone d’intérêt ».
On note qu’il mentionne le 7-Octobre, qui d’ailleurs n’intéresse pas beaucoup la salle quand on écoute les applaudissements. Mais, il renvoie dos à dos le Hamas et Israël. Et acclimate sans la formuler explicitement l’équation Israël=SS. La révolution en tenue de gala, c’est chouette, mais ce mensonge a des conséquences concrètes. Si les juifs sont des nazis, la haine des juifs devient un devoir citoyen. Même les juifs de gauche (ils se présentent ainsi) qui signent une tribune angoissée dans Le Monde observent que « l’explosion antisémite depuis le 7-Octobre ne trouble pas ceux qui, d’ordinaire, combattent le racisme. Rien ne nous avait préparés à la désertion des intellectuels bardés de bonne conscience[1] ».
À l’Olympia non plus, personne n’a pensé aux étudiants juifs ostracisés ou molestés, aux enfants juifs agressés ou tués, aux femmes juives violées le 7-Octobre. Apparemment, ce ne sont pas des bonnes victimes.
Personne ne comptait évidemment sur le show-biz pour régler les problèmes du pays. Mais franchement, qu’ils parlent de cinéma et qu’ils nous épargnent enfin leurs ridicules leçons de maintien.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/01/nous-francais-juifs-n-avons-rencontre-que-le-silence-le-deni-ou-l-indifference-de-la-gauche-extreme-face-a-l-antisemitisme_6570985_3232.html

Liberté d’expression ? On ferme !

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Les éditorialistes Patrick Cohen, Jean-Michel Aphatie et Benjamin Duhamel. DR.

Patrick Cohen se félicite de la fermeture de C8. De son côté, Jean-Michel Aphatie estime que les nazis se sont inspirés du comportement des colons français en Algérie. Didier Desrimais écoute trop la radio !


En France, une chaîne de télévision privée, regardée quotidiennement par des millions de téléspectateurs, a été interdite d’émettre sur une fréquence de la TNT. Personne n’est dupe : l’Arcom n’est pas qu’un outil de « régulation » mais aussi un appareil de censure, une officine politique à la solde du pouvoir en place. Sur CNews, Pierre Lellouche a lu, parmi les motifs invoqués par le Conseil d’État pour entériner les décisions de l’Arcom, une phrase qui semble extraite d’un roman orwellien décrivant une novlangue charabiesque permettant de justifier n’importe quelle décision autoritaire émanant d’une instance « indépendante » entièrement politisée : « Il incombe à l‘Arcom de choisir des projets qui contribuent au mieux à la sauvegarde du pluralisme du courant d’expression socio-culturelle, lequel participe de l’objectif constitutionnel de pluralisme de courant de pensée et d’opinion, et qui soit le mieux à même de répondre à l’intérêt public. » Le Conseil d’État a également argué du fait que « C8 a fait l’objet de nombreuses sanctions financières, mises en demeure et mises en garde de la part de l’Arcom pour des manquements, au cours des dernières années » – argument asséné par l’impayable Benjamin Duhamel sur BFMTV pour tenter de convaincre Michel Onfray qui ne s’en est pas laissé conter. Depuis 2012, C8 a en effet été sanctionné 38 fois par l’Arcom (dont 12 fois avec des amendes pour un montant total de sept millions d’euros !) ; l’ensemble des chaînes publiques (France TV, Radio France, Arte, France 24, RFI, LCP), seulement cinq fois (0 amende). Étrange ! Quand on consulte les motifs ayant conduit aux sanctions de C8, on comprend qu’il s’agissait surtout de charger la barque et de justifier à tout prix l’interdiction à venir. CNews reste dans le collimateur de l’Arcom – l’Agence de Répression et de Censure Officielle de certains Médias a en effet déjà sanctionné 18 fois (dont six fois avec des amendes)[1], celle qui est devenue, au grand dam de ses concurrentes et du pouvoir politique, la 1ère chaîne d’information continue.

Le parrain

Sur France Inter, Patrick Cohen se félicite, dans son éditorial du 20 février, de la décision qui a frappé C8. Il dit déceler dans les critiques contre l’Arcom un « mouvement d’allégeance à celui qui apparaît comme le parrain de toutes les droites, Vincent Bolloré ». M. Cohen est très en verve en ce moment quand il s’agit d’évoquer la liberté d’expression, liberté à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, jure-t-il en se réjouissant de l’arrêt d’une chaîne de télévision. La moindre allusion aux journalistes des médias « bollorisés » déclenche chez lui des crises irrépressibles d’urticaire synaptique qui se traduisent par de longues diatribes enflammées contre les susdits et d’incessants appels à contrôler, réprimander, prohiber, interdire, censurer tout ce qui ressemble à une opinion différente de la sienne. « Ce n’est pas la liberté d’expression qui est bridée par l’arrêt de cette chaîne, c’est celle de propager n’importe quoi », conclut le commissaire radiophonique qui sait de quoi il parle – on se souviendra, entre autres, de la manière désinvolte et captieuse avec laquelle il présenta les événements de Crépol conduisant à la mort du jeune Thomas.

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Jean-Michel Aphatie a lui aussi jubilé en apprenant l’éviction de C8 de la TNT – il faut dire que l’émission Quotidien dans laquelle il officie souffrait de plus en plus de la concurrence de TPMP, l’émission de Cyril Hanouna sur C8. À propos de « propager n’importe quoi », M. Aphatie ne rate jamais une occasion de se faire remarquer. Sur RTL, devant un Thomas Sotto abasourdi par son aplomb, il a soutenu que « la France a fait des centaines d’Oradour-sur-Glane en Algérie » et que « les nazis se sont comportés comme nous l’avons fait en Algérie ». Ces allégations hallucinantes nous donnent l’occasion de rappeler quelques hauts faits de cet olibrius.

Dans l’émission “C ce soir”, M. Aphatie avait déjà comparé le général Louis Juchault de Lamoricière – le « père des zouaves » en Algérie – à un général SS. Il y a quelques jours, sur le plateau de Quotidien et sous le regard attendri d’un Yann Barthès resplendissant d’insignifiance, il affirmait que « ce que nous avons fait là-bas [en Algérie], c’est une boucherie que nous avons organisée ». Adepte des thèses « racialistes » et du wokisme ambiant, il n’avait pas hésité à parler sur LCI de « privilège blanc » à propos des essais nucléaires français dans le Sahara au début des années 60. M. Aphatie n’aime pas la police, se moque volontiers des catholiques, déteste l’histoire de France, en particulier le règne de Louis XIV, un « drame français », selon lui. Il y a quelques années, ce matamore agité avait confié que, s’il était président de la République, il ferait raser le château de Versailles « pour que nous n’allions plus là-bas en pèlerinage cultiver la grandeur de la France ». Pendant la dernière campagne présidentielle, il qualifia les Français prêts à voter pour Éric Zemmour de « Français de chez les Français qui puent un peu des pieds » ; quant à Zemmour lui-même, il le traita de « cochon de la pensée » – mais refusa de débattre avec lui, certain qu’il était de se faire écrabouiller. Un soir, sur LCI, il amusa la galerie en affirmant que « le soldat inconnu, on ne sait même pas s’il est Français ! Il est inconnu… ». Ce cuistre, qui se croit indocile alors qu’il est une caricature du rebellocrate décrit jadis par Philippe Muray, est parvenu à se faire une place sous les projecteurs médiatiques à force d’arrogance et de bêtise, malgré (ou grâce à ?) une culture d’une profondeur égale à la largeur de celle de Mathieu Slama, son pendant médiatico-universitaire.

Gesticulations

Ses récentes réflexions nazifiantes sur l’Algérie française ne servent qu’à masquer une ignorance naturelle et une médiocrité intellectuelle qui transcendent les standards habituels. M. Aphatie imagine qu’il suffit de gesticuler bruyamment de la bouche pour convaincre – il croit que ses postillons sont des mots. Derrière l’agitateur frénétique, l’on devine un esprit étriqué, intolérant, intellectuellement limité, aussi fin qu’un parpaing, aussi subtil qu’une bûche, aussi profond qu’un roman d’Annie Ernaux. M. Aphatie exècre ce qui est au-dessus de lui. Or, presque tout est au-dessus de lui – d’où ses nombreux excès de haine bilieuse. Certains préconisent d’interdire d’antenne cet atrabilaire belliqueux. Ce serait une erreur pour deux raisons : la première est que cela contreviendrait à l’idée, défendue par l’auteur de ces lignes, que la liberté d’expression doit être totale. La seconde est d’ordre anthropologique et historique. L’observateur assidu des phénomènes humains, y compris ceux pouvant expliquer le déclin d’une profession, ne saurait ignorer un cas comme celui de M. Aphatie, échantillon parfaitement représentatif d’un journalisme « progressiste » et sectaire ayant encore pignon sur rue. M. Aphatie est par conséquent d’une grande utilité. M. Cohen, dans un autre genre, n’est pas moins intéressant. Après avoir compulsé les parcours professionnels de ces figures emblématiques, le futur chercheur trouvera sûrement matière à disserter sur cette étrange caste médiatique n’ayant eu de cesse de vanter le pluralisme et, dans le même temps, d’interdire à ses contradicteurs de prendre la parole. Durant ses loisirs, il pourra de plus se lancer dans l’étude des phénomènes irrationnels en commençant par exemple par se demander comment un individu aussi limité et dérisoire que M. Aphatie a pu parvenir à passer pour une sommité dans certains médias…

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[1] Exemple de sanction avec amende appliquée à CNews : en août 2023, dans l’émission Punchline, l’économiste Philippe Herlin a eu l’outrecuidance de… relativiser l’existence d’un lien entre les activités humaines et le réchauffement climatique en affirmant qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur le sujet. CNews s’est alors vu infliger une amende de 20 000 euros par l’Arcom qui a considéré que « l’intervenant a pu exprimer une thèse controversée sans que la position qu’il défendait ne soit mise en perspective et sans qu’une contradiction sur ce sujet ne soit exprimée à la suite de ces propos ». Radio France peut ne recevoir sur ses antennes que des représentants du GIEC ou des militants acquis à la version apocalyptique des écologistes – jamais l’Arcom ne lui a reproché de « manquer à ses obligations » en n’assurant pas « l’expression de différents points de vue ». Au contraire, elle l’a laissée inscrire dans le marbre une censure qui ne se cache même pas : « Nous nous tenons résolument du côté de la science, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine », peut-on lire sur le site de la radio publique, dans sa charte écolo intitulée Le Tournant. Par conséquent, aucun scientifique remettant en question le rapport de synthèse du GIEC n’est invité sur le service public. Pire, lorsqu’une radio privée (Sud Radio) invite l’un d’eux, le physicien François Gervais en l’occurence, l’Arcom, sous la pression d’une obscure officine écologiste, met aussitôt en garde ladite radio en lui indiquant avoir relevé « plusieurs déclarations venant contredire ou minimiser le consensus scientifique existant sur le dérèglement climatique actuel ». Rigidifiés par l’idéologie et le pouvoir, ces gens-là ne se rendent même plus compte de ce qu’ils font et de ce qu’ils disent – s’ils avaient un minimum de culture historique, ils seraient affolés de constater que leur comportement est très proche de celui des agents staliniens qui surveillaient les scientifiques en URSS du temps de l’idéologie lyssenkiste, laquelle est devenue la risée de l’histoire – et il n’est pas impossible que l’idéologie climatiste finisse par connaître le même sort.   

«Donald Trump est dans une logique transactionnelle permanente»

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Donald Trump brandit une photo de ses réalisations à New York, Washington, 21 juillet 2005 © Dennis Cook/AP/SIPA

Michael Shurkin est Américain, directeur des programmes de 14 North Strategies. Il est spécialisé dans les questions militaires et diplomatiques, notamment en Afrique et au Proche-Orient. Il répond ici à nos questions sur les premiers pas de l’administration Trump en Europe et au Moyen-Orient.


Causeur. Les premières semaines de la présidence Trump ont été rudes pour les relations entre le vieux continent et l’Amérique. Certains Européens voient dans les tractations de Donald Trump et ses déclarations, la volonté de soumettre l’Europe à un nouveau Yalta en laissant la Russie postsoviétique libre de nous menacer. L’Amérique voit-elle en l’Europe une puissance molle mais néanmoins menaçante pour ses intérêts commerciaux ?

Michael Shurkin. D.R.

Michael Shurkin. Aucune idée. Donald Trump sème le chaos. Je ne sais pas comment, après quatre ans à ce régime, les États-Unis s’en sortiront. Donald Trump a une logique transactionnelle. C’est ainsi qu’il comprend les échanges entre États. Cela vient de sa profession, de ses expériences de vie. Il fut d’abord un promoteur immobilier. Le choix pour les Européens sera assez binaire. Soit aborder les relations transatlantiques comme relevant d’enjeux strictement commerciaux, soit faire le dos rond. Dans la deuxième hypothèse, l’Europe devra trouver les ressources et les moyens pour affirmer sa singularité et son autonomie.

Croyez-vous en les capacités françaises et européennes de résistance aux prédations de l’administration Trump et aux menaces militaires russes ?

L’Europe se trouve dans une situation analogue à celle de la fin des années 1930, lorsqu’elle avait le choix de répondre fermement à Hitler, mais qu’elle n’a pas su le faire. La Grande-Bretagne et la France ont alors surtout manqué de courage. Ces deux nations avaient les moyens militaires, diplomatiques et économiques de répondre à la menace. Mais l’apparition de l’URSS et du nazisme, associées aux souvenirs des terribles épreuves de la Première Guerre mondiale, ont entravé leurs capacités de décision et d’action. Aujourd’hui, les Européens doivent trouver en eux la force de s’unir et de faire preuve de la détermination qui leur a fait défaut dans les années 1930. En effet, l’Europe a tout à fait les moyens de résister. Elle en a les ressources. C’est juste une question de volonté. La France a d’ailleurs un rôle moteur à jouer.

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Comment expliquez-vous les attaques constantes de Donald Trump contre des alliés (Canada, Danemark, etc) depuis sa prise de fonction ?

Je pense que nombre de ses partisans apprécient le spectacle et la posture machiste de Donald Trump. Ce dernier doit, de son côté, évaluer que le risque pris est très faible que compte tenu du « hard power » limité desdits alliés en question. Le Canada et le Danemark sont pour lui faibles et font des cibles faciles. Les courants qui s’agitent au sein de MAGA sont nombreux. Je crois que l’influence de ces différents personnages, y compris d’Elon Musk, dépendra des capacités de chacun à rester dans le premier cercle de courtisans du « big boss » Donald Trump. Son instinct est celui d’un tribun de la plèbe, il aime jouer avec la foule et s’en faire apprécier. Il aime avoir le plus de « likes » possibles sur les réseaux sociaux. Cela ne m’évoque pas réellement le Kremlin, la meilleure comparaison possible serait avec les usages qui étaient en pratique à la cour du roi soleil à Versailles.

Concernant le conflit à Gaza, qu’avez-vous pensé des premiers actes de l’administration Trump ? Peut-on s’attendre à une relance des accords d’Abraham ?

J’espère que les déclarations outrancières de Donald Trump concernant Gaza auront pour effet de mobiliser les États arabes, et, idéalement, les Palestiniens eux-mêmes, afin qu’ils proposent des alternatives viables. Actuellement, il n’y a pas de solution crédible, et sans les menaces de Trump, je doute que quiconque en propose. Maintenant, peut-être que l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, etc. pourraient se sentir obligés de proposer quelque chose, n’importe quoi.

Il y a déjà des indices en ce sens. Le problème est que nous sommes encore loin de solutions viables, et que l’idée de déportations massives semble de moins en moins illusoire et délirante. Tout l’épisode Bibas et les bribes d’informations que les anciens otages partagent contribuent largement à diminuer l’empathie et la compassion. Malheureusement, je soupçonne que ce soit l’objectif du Hamas.

Trump vs Zelensky: un coup prémédité ou un simple coup… de gueule?

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Washington, 28 février 2025 © Samuel Corum/Sipa USA/SIPA

Connu pour la brutalité de son expression, le président américain semble avoir dépassé ses propres standards au cours de son entretien avec son homologue ukrainien vendredi 28 février. L’altercation présage-t-elle véritablement d’un nouveau positionnement de l’Amérique sur le fond ?


Les commentateurs médiatiques et diplomatiques n’ont eu de cesse, depuis vendredi dernier, de revenir sur l’échange entre MM. Zelensky, Trump et Vance dans le bureau ovale. En France comme aux États-Unis, il s’est agi de déterminer dans quelle mesure le dialogue avait pu être préparé par la partie américaine ou si son apparence spontanée était sincère. Dans le courant du week-end, la chaîne d’information progressiste MSNBC a par ailleurs rappelé que ce n’étaient pas des premières tensions advenant entre les exécutifs des deux pays : un échange du même acabit était survenu entre Biden et Zelensky — hors caméras, en l’occurrence.

Biden prudent

En juin 2022, le président démocrate avait en effet reproché à son homologue ukrainien de se montrer trop vindicatif et pas suffisamment reconnaissant dans ses relations avec la diplomatie américaine. Dès lors, on peut admettre que, si le prédécesseur de Donald Trump tenait un discours moins ambigu que l’actuel résident de la Maison Blanche, il a largement contraint l’Ukraine à une forme d’attentisme qui s’avère aujourd’hui mortifère. En effet, les États-Unis constituent à eux seuls près de la moitié de la somme déployée pour soutenir le pays depuis l’invasion russe. L’investissement est considérable, mais l’administration démocrate s’est constamment assurée que l’Ukraine ne dispose pas des moyens d’entreprendre une quelconque offense à l’encontre de l’agresseur.

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Empêcher la prolifération du conflit était louable, bien entendu, mais le refus américain de consentir à l’octroi d’armes en mesure de frapper la Russie sur ses sites stratégiques a longtemps contraint l’Ukraine à une position d’extrême faiblesse dans son rapport de force. Cette posture, adoptée par Joe Biden, semble d’autant plus irresponsable a posteriori que l’incertitude du comportement de Trump était une donnée connue de longue date. Ce n’est par exemple qu’au cours de 2024 que les missiles semi-balistiques ATTACMS ont été livrés à l’Ukraine, qui en motivait la demande depuis longtemps, tandis que les premières frappes les employant n’ont été autorisées qu’à la fin de l’année.

Kiev, jusqu’alors contraint à une défense sous-dimensionnée face à l’invasion de son territoire et limité à la destruction des armements les plus proches de ses frontières, ne pouvait que difficilement freiner la progression russe. La seule opération consentie par Biden qui pourrait véritablement servir l’Ukraine dans les négociations que Trump souhaite entreprendre reste l’incursion dans la région de Koursk. En effet, à la différence d’une invasion, une incursion peut être légitime au regard du droit international lorsqu’elle permet l’accomplissement d’objectifs purement militaires, sans ambition politique ou civile ni établissement sur le long terme.

« Vous n’avez pas les cartes en main »

Depuis la semaine dernière, l’administration républicaine ne cesse de dire que Zelensky aurait dû adopter un comportement différent parce qu’il ne dispose en l’état actuel d’aucune « marge de manœuvre ». S’il est assurément en position de faiblesse, la présence ukrainienne à Koursk pourrait précisément constituer le seul poids à faire valoir dans la balance contre la Russie. Du reste, la domination aujourd’hui subie par l’Ukraine subsiste le signe d’un engagement de l’administration Biden bien plus modéré que les Démocrates aiment à le répéter depuis l’altercation entre Trump et Zelensky.

En outre, il reste indubitable que les dizaines de milliards de dollars envoyés par les États-Unis à l’Ukraine — des armements militaires d’une valeur inférieure à 100 milliards couplés à un soutien gouvernemental et humanitaire d’environ 100 milliards — ont conduit à une situation actuellement insatisfaisante. Si Volodymyr Zelensky avait souhaité changer la donne, ou du moins s’assurer d’un appui verbal loquace de la part de Donald Trump, il aurait pu mettre en œuvre une part du génie diplomatique dont il a fait preuve depuis février 2022.

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En effet, le président républicain est attaché à la diplomatie bilatérale qui a placé les États-Unis au centre du monde le siècle dernier. C’est-à-dire qu’il faut, face à lui, faire preuve d’une flagornerie telle qu’elle rebuterait tout individu à l’égo normalement dimensionné. Le célèbre analyste politique républicain de CNN, Scott Jennings, argumentait ainsi vendredi soir qu’il n’eût pas été bien difficile pour Zelensky de faire croire à Trump qu’il le considérait tout particulièrement : « tout ce qu’il avait à faire était de mettre une cravate, se montrer, sourire, dire “merci”, signer la paperasse, et aller manger. » Bien sûr, l’acharnement républicain contre la tenue de Zelensky prête à sourire au vu du style adopté par Elon Musk, mais il reste vrai que celui-ci est un bénévole au service du gouvernement fédéral, tandis que la visite du président ukrainien devait remplir d’autres objectifs.

Fox News prend ses distances avec Trump

Avec son attitude, Trump semble espérer retirer la Russie à l’axe sino-iranien qui se dessine. Il néglige cependant qu’il paraît invraisemblable que les autres démocraties libérales acceptent de réintégrer Vladimir Poutine à leur ordre diplomatique et économique. De surcroît, les bénéfices réalisés par la Russie grâce aux drones kamikazes iraniens et son alliance avec la Chine sont considérables.

Alors, le président américain pourrait-il changer de position ? Le thermomètre le plus efficace de la mentalité républicaine reste la chaîne d’information Fox News. Sur la question ukrainienne, depuis quelques semaines, on ne saurait la voir comme un soutien aveugle à l’administration en place. D’ailleurs, plusieurs membres du cabinet de Trump sont d’anciens présentateurs de Fox News et cette situation donne parfois lieu à des échanges incongrus. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, était par exemple interrogé par l’excellente Shannon Bream dimanche 23 février. Lorsque celui-ci a évoqué une simple « incursion » russe et refusé de reconnaître que l’Ukraine avait subi une invasion « unilatérale » de son voisin, la journaliste n’a pas hésité à faire remarquer à son ancien collègue qu’il condamnait avec affirmation la Russie quand il travaillait à Fox il y a quelques semaines encore.

En somme, si l’échange dans le bureau ovale vendredi confirme que Trump ne s’exprime pas comme Biden, le présenter comme le seul responsable d’un accord qui profitera plus à la Russie qu’à l’Ukraine relève d’une étonnante glorification du mandat de Biden.

Pour que le plaisir dure encore longtemps…

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Herbert Léonard, 9 avril 2018, Paris © ISA HARSIN/SIPA

Monsieur Nostalgie évoque la figure d’Herbert Léonard, disparu hier à l’âge de 80 ans, interprète de plusieurs tubes immarcescibles des années 1980…


On parle souvent de la malédiction du tube unique qui cacherait la valeur intrinsèque de l’artiste. Comme si le succès, fatalement, entraînerait le chanteur de variété dans une longue pénitence, obligé d’égrener son standard à l’infini sur les plateaux ou dans les kermesses commerciales. Toute une vie ramenée à une chanson tutélaire, résumée à un refrain, interminable sillon qui vous oblige à répéter les mêmes gestes et oblitère votre spectre musical.

La musique d’une jeunesse

Herbert Léonard a possédé dans son répertoire non pas un titre mais une poignée de chansons d’amour et d’emballement qui ont cristallisé une époque bénie. Celle des effleurements et des rencontres fortuites, des bals de village et des slows en discothèque de province. Quand le flirt n’était pas honni des rapports humains et que le plaisir n’était pas la maladie honteuse des « boomers ».

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À cette époque-là, la jeunesse croyait sincèrement aux incantations de Gilbert Montagné et de Julio Iglesias. Elle avait soif en l’Autre et s’inventait des vies à la Châteauvallon. Elle n’avait pas honte des rengaines populaires, elle ne se faisait ni procureure, ni justicière de ses aïeux, elle vivait sa vie sans idéologiser. Elle ne se perdait pas en arguties virtuelles. Elle ne se regardait pas vivre. Cette jeunesse-là était dans l’instant, dans la soirée du samedi à venir, dans la conquête et les rires complices, elle brûlait son trop-plein d’énergie sur les pistes. Elle n’avait pas vocation à sermonner l’humanité. Elle connaissait le prix du labeur et des impasses sociales. Elle bossait à l’usine au pied d’une machine et sortait d’une année de service militaire. Elle n’était pas idiote sur ses chances de réussite. Au Grand Soir, elle préférait attendre son messie des ondes, en smoking, qui lui raconterait des histoires un peu trop brillantes pour être vraies. Cette jeunesse-là n’était dupe de rien. Elle ne se posait pas en génération moralisante ou en victime pleureuse.

Nous ne le zapperons pas sur la FM

Herbert, pas bégueule, voix bien posée, nous accordait la permission d’enjoliver notre quotidien : mettre « un peu de rêve à notre vie » ou « un soir, claquer tout d’un seul coup ». Son message serait-il entendable aujourd’hui où sont réglementés chacun de nos pas, chacun de nos mots et chacune de nos pensées ? Sur un filet de synthé, dans un romantisme carnassier métallique, une noirceur sous-jacente, son « puissance et gloire » est un chef-d’œuvre d’éducation sentimentale à la progression lente. Tout y est condensé, comprimé en trois minutes : l’aventure, la passion, le trouble et le goût du tumulte. Qui n’a pas écouté ce titre miroitant dans une turbulente 205 GTI blanche à vingt ans, sur une départementale désertique, au cœur du Berry ou du Morvan ne connaît rien des imaginaires français et des élans incertains. Le charme d’un tube qui traverse les décennies, c’est justement d’ancrer notre mémoire, de fossiliser une histoire, de rameuter les souvenirs, d’habiller nos errements. Et un homme sans souvenir est l’ennemi du genre humain.

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Finalement Herbert, sans la pompe des poètes, sans l’égo des romanciers, aura eu bien plus de résonance dans nos propres vies que nos lectures besogneuses. Évidemment, sur le moment, personne n’aurait songé à qualifier son répertoire d’essentiel, on daubait sur cette production commerciale, insane aux oreilles des « sachants », on salissait déjà « le populaire » pour mieux le liquider. Nous réécouterons longtemps encore Herbert, nous ne le zapperons pas sur la FM, alors que les penseurs magistraux, encensés sur les barricades, voient leurs œuvres se déconstruire sous le poids des mensonges et de leur folle propagande. Aujourd’hui, Herbert a définitivement gagné la bataille idéologique. Et, si au contraire, le tube était une bénédiction, s’il ouvrait la constellation des possibles. Nous sommes émus car Herbert était un confrère, un journaliste féru d’aéronautique et auteur de livres. Nous avions partagé le même éditeur de beaux livres spécialisé dans les passions enfantines. Quand on écrivait sur les vieilles automobiles, Herbert planchait sur les vieux coucous. Nous avions les mêmes coffres à jouets.

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L’Algérie, le poing faible d’Emmanuel Macron?

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Emmanuel Macronphotographié à Rennes le 20 janvier 2025 © Yannick BILLIOUX-POOL/SIPA

Un ultimatum et des divergences. Le 26 février, François Bayrou a annoncé qu’Alger disposait de « quatre à six semaines » pour réadmettre une liste prioritaire de personnes expulsées de France. Deux jours plus tard, en conférence de presse au Portugal, Emmanuel Macron a écarté toute possibilité de remettre en cause les accords migratoires, jugeant une dénonciation unilatérale insensée. « On ne va pas les dénoncer de manière unilatérale, ça n’a aucun sens ». De son côté, Bruno Retailleau continue de plaider pour une approche plus ferme.


Sans doute des analystes avertis de la vie internationale seraient-ils plus à même que moi de comprendre et d’expliquer l’étrange contraste du comportement présidentiel. Entre d’un côté son attitude irréprochable, au nom de la France et de l’Europe, face à la Russie et pour la sauvegarde de l’Ukraine avec tout le respect dû au président Zelensky, et de l’autre son entêtement dans une politique de faiblesse à l’égard de l’Algérie.

Tebboune a-t-il des dossiers sur le président français ?

Je tiens d’autant plus à voir clair dans cette alternative que j’ai encore dans l’esprit et la vision la honteuse prestation du couple dirigeant américain face à la solitude vaillante mais humiliée du président ukrainien. Avec pour conséquences inéluctables des insultes russes – Medvedev s’est particulièrement distingué dans l’outrance bestiale – et l’appel à la mesure et à la rationalité du président français. Celui-ci, n’en déplaise à ses adversaires compulsifs, continue son sans-faute sur ce plan et, on peut le dire sans tomber dans la grandiloquence, sauve l’honneur du camp occidental.

Pourquoi est-il si irréprochable à propos du lointain et tellement décevant au sujet du proche, l’Algérie ?

Éliminons d’emblée les thèses complotistes qui par exemple supputent que le président algérien saurait « des choses » sur Emmanuel Macron qui serait ainsi condamné à la frilosité…

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Il me semble d’abord que malgré la proximité créée par notre histoire commune avec l’Algérie, le conflit relève de la vie internationale dont on sait qu’elle est le domaine exclusif du président. Et bien davantage depuis que son implication demeure la seule manière de montrer qu’il a encore du pouvoir avec en plus un ministre des Affaires étrangères sans éclat… Il ne tient pas à sacrifier cette part qui lui reste.

Cette volonté est d’autant plus affirmée qu’elle jette une lourde pierre dans le camp du Premier ministre – qui en plus avait eu l’outrecuidance d’évoquer un référendum quand Emmanuel Macron s’en était réservé l’idée, encore dans les limbes aujourd’hui ! – et du ministre de l’Intérieur. Pourtant François Bayrou avait conçu, dans une démarche progressive et intelligente, une riposte au cynisme algérien et Bruno Retailleau avait bien été obligé de se mêler de ce sujet puisque le président paraissait s’en désintéresser.

Les accords de 1968 sur la balance

Numéro 128 de Causeur

On constate que le président Macron n’a d’ailleurs repris publiquement la main que pour s’opposer à une rupture unilatérale, récuser la révision des accords de 1968 et vanter une solution diplomatique qui paraît au point mort avec la crainte tragique pour la vie de Boualem Sansal. Et notre humiliation avec ces malfaisants Algériens commettant des horreurs sur notre sol que leur pays, contrairement au droit international, refuse de reprendre sur un mode obstiné et arrogant.

Faut-il voir dans ce désaveu présidentiel autre chose qu’une manœuvre de politique intérieure ? Par exemple, analyser le refus de la fermeté comme la crainte qu’on projette la lumière non pas sur la reconnaissance du Sahara occidental mais sur l’embardée qui a conduit la France, en faveur du Maroc, à radicalement changer son point de vue sans que progressivement l’Algérie ait pu s’y préparer ?

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Sur un plan psychologique, ne retrouve-t-on pas la constance d’un caractère qui s’est défié de l’autorité régalienne et qui en revanche, dans le registre international, s’est parfois surestimé au point de s’imaginer capable de résoudre les conflits par la seule force de son argumentation et d’un dialogue au plus haut niveau ? Pourtant cette présomption, si elle l’habite, aurait dû se dissiper en voyant le peu de résultats, voire les conséquences négatives de ses entremises, avec Donald Trump encore récemment.

Il y a un moment où, en matière géopolitique, une certaine fermeté n’est pas une faute ni une impulsivité fâcheuse mais sans doute l’unique moyen de concilier les intérêts de son pays (OQTF), le refus de le voir ridiculiser et l’honneur de s’attacher à une cause universelle (Boualem Sansal).

L’Algérie est clairement le poing faible du président de la République. Je ne voudrais pas qu’à cause de cette disposition, la France se retrouvât au tapis…

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