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Marquis de Campana, gentleman-collectionneur

Le musée du Louvre consacre une exposition entière à son exceptionnelle collection


Marquis de Campana, gentleman-collectionneur
Paolo di Dono, dit Uccello, "La Bataille de San Romano: la contre-attaque de Micheletto da Cotignola", vers 1438. ©RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Jusqu’au 18 février, le musée du Louvre consacre une exposition entière à l’exceptionnelle collection du marquis de Campana (1808-1880). Avant sa disgrâce finale, le directeur du mont-de-piété romain a détourné d’innombrables chefs-d’œuvres de l’art italien, de l’Antiquité au XIXe siècle. Pas pour accumuler. Pour honorer et transmettre l’art immortel de son pays.


Le musée du Louvre et le musée de l’Ermitage se sont associés pour produire l’une des plus complètes expositions jamais consacrées à l’histoire de l’art en Italie, de l’Antiquité au XIXe siècle. C’est aussi l’histoire d’un homme…

« Il vient de se passer à Rome un fait qui a produit une grande impression sur le public. » Qu’est-ce donc qui parut assez important à l’ambassadeur de France alors en poste, le duc Agénor de Gramont, pour qu’il s’en ouvrît sans tarder au ministre des Affaires étrangères, le comte Alexandre Colonna Walewski, par un courrier en date du 1er décembre 1857 ? Annonçait-il un complot contre la papauté, une émeute, un crime politique ? C’était tout autre chose : « Le directeur du mont-de-piété a été arrêté hier et conduit à la prison de St-Michel. » !

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Considérant, d’une part, l’influence et le prestige du personnage qu’on venait de mettre sous les verrous et, d’autre part, la désolation suscitée par la nouvelle dans toutes les couches de la population romaine, le diplomate fut fort avisé d’avertir son supérieur. Car tout se mêlait dans cet événement, en apparence anodin et d’intérêt local : l’amour immodéré d’un homme pour les choses de l’art et du grand artisanat, la démonstration éclatante de la sûreté de son goût dans ces matières, augmentée de son patriotisme, la volonté de réunir les preuves les plus anciennes de la prééminence de l’Italie dans tous les arts majeurs. On parlait de faillite, de détournement… Quelque chose d’énorme, de compliqué, se formait rapidement derrière le branle des autorités politiques, c’est à dire le pape Pie IX à cette époque, qui avaient ordonné l’arrestation : la chute d’un banquier considérable, la déchéance d’un esthète qui avait été seigneur dans son domaine, l’accumulation de chefs-d’œuvre dans un esprit de collection inspiré, mais aussi des filouteries et des dissimulations crapuleuses, bref, un scandale d’État, mais encore un jugement sans nuance et une rédemption que rendrait possibles le temps. À la fin, la France, sous Napoléon III, et la Russie, sous Alexandre II, enrichiraient leurs réserves de pièces majeures en provenance du mont-de-piété romain.

Mais il est temps de présenter le marquis Campana.

Sainte famille

Giampietro Campana est né en 1808 à Rome, où il mourra en 1880. Dans sa famille, le mont-de-piété est presque reçu en héritage.


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Décembre 2018 - Causeur #63

Article extrait du Magazine Causeur




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Né à Paris, il n’est pas pressé d’y mourir, mais se livre tout de même à des repérages dans les cimetières (sa préférence va à Charonne). Feint souvent de comprendre, mais n’en tire aucune conclusion. Par ailleurs éditeur-paquageur, traducteur, auteur, amateur, élémenteur.

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