Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
Je n’avais pas envie de payer un bras au cinéma Pathé d’Amiens pour voir God Save the Tuche, de Jean-Paul Rouve, le cinquième volet de la série. Alors, ma Sauvageonne et moi, sommes allés au Casino d’Albert – qui pratique des prix raisonnables – pour prendre des nouvelles de la singulière famille du Nord de la France. Rassurez-vous : ses membres vont bien ; ils mènent une vie tranquille à Bouzolles. Cathy (Isabelle Nanty), la mère, a créé une baraque à frites ; Jeff (Jean-Paul Rouve), le père, a été élu président du club de football FC Bouzolles. Leur petit-fils, Jiji (Aristote Laios) se voit proposer une semaine de stage en Angleterre. La famille décide de l’accompagner. C’est à peu près là que débutent les nouvelles aventures. C’est du lourd ; du très lourd. Les Bouzolliens sont accueillis dans une charmante demeure par Gordon, un majordome. Puis, c’est le roi Charles III et son épouse Camilla qui les invitent à déjeuner. Les Nordistes accumulent les bourdes ; Jeff serre la paluche au roi comme s’il se fut agi de l’arrière droit du FC Bouzolles ; Cathy enseigne à Camilla une technique bien à elle et salivaire de nettoyer les vitres… Je regarde les gags ; je rigole.
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Les comédiens excellent ; Claire Nadeau, en Mamie Suze, est hilarante ; il en est de même pour Pierre Lottin (savoureux dans En Fanfare) qui incarne Wilfried Tuche. Et que dire de l’immense Bernard Ménez qui joue un Charles III plus vrai que nature ? Fabuleux ! Soudain, cet univers éminemment british me rappelle la bataille d’Albert au cours de laquelle nos alliés britanniques montrèrent un courage inouï, ce au prix de pertes humaines immenses. Les opérations se déroulèrent du 1er au 13 juillet 1916 ; c’était le début de la Bataille de la Somme… Mon grand-père paternel – qui fut blessé lors de l’attaque du bois de Maurepas à quelques dizaines de kilomètres de là – nous parlait souvent de la bravoure absolue de nos amis d’outre-Manche.
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Oui, je repensais à tout ça, à la Grande guerre, à mon grand-père, en sortant du Casino d’Albert. Il faisait une espèce de petit froid humide. Devant le musée local (Somme 1916), la statue du soldat anglais – casque plat et fusil d’assaut – brillait. Nous avancions vers la voiture ; je me sentais partagé entre la franche rigolade générée par God Save the Tuche, et l’admiration mélancolique que je n’ai jamais cessé de développer à l’endroit de nos alliés britanniques qui nous ont aidé à bouter de France les hordes d’outre-Rhin (enfin, pour être précis, les hordes prussiennes et les troupes bavaroises). Certains disent qu’à l’heure de l’Intelligence Artificielle, il faut oublier tout ça. Le Picard que je suis n’en fera rien. C’est dit.

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