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Le massacre des illusions progressistes

Le regard d’Henri Beaumont


Le massacre des illusions progressistes
Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure marchent contre la "vie chère" à Paris, 16 octobre 2022 © ISA HARSIN/SIPA

L’important c’est d’errer


C’est l’angoisse sur France Culture « l’esprit d’ouverture ». Guillaume Erner, l’animateur de la matinale, a invité l’écrivain Kamel Daoud qui a défendu Boualem Sansal et critiqué les apparatchiks du FLN, obnubilés depuis 1962 par la haine de la France, une rente mémorielle. Stupeurs des auditeurs mécontents : Daoud est d’extrême-droite ! L’OAS ne passera pas ! Daniel Cohn-Bendit et Jean-Luc Mélenchon parlent de « grand-remplacement » : est-ce de l’art ou du cochon ? Trump embrasse Poutine sur la bouche, l’Europe est à poil, le progrès régresse !

La Thébaïde, les carnivores et les végétariens

LFI ne décolère pas.  Le PS trahit, « Faure m’a tuer ». À gauche, les zizanies, guerre des œufs entre les gros boutiens de Blefuscu et les petits boutiens de Lilliput, durent depuis un an, un siècle, une éternité… Mitterrand-Marchais, Thorez-Blum, Jaurès-Guesde, D’Hubert-Féraud, Robespierre-Danton, Étéocle-Polynice, Abel et Caïn. « L’on hait avec excès lorsque l’on hait un frère » (Racine).

Pour la « vrai gauche », les ultras, carnivores, le progrès c’est la révolution, simple et robuste comme un sans-culotte ou un char T-34 : en avant toute, vers l’avenir radieux ! Le communisme, c’est plutôt une boisson d’hommes. Y’a pas que d’la pomme, pas de dîners de gala, pas d’omettes sans casser d’œufs. À la grande époque, le camp du progrès éparpillait façon puzzle les récalcitrants : goulags, hôpitaux psychiatriques, des dizaines de millions de morts, une boisson d’assassins. Dans l’effroi et la rapine, avec Poutine, sans Navalny, à Moscou et Tienanmen, la place vide reste rouge. À l’Est, rien n’a changé. À l’Ouest, militants, intellectuels, les meilleurs, aveugles et imbéciles, y ont cru. Alain Badiou et Annie Ernaux sont nostalgiques de la botte à Staline. Les jeunes rebelles, nouveaux insoumis, manquent d’estomac, ont mis du Vittel dans leur Vodka. Les plans quinquennaux, l’autogestion, la révolution, c’est fatiguant. Exit les justes combats contre l’obscurantisme, pour la laïcité, l’émancipation, les Lumières. La jeunesse révoltée, Louis Boyard, Sébastien Delogu veulent de la thune, Netflix, du KFC, du Rap, des meufs, de la beuh, pour tous, sans entraves, sans oublier le boulghour de Sandrine Rousseau.

La « deuxième gauche », réformiste, seumarde, herbivore, défend de nobles causes, l’inclusion, les femmes, le bio, la grenouille glissante du Togo. Le « bien commun », le « bon gouvernement », le progrès sont recyclés dans des empreintes, transitions, l’IA bienveillante. Des idées abstraites mais un programme simple : planter des impôts et des fonctionnaires. Rien n’y fait, les gueux ont déserté, la gauche est en manque de dominés. Pour ne pas désespérer le SNES et Libé, il faut réchauffer le « cake d’amour », les tubes des années 60, revamper l’agenda : émancipation des genres humains, guerre de races, créolisation multireligieuse, haine des riches, de l’Occident, de soi, dictionnaire amoureux de l’islamisme à visage humain. Le tiers-monde a pris du galon, c’est le Grand sud. Hourra l’Hamas !

Les lendemains chantent faux mais la feuille de route de Mai 68 est tenue. « Ne dites plus : Monsieur le Professeur, dites : crève salope ! » … Bibliothèques et culture incendiées, mérite, famille, je vous hais, destruction du vieux monde, une certaine idée de la Fange. Naïveté, démagogie, dogmatisme, étatisme, déficits : les deux gauches sont compatibles. À la fin du grand guignol, aux législatives, les frères ennemis se réconcilient sur l’air des bijoux de famille, circonscriptions, du « peuple progressiste », si beau dans ses miroirs. « Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir » (Proust).

L’ours Paddington tombe de l’armoire

Le gauchisme, maladie infantile et sénile, du communisme… Après le vitriol, les drôleries. Depuis deux générations, la gauche cabriole dans une langue de caoutchouc et un business pépère, rentable : l’angoisse du « maléfique-nauséabond », mesuré sur une échelle de « Reichter ». Autour de la « fachosphère » intensité 9 (trou noir dont le centre et partout et la circonférence nulle part), gravitent une infinité de droites et tangentes : réacs, passéistes, dures, demi-molles, ultra-conservatrices, libertariennes, crypto, anti, néo, libérales… Le progressisme a abandonné la pensée et la raison, gesticule dans les sophismes, des obsessions -virilisme, masculinisme, populisme- un gloubi-boulga conceptuel flou, tartuffe, des prophéties auto-destructrices qui nourrissent les fanatismes et le fascisme. La boucle est bouclée.

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Au Mondial moquette du progrès humain coconstruit, Dominique Méda (professeur de sociologie à Dauphine) domine le concours complet toutes catégories du « yakafautque ». Madame Jourdain du Progrès, Fée clochette des « Mots bleus comptent triple », c’est une force inépuisable de propositions. « On peut fabriquer en France une petite voiture électrique abordable et durable, un choix qui permettrait d’engager une transition juste » (Le Monde, 27 octobre 2024). Dans sa tribune du 4 janvier, le bécassin touche au sublime. « Nous avons besoin d’un projet politique qui place les classes populaires en son cœur… Un projet compréhensible par tous, à la construction et à la réalisation duquel l’ensemble de la population doit être appelé à contribuer et dont les bienfaits collectifs seront visibles. Un projet capable de dessiner les contours d’une société désirable… Il nous faut ensuite disposer des mots justes qui permettront de rendre visibles les avantages du projet en question et donc renoncer à utiliser les formules que nous savons désormais rejetées par une large partie de la population…. Plus généralement, nous devons placer les classes populaires au cœur de ce projet… » (Le Monde).  Dominique, tu nous fends le cœur !

Babouviste pipole, héraut des inégalités en BD et de l’impôt sur les os, Thomas Piketty ne craint personne dans le démago-ubuesque. « L’entrée de l’Ukraine dans l’UE doit être l’occasion de formuler des normes strictes garantissant le pluralisme sous toutes ses formes » (Le Monde, 13 avril 2024). Saint-Just pour rire… Les sociologues ont succédé aux philosophes. Le problème de l’intellectuel de gauche, c’est qu’il ne bosse plus, n’est plus au niveau. Horkheimer, la Dialectique de la Raison, la théorie critique de l’Aufklärung, faire rentrer un carré dans un rond ou la démocratie dans le socialisme, l’ontique, ça prend la tête.« Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon » (La Rochefoucauld).

Les progressistes ont troqué Hegel, l’histoire et la praxis pour des palinodies, l’empyrée des bons sentiments, l’ile aux enfants, Balnibarbi, Dorothée, Casimir, Benoît Hamon. Passés de Lénine à Johnny, ils nous promettaient le ciel au-dessus de nos couches, des fleurs et des dentelles pour que les nuits soient douces. Les faits sont sans pitié. Les empires, la violence, la démographie, le réel, fracassent le logiciel rousseauiste des ravis de la crèche toutlemondiste. Les fondus de la dynamite, des camps de rééducation, sont de retour. « La violence est l’accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs » (Marx).

Pour approfondir l’épisiotomie, le changement sans péridural, nous pouvons compter sur les « grands forestiers » (Jünger) : Vlad l’empaleur d’Ukrainiens, Mad Trump, sans oublier l’empire du milieu qui tisse ses routes de la soie, vassalise, étend sa mare nostrum du cap Leeuwin au cap Horn, en passant par le Ghana, Gibraltar et Le Pirée. Le malheur est une idée neuve en Europe. La part du capitaine (de Beaumont), Partie de chasse (Bilal), la faim de l’histoire… toute une époque, qui revient. Il est urgent de se défendre, se remettre à penser, sauver une véritable « démocratie de combat ». Deux générations de gauchisme d’atmosphère, les fils déguisés en père, les idiots, les traitres et les policiers du wokisme ont crétinisé et désarmé l’Occident, désemparé, à la merci des fous, des loups et des assassins.

« Il ne suffit pas de dire ce que l’on voit, il faut, et c’est plus difficile, voir ce que l’on voit » (Charles Péguy).



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