Depuis qu’il a prononcé un discours brillant écrit par Bruno Le Maire à l’ONU contre la guerre en Irak, Dominique de Villepin est reçu un peu partout comme un sage diplomate. Ces derniers jours, l’ancien Premier ministre est tout mielleux avec le régime algérien, alors qu’il n’avait pas de mots assez durs pour critiquer Israël.
Dominique de Villepin nous rejoue régulièrement son discours à l’ONU contre l’invasion de l’Irak. Sauf que ses causes ne sont plus les mêmes et que son indignation tombe à plat à force d’adopter toujours le même registre dans le domaine international. Les autres sont mauvais, moi je saurais comment faire…
Doué… pour le verbe
Le problème est qu’aussi bien pour Israël et les Palestiniens que pour les rapports de la France avec l’Algérie, il sermonne, gronde, proteste, dénonce mais au bout du compte, quand on attend un conseil, une mesure opératoires, rien ne vient jamais.
Il est très doué pour le verbe, les principes, les leçons mais il ne donne jamais à ceux qu’il houspille du haut de son passé et de son expérience unique le mode d’emploi. On brûle d’envie de lui demander ses recettes puisque, paraît-il, dans sa tête la solution est prête et qu’il suffirait de la mettre en œuvre. Le souci est qu’il nous fait languir et que derrière l’expression flamboyante, il y a le vide. Sauf à considérer que réclamer une solution diplomatique pour les conflits dans le monde constitue une originalité qui mérite d’être applaudie.
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Dominique de Villepin est un indigné chronique qui avec ses propos enflammés est devenu, juste derrière Jean-Luc Mélenchon, le préféré de LFI même si cette posture avantageuse ne lui procure pas le moindre impact électoral.
Sa nouvelle cible est le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qui a le grand tort de ne pas tendre l’autre joue à l’Algérie et de vouloir instaurer un rapport de force avec ce pays qui se moque de la France en nous renvoyant systématiquement les Algériens indésirables chez nous, comme récemment une personne rejetée à dix reprises.
Question d’honneur
Le fait que Bruno Retailleau « se fiche comme de sa première chemise » de ce que l’ancien Premier ministre lui assène ne rend pas plus tolérable ce propos qui fragilise la position française et permet à l’Algérie de se réjouir alors qu’on aurait attendu de la part de Dominique de Villepin sinon une approbation, du moins le silence.
Il est facile de deviner, derrière cet empressement à prendre le contre-pied des autorités officielles, non seulement l’effet d’une personnalité qui se sentirait offensée si elle partageait un point de vue commun mais la volonté forcenée de demeurer dans la lumière.
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Bruno Retailleau, ce ministre qui est contraint de sortir de son domaine, de s’occuper de ce qui ne le regarde pas avec l’Algérie, est insupportable pour Dominique de Villepin puisqu’il est omniprésent et en pointe dans cet affrontement dont on oublie trop vite qu’il concerne un écrivain scandaleusement emprisonné, Boualem Sansal.
Bruno Retailleau supplée un président de la République qui dialogue avec le président Trump sur l’Ukraine et qui apparemment demeure à distance de l’arrogance algérienne. Il se substitue aussi à un ministre des Affaires étrangères qui ne semble guère actif sur ce terrain.
Il faut le féliciter de tenir à sa manière la dragée haute au pouvoir algérien. On comprend bien que la réserve, voire la mollesse de la France résultent en l’occurrence d’influences commerciales, économiques et financières qui n’aspirent pas à une brisure totale avec l’Algérie et à la révision des accords de 1968. Mais il n’empêche que Bruno Retailleau sauve l’honneur quand Dominique de Villepin le relativise.
On ne donne pas une prime aux bourreaux avant qu’ils aient été châtiés.
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