La Ve République du général de Gaulle a tout fait pour qu’on oublie la IVe, peu reluisante. Au lendemain de l’Occupation, le régime parlementaire est celui de la corruption et de l’imposture, un bal d’escrocs et d’anciens collabos. Sans fard, le nouveau livre d’Éric Branca nous rafraichit la mémoire.
La IVe République est une période méconnue de l’histoire contemporaine. On en a une vague idée : la valse des ministères, des hommes en costume gris au visage fermé… La France n’est plus en guerre mais on respire mal. C’est qu’il est difficile de digérer quatre années d’occupation allemande orchestrées par un vieux maréchal et un maquignon en cravate blanche qui n’aura rêvé que de la victoire du nazisme. C’est une scène de théâtre où s’agite une flopée de spectres. L’intérêt réside dans les coulisses du pouvoir et ce que nous raconte Éric Branca, preuves à l’appui, est hallucinant. Il s’agit en réalité d’une des périodes les plus folles de notre pays. On apprend que d’immenses fortunes se sont édifiées sur le crime et la corruption ; des carrières fulgurantes, reposant sur l’imposture, se sont mises en place avant de sombrer dans la honte. D’anciens collaborateurs sont parvenus au sommet de la hiérarchie judiciaire et ont présidé les grands procès de l’Épuration. À tous les étages de la société, le travestissement règne. Quant au mensonge, il est la règle d’airain. Pour paraphraser Jean-Luc Godard,
