Un conte vampirique, peu connu en France, qui relate l’histoire d’un homme victime d’un sortilège suite à la piqûre d’un mystérieux scarabée…
Retour aux sources : Guillermo del Toro n’a pas nagé de tous temps dans les superproductions aux effets visuels aussi dispendieux que spectaculaires, cf. Le Labyrinthe de Pan (2006), La Forme de l’eau (2017), etc. On avait pu déjà revoir en salles, il y a quelques années, restauré sous les auspices de Carlotta Films, cette perle du cinéma fantastique titrée L’Échine du diable (2001). Le film nous transportait à l’époque de la guerre civile espagnole, dans une économie de moyens auquel le cinéaste mexicain désormais passé sous étendard U.S nous a déshabitué depuis. Sur le registre formel superlatif auquel Guillermo del Toro sacrifie aujourd’hui jusqu’à l’excès, les aficionados, en 2025, soupirent après son Frankenstein, promis pour novembre prochain sur Netflix avec, au casting, rien moins que Christophe Waltz et la nouvelle coqueluche des réseaux, l’australien Jacob Elordi.
En attendant ressort cette semaine en salles son premier long métrage, Cronos, restauré paraît-il sous sa supervision personnelle. Je crois bien que ce film n’avait été vu à l’époque, en France, que par les fanatiques de l’Étrange Festival, autant dire personne. Ce merveilleux conte macabre, aux couleurs chatoyantes et à l’esthétique épurée, laisse déjà augurer de la suite. En 1993, Guillermo del Toro n’a même pas trente ans : d’une maturité stupéfiante, son talent de conteur éclate dans Cronos.
À Mexico, un vieil antiquaire, Jesus Gris, élève avec amour sa petite-fille, orpheline âgée de 8 ans. Dans le socle en bois d’une statue ancienne qu’il s’affairait à restaurer, il découvre un objet ouvragé, en or, une espèce de scarabée doté d’un mouvement d’horlogerie. Mais le joyau est pourvu d’un étrange mécanisme : des griffes se déploient, enserrent la main de Jesus, un dard en surgit, qui lui injecte un venin secrété par un insecte abrité dans ses entrailles.
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Par l’effet de ce sortilège, Jesus sent l’envahir un fluide de jouvence. Il en garde le secret, dont seule l’enfant restera complice. Or voilà que, détenteur d’un incunable livrant le mode d’emploi du bidule, un milliardaire à l’agonie, aidé de son filandreux majordome, s’est mis sur la piste du talisman. Le grabataire est prêt à tout pour le récupérer, jusqu’à cambrioler la boutique de l’antiquaire. Sans succès. Reste que la mue de Jesus ne va pas sans souffrance : l’insecte captif a besoin de sang pour dispenser son suc réparateur, il faut donc en laper, en boire – soif inextinguible… Fatale.
Croisant le mythe de Faust et de Dracula, Cronos préfigure les motifs dont les opus ultérieurs de Guillermo del Toro feront leur miel. Dans le rôle de Jesus, feu l’acteur argentin Federico Luppi (1936-2017). Claudio Brook (1927-1995) campe ici le méchant richissime – dernier emploi de la vie professionnelle du comédien mexicain. Quant au sbire traître et sadique, incarné par l’acteur américain au visage simiesque Ron Perlman, son emploi dans Cronos contribue à asseoir cette belle carrière qui, à l’enseigne de Guillermo del Toro, le mènera jusqu’au rôle-titre de Hellboy (2004) puis de Hellboy 2 (2008), jusqu’à Pinocchio il y a trois ans…
Les premiers films n’ont pas toujours « fait leur temps », comme on dit : Cronos est captivant.
Cronos. Film de Guillermo del Toro. Avec Federico Luppi, Ron Perlman, Claudio Brook, Margarita Isabel. Mexique, couleur, 1993. Durée: 1h33
En salles le 26 février.
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