Un bon dragueur est forcément « entreprenant ». Et, on peut malheureusement parfois voir du harcèlement là où il n’y en a pas, estime notre chroniqueuse.
L’Oréal nous le dit, dans sa nouvelle campagne que nous n’y sommes « jamais » pour rien si on nous harcèle. Nous apprenons, déclinée en rouge en affiches de 4 par 3, dans les couloirs du métro parisien entre autres, que ce n’est JAMAIS de notre faute si nous sommes harcelées parce que nous portons un magnifique rouge à lèvres ou des talons aiguilles. Il est en tout état de cause inadmissible de harceler une femme.
Oies blanches
Toutefois, la campagne de la marque affirmant il y a quelques années « parce que je le vaux bien » était autrement plus sympathique et valorisante pour nous les femmes. L’Oréal, cette marque de référence et de qualité, qui a aussi fait une belle campagne il y a quelques années sur l’excellence professionnelle des femmes, se met à traîner dans la rue et à provoquer : pourquoi ?
Il faut arrêter de taper sur les hommes, et seulement sur les hommes : ce ne sont pas tous des harceleurs, loin de là. Ce type d’affiches et d’accroches vont-elles dissuader les harceleurs, ou au contraire les émoustiller ? Quant à faire dire indéfiniment aux femmes que ce n’est jamais de leur faute, on comprend l’idée – mais elles peuvent aussi comprendre toutes seules qu’elles sont responsables de leur image, ne les prenons pas non plus pour des oies blanches…
Que sous-entend-on dans ces assertions ? Que tous les hommes seraient potentiellement obsédés sexuels, dragueurs incontinents, méprisants des femmes, frustrés, et alléchés par un simple rouge à lèvres ? Doit-on donc entériner que nos tenues n’y sont jamais pour rien ? Ce n’est pas tout à fait exact.
Drague plus ou moins subtile
Cette notion de harcèlement est en effet devenue un vertige de la civilisation, il suffit de le constater chez la jeune génération féminine qui, dès qu’on la regarde avec trop d’insistance, insulte immédiatement les garçons en question. Inquiétant à tous points de vue car cela fausse le jeu et la définition du rapport entre le harcèlement et la drague éternelle, la drague autrement dit « la cour » durant des siècles plus romanesques. Au XVIème siècle, on appelait le fait de faire la cour une « entreprise », car effectivement il faut être entreprenant… c’est la clé du succès. Personne n’est dupe, il y a une nuance entre être dragué et être harcelé, nuance parfois subtile, question de perception : on peut voir du harcèlement où il n’y en a pas.
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Un autre problème majeur est que nous jouons parfois les saintes Nitouche : maquillées comme des camions volés, perchées sur des talons vertigineux, vêtues d’une jupette à ras (je vous laisse qualifier) et affublées d’un décolleté à faire dérailler un motard ou provoquer un coup de frein dangereux chez un conducteur lambda. Pourtant, si ce dernier ose siffler, il devient gravement coupable.
L’attentat à la pudeur n’existe plus
Nous aurions tous les droits sur nos accoutrements ? Il est pourtant inquiétant de ne pas mettre de limites au charme et à la provocation de toutes ces jeunes femmes qui considèrent de plus en plus que leur tenue vestimentaire et comportementale ne concerne qu’elles-mêmes, no limites. Improbable, d’ailleurs si c’était si innocent et involontaire de se promener avec des tenues provocantes, pourquoi le feraient-elles ? car il est inconfortable de se percher sur des talons aiguilles, de se décolleter jusqu’à risquer une fluxion de poitrine, de passer une éternité à se maquiller… et je ne vous parle même pas des pantalons collants à l’extrême, d’ailleurs sont-ce des pantalons ou des collants ? Les mini jupes ne sont plus des jupes mais parfois des culottes. L’attentat à la pudeur n’existe plus, sauf à être entièrement nues… parce que nous le voulons bien ? Plus sérieusement, les toutes jeunes filles en particulier doivent être au courant de leur pouvoir d’attraction et de leur devoir face au fait que les hommes ne sont pas des femmes comme les autres, qu’il y a des formes d’attirance différentes, qu’exciter un homme même par des vêtements provoque des réactions pas forcément souhaitables, et que ce n’est pas un jeu innocent et sans danger. Par ailleurs, nous vivons une mixité sociale et religieuse et il faut en tenir compte quoi qu’on en pense. Être conscientes que dans certains pays les femmes arborant des tenues provocantes passent pour des « professionnelles » et peuvent être agressées.
Facile de dire « je fais ce que je veux »… mais encore faut-il se tenir bien, dans tous les sens du terme. Cela signifie faire preuve d’un minimum de décence, s’habiller de manière adaptée aux circonstances et aux personnes qui nous entourent. La liberté s’arrête là où commence la provocation volontaire, surtout chez les jeunes (et même aux yeux de leurs parents). Le soir, est-ce vraiment si compliqué de glisser un imper sur une tenue sexy ?
Se tenir bien, c’est aussi éviter de provoquer sexuellement quelqu’un dont on n’attend rien, et ne pas renvoyer aux garçons une image des femmes à la fois paralysante, inquiétante et déroutante. À qui ont-ils affaire ? Ces garçons respectueux, un peu classiques, ne savent plus à quels « seins » se vouer : à qui parler, quand, s’ils seront rejetés au premier contact ou au contraire si on leur reprochera de ne pas répondre à une approche trop directe… Est-ce être conservatrice et ringarde que d’espérer autre chose dans les relations entre les sexes ?
Eduquons nos fils à ne pas voir les femmes comme des proies et à les respecter quelles que soient leurs tenues ! Mais nous les femmes sommes responsables de ce que nous affichons.
Le féminisme deviendrait-il le prêt-à-penser des marques pour se faire de la pub ? Dommage.
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