Dans un essai brillant, le linguiste Jean Szlamowicz nous parle de la langue du vin, de l’attachement au terroir et de notre civilisation
Dans quelques jours, les fêtes de la nativité seront l’occasion de sortir les flacons précieux et les millésimes hautement tarifés des caves obscures. Et commencera alors le cauchemar des dîners de famille à rallonge où ce vieil oncle expert et ce jeune cousin « je sais tout » exposeront leur science du vin, avec profusion de termes techniques et de fioritures vaseuses, ces archimandrites de la vinification se noieront dans leur parole et nous assommeront comme ces Bordeaux « tanifiés à mort » bus dans ma jeunesse. Par bonté chrétienne, à la Noël, les soulographies verbales sont acceptées voire pardonnées, nous les laisserons donc divaguer sur la robe, le nez, la cape, le jus, l’astringence, la verdeur ou la salinité du breuvage. Car, en matière de dégustation, les mots dépassent souvent la pensée. À l’approche des réveillons, un étrange phénomène physique se produit que l’on pourrait qualifier d’effet « des vases communicants ». À mesure que les liquides
