Le spectateur engagé est mort il y a quarante ans. En s’opposant à la doxa bien-pensante, cet intellectuel rationnel et clairvoyant a dénoncé l’aveuglement idéologique de la gauche. Alors que les diktats communistes d’hier sont devenus les injonctions wokes d’aujourd’hui, sa pensée est cruellement actuelle
Il y a quarante ans disparaissait Raymond Aron (mars 1905 – octobre 1983). Normalien et agrégé de philosophie, au temps où ces diplômes avaient une valeur, titulaire de la chaire « Sociologie de la civilisation moderne » au Collège de France à une époque où un esprit libéral pouvait être sociologue et aussi faire cours au Collège de France, trente ans éditorialiste au Figaro au temps où l’on achetait la presse écrite, spectateur engagé mais fantasmé en conseiller du prince quand il y avait encore des conseillers pour les princes et, surtout, des princes pour les conseillers, il fut l’un des esprits les plus remarquables de la France d’avant. Intellectuel anticonformiste, à la confluence des sciences sociales et politiques, de l’histoire et de la philosophie, il marqua une époque où certaines figures se pliaient encore à l’exigence de la conversation et où l’anticonformisme dénonçait l’aveuglement d’une intelligentsia communiste et communisante tout à sa construction fanatique ou complaisamment littéraire de la réalité.
Quand le réel ne s’expliquait pas par les ressentis
Cette époque
