Alors que les Français ont déboulonné la statue de Voltaire et tardent à la remettre sur son socle, les Britanniques lui ont édifié un monument mirifique. La Voltaire Foundation d’Oxford vient d’achever l’édition de son œuvre complète en 205 volumes, sous la direction de l’enthousiasmant Nicholas Cronk.
Après trois longues années d’absence, la statue vandalisée de Voltaire, square Honoré-Champion à Paris, à deux pas de l’Académie française, s’apprête à retrouver son socle, du moins une copie, avant la fonte d’une version en bronze de l’œuvre de Drivier. Tel est désormais le projet défendu par l’association Le Retour de Voltaire qui, fort du soutien de Causeur et d’une pétition rassemblant près de 5 000 signataires, a déjà pu faire sortir le philosophe de sa réserve. Ce n’est pas la première fois que la figure de l’auteur (1694-1778) mobilise les Parisiens et ses admirateurs à travers le monde.
Nicholas Cronk, directeur de la prestigieuse Voltaire Foundation, nous reçoit dans cet îlot francophone au sein de l’université d’Oxford. Il évoque la valse des statues de Voltaire et nous parle du colosse éditorial que constituent ses écrits. Comme il est dit dans Candide, tout est au mieux dans ce monde !
Causeur. Que vous inspire l’affaire de la statue de Voltaire, square Honoré-Champion ?
Nicholas Cronk. Voltaire est le premier auteur auquel on érige une statue de son vivant. C’est sans précédent au XVIIIe siècle. Il a presque 80 ans quand Mme Necker, épouse du ministre de Louis XVI, lance une souscription. Les monarques participent, Frédéric de Prusse, Catherine de Russie. Rousseau verse une petite somme que Voltaire s’attache à lui faire renvoyer. On sollicite Jean-Baptiste Pigalle qui envisage quelque chose de moderne. Il sculpte Voltaire nu ! « De quoi s’est avisé Pigalle de me sculpter en Vénus », écrit Voltaire. La statue est au Louvre. Bien qu’écrivain contestataire, Voltaire a fait carrière dans les institutions de l’Ancien Régime : Comédie-Française et Académie. Sa pièce, Œdipe, premier texte signé Voltaire, est donnée à la Comédie-Française. Il n’a que 24 ans et sera joué au Français toute sa vie. Deux mois avant sa mort, on joue sa tragédie Irène. Il est dans la salle. À la fin de la pièce, on porte son buste sur scène et on le couronne. Voltaire était fier d’être académicien ; remettre sa statue square Honoré-Champion, à côté de l’Académie française, a une certaine logique.
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La statue de Drivier n’est pas la plus belle effigie de Voltaire…
C’est Houdon, sculpteur majeur du XVIIIe, qui crée l’image de Voltaire. Son buste était la pièce qui se vendait le mieux dans son
