L’homme moderne tend à rompre avec un rituel remontant à la nuit des temps : celui du cérémonial familial ou public qui entoure la mort. L’expression « fin de vie » témoigne de ce contrôle de soi que nous sommes désormais sommés de montrer jusqu’à notre dernier souffle, et nous sépare davantage les uns les autres.
Manière de parler qui s’est imposée au cours des débats sur l’euthanasie, l’expression « fin de vie » sous-entend fin d’une vie, la mort comme affaire individuelle. La froideur de l’expression correspond à une vérité incontournable : on meurt seul. Mais (paradoxe !) cette vérité, l’humanité n’a cessé de la conjurer, du moins de refuser qu’elle suffise à dire ce qu’il en est de la mort, d’où la constance des efforts pour intégrer la mort à la vie, à la vie collective.
Les animaux, comme nous, nourrissent et éduquent leurs petits, mais on ne les voit pas se réunir autour de l’ancêtre mourant ou mort. C’est là une spécificité humaine difficile à assumer désormais : qu’il y ait dans la manière humaine d’être au monde quelque chose d’irréductible au biologique, cela est difficile à concevoir étant donné d’une part les conditions actuelles de la mort et, d’autre part, l’affaiblissement des appartenances (à une famille et un peuple) par lesquelles notre vie déborde notre existence propre.
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De l’allongement de la vie a résulté une diversification des « périodes » de l’existence : période d’éducation, vie active et productive, vie de couple, période de loisirs
