Mes livres à relire.
C’était un 1er janvier, sans doute au début des années 90. Fatigué par la soirée de la veille, j’avais allumé par hasard la radio, sur France Culture. J’entendis, comme surgie de très loin, me sembla-t-il, une voix que je ne reconnus pas dans l’instant, qui lisait un long texte, prenant et hypnotique ‒ je ne devais jamais oublier ni cette voix, ni ce texte. J’avais l’impression que la voix improvisait sur le moment les souvenirs qu’elle égrenait patiemment, comme une enquête sur un temps révolu, celui de la jeunesse perdue. Il s’agissait en fait, comme je l’appris plus tard, de la nouvelle « Anabel » de Julio Cortázar, et le lecteur en était l’acteur et dramaturge Roland Dubillard lui-même.
Cortázar, maître de la nouvelle
Cette nouvelle de Cortázar est tirée de son dernier recueil, Heures indues, publié en 1983. Et « Anabel » est la dernière nouvelle du recueil. Cortázar est mort l’année suivante. L’écrivain argentin, installé à Paris en 1951 (il avait la double nationalité), est surtout un auteur de nouvelles, même si son roman Marelle (1963) constituera un événement littéraire très important dans le monde entier.
À lire aussi, du même auteur : “L’Identité” de Milan Kundera, premier roman de la période française
L’intérêt d’« Anabel » ne tient pas tant à ce que la nouvelle
