Bien sûr, poser la question, c’est y répondre — surtout avec l’adjonction de ce délicieux « encore » qui postule que nous fûmes, jadis, il y a longtemps, en démocratie. Natacha Polony a sur nombre de journalistes l’avantage d’avoir réussi l’agrégation de Lettres avant de passer le master de Sciences-Po, et d’avoir fait force explications de textes et dissertations. Il lui en reste quelque chose, dans l’analyse du sujet, le glissement opportun d’une problématique à une autre, dans la clarté de l’expression, la qualité du style, l’absence de ce Je hypertrophié qui caractérise tant de ses confrères, le maniement discret des références indispensables, et un je ne sais quoi de ténu, constamment ironique, qui est la vraie marque du désespoir.
Ce petit essai fort brillant analyse avec lucidité le processus qui depuis quarante ans a dépossédé le peuple — vous savez, le Démos auquel fait allusion le mot Démocratie — de tout pouvoir effectif, sinon celui de s’avachir devant la télé et de voter comme le lui suggèrent les oligarques de l’Europe maastrichienne, de la « fin de l’Histoire » et de la mondialisation heureuse — forcément heureuse. La démocratie a été confisquée par les économistes libéraux (pléonasme !) et leurs relais dans les médias. Un tout petit monde qui se targue
