Tout en prétendant voyager pour se faire plaisir, le touriste moderne tente désespérément d’affirmer son statut social dans un monde où les modes de consommation sont le seul vecteur de reconnaissance. Radiographie du mensonge touristique.
Le bien et le mal tiennent souvent moins aux choses ou aux comportements en eux-mêmes qu’à l’échelle sur laquelle ils se déploient. Reiser l’a remarquablement illustré, il y a plus de quarante ans (On vit une époque formidable, 1976), dans une série de planches intitulée « Les riches et les pauvres ». Exemples : « Quand les riches avaient une auto, c’était un événement, quand les pauvres ont une auto, c’est une calamité. Quand les riches allaient aux bains de mer, c’était une curiosité, quand les pauvres vont aux bains de mer, c’est une invasion. Quand les riches se droguaient, c’était pittoresque, quand les pauvres se droguent, c’est un fléau national. » Cela est particulièrement vrai à propos du tourisme. Entre 1838, quand paraît Mémoires d’un touriste de Stendhal, et le début du XXIe siècle où, avant de brûler (peut-être de fatigue), Notre-Dame de Paris accueillait sa douzaine de millions de visiteurs par an, la différence est telle que manifestement, si le mot « tourisme » est resté le même, ce qu’il désigne a changé du tout au tout.
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D’un côté, on voit mal au nom de quoi on interdirait à tout un chacun de s’adonner à une activité autrefois réservée à une élite. D’un autre côté, pratiqué extensivement, le tourisme détruit les conditions qui valaient la peine de faire du tourisme. D’où cette conclusion
