Journaliste, animateur du Figaro Vox, Alexandre Devecchio annonce dans Recomposition la fin du vieux monde post-guerre froide. L’utopie d’une démocratie libérale régie par la technocratie et le marché a fait long feu. Plutôt que de fustiger le réveil des peuples, nos dirigeants feraient mieux d’écouter leurs revendications.
Causeur. Votre nouveau livre, Recomposition, annonce l’avènement d’un « nouveau monde populiste ». Pourtant, la coalition italienne a explosé en vol, en Grande-Bretagne, Johnson est freiné par ses parlementaires et les gilets jaunes français ne trouvent aucun débouché politique. Prenez-vous vos désirs pour des réalités ?
Alexandre Devecchio. Vous ne parlez ni d’Orban, qui en est à son quatrième mandat en Hongrie, ni de Trump qui est bien placé pour en faire un second… Concernant l’Italie et l’Angleterre, sauf à abolir les élections, il faudra bien, tôt ou tard, revenir aux urnes. Salvini comme Johnson pourraient alors obtenir de larges majorités. Enfin, le mouvement des gilets jaunes a été en partie phagocyté par la gauche radicale et son caractère antipolitique l’a empêché de se structurer et de faire émerger de véritables leaders. Cependant, les gilets jaunes auront largement contribué à rendre visible une France jusqu’ici oubliée par les médias et les politiques. Le mouvement restera comme un tournant de la vie politique française. Le récent discours musclé d’Emmanuel Macron en matière d’immigration est, selon moi, une conséquence de la mobilisation de la France des ronds-points.
Peut-être, mais de là à annoncer une victoire populiste…
Justement, je ne le fais pas ! Je décris précisément le moment de recomposition que nous sommes en train de vivre. Pour paraphraser Gramsci, nous nous situons dans un « interrègne », entre deux « hégémonies » : Un monde se meurt et un autre tarde à naître. La décomposition du « vieux monde » n’est pas achevée. Il résiste en jetant toutes ses forces dans la bataille, comme on peut le constater aujourd’hui au Royaume-Uni et en Italie. Mais dans la brume, apparaissent déjà les contours du monde à venir. Sera-t-il populiste ou le populisme ne sera-t-il qu’une étape transitoire contribuant avant tout au dégagisme des anciennes structures ? Une chose paraît certaine, l’ordre global, tel qu’on l’a connu, est à terme condamné. Contrairement à ce qu’avait théorisé Francis Fukuyama après la chute du bloc soviétique, l’Histoire n’est pas finie : la « mondialisation heureuse », régie par la technocratie et le marché, est désormais une idée du passé. Car la classe moyenne occidentale, après avoir adhéré à la mondialisation, constate qu’elle en est la grande perdante. Elle souffre d’une triple dépossession, économique, culturelle et démocratique, mais n’entend pas disparaître. Le vote populiste n’est rien d’autre que son cri de révolte. Que les leaders populistes actuels réussissent ou échouent, le retour des peuples sera un phénomène durable.
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